Bâtir pour les autres Alice, ingénieure travaux : « Mon travail a un impact direct sur le quotidien des gens »

Perrine Basset Fériot
Publié le 29-05-2026

En bref

  • À 30 ans, Alice Aulanier est ingénieure travaux sur un chantier de réhabilitation de logements sociaux.
  • Après cinq années d’études à l’Université de technologie de Compiègne, la jeune femme s’est spécialisée en génie civil.
  • Véritable couteau suisse, l’ingénieure jongle entre terrain, coordination des équipes et gestion financière.
Alice est ingénieure travaux.
Suite à un stage effectué au Brésil, Alice s'est spécialisée dans la réhabilitation des logements sociaux. Crédit : Perrine Basset Fériot - CIDJ
A Villepreux, dans les Yvelines, Alice travaille depuis un an et demi sur le chantier qui devrait être livré en 2027 ! Crédit : Perrine Basset Fériot - CIDJ

Devenir ingénieure : des bancs de l'école au terrain

Si Alice Aulanier ne connaissait pas le terme « ingénieur » lorsqu’elle était enfant, la jeune femme est aujourd’hui convaincue d’exercer son « métier de rêve ». À l’école, l’originaire de Picardie était attirée par toutes les matières. Des maths au français, en passant par l’histoire, la bonne élève se retrouve en terminale sans réussir à faire de choix : « J’ai eu la chance de découvrir le programme de l’Université de technologie de Compiègne (UTC), qui proposait deux ans de tronc commun, avec à la fois des sciences humaines et des matières scientifiques. » Durant ces cinq années d’études à la fac publique, Alice se spécialise en génie urbain et devient ingénieure

Comment définit-elle son métier ? « C’est l’art de résoudre des problèmes ! » La jeune trentenaire apprécie particulièrement les missions opérationnelles et le travail de terrain : « On réfléchit, on planifie, mais au bout de la chaîne, il y a toujours l’acte de construire et d’aménager. » 

Animer les réunions hebdomadaires de chantier, commander les matériaux, prêter main-forte aux ouvriers… Alice conçoit son rôle comme celui d’un véritable couteau suisse. Devenue ingénieure confirmée au bout de trois ans, elle est désormais ingénieure principale : « Je coordonne seule une équipe et je suis responsable du pilotage financier. Ce sont des responsabilités supplémentaires, mais c'est aussi beaucoup d’autonomie ! » En six ans de métier, elle n’a jamais eu de « journée type ».

Focus

Ce qu’il faut retenir pour devenir ingénieure travaux

  • Niveau d'études : bac + 5, école d’ingénieurs
  • Qualités : rigueur, autonomie, qualités relationnelles et managériales. 
  • Salaire : en sortie d'études, un jeune diplômé gagne entre 39 000 et 42 000 € brut par an.

Le chantier, la seconde maison de l’ingénieure

Aujourd’hui responsable d’un chantier à Villepreux (78), Alice travaille pour l’entreprise Léon Grosse. Arrivée en janvier 2025, elle découvre une nouvelle équipe, cinq bâtiments à rénover, leurs 134 logements et les habitants. Chaque chantier débute par un rituel : la réhabilitation du « logement témoin ». « C’est le premier logement que l’on refait selon les choix de l’architecte, pour le présenter à la mairie. On y accueille ensuite les locataires lorsqu’ils ont des questions, des doutes ou des doléances. C'est rare, mais cela arrive ! » sourit-elle. 

Table de réunion, canapé, petite cuisine, fausses plantes… sur le chantier, Alice et ses collègues ont aménagé un espace, surnommé « Café Léon », comme leur propre appartement : « On a créé un endroit où l’on se sent bien, car on passe plus de temps ici que chez nous ! » 

Casque vissé sur la tête, lunettes de protection, chaussures de sécurité et gants : l’ingénieure est prête pour son tour de chantier. « J’aime aller sur le terrain tous les jours, car c’est là que le travail effectué au bureau, comme les commandes, prend tout son sens. » Grimpant étage après étage le long de l’échafaudage, elle effectue des autocontrôles pour vérifier chaque étape de la rénovation de la façade. Façade dont elle a posé « les premiers éléments » au début des travaux, raconte-t-elle fièrement. 

Une fois l’ossature vérifiée et les fixations contrôlées, les ouvriers peuvent installer l’isolant. « Notre métier, c’est de passer de l’abstrait au concret : ces panneaux, on les a dessinés, commandés, étudiés… et là, on les voit posés », confie-t-elle avec fierté. Livraison prévue au printemps 2027.

Focus

Ça veut dire quoi « ingénieur » ?

Alors que de nombreux lycéens peinent à définir concrètement les débouchés des filières scientifiques, notre série « Ça veut dire quoi ingénieur ? » part à la rencontre de jeunes professionnels du secteur. Découvrez aussi le portrait de Chloé, étudiante ingénieure en télécommunications et celui d'Anaïs, ingénieure en agroalimentaire.

Mettre l’humain au cœur de son travail d’ingénieure

Alice apprécie particulièrement la dimension humaine de sa profession. Son stage de fin d’études, réalisé au Brésil en 2018, lui donne le goût de la rénovation de logements sociaux. Parachutée dans ce pays près de douze fois plus vaste que la France, elle découvre la ville de Maringá, son chantier de 48 logements sociaux et sa langue, dont elle ne maîtrise que quelques mots. 

Alice n’a pas mis les pieds ici au hasard : c’était son souhait d’éviter les grandes villes et d’être en immersion totale. Cette expérience confirme son envie de travailler en site habité, plutôt que dans le neuf : « Dans un milieu vide, on peut intervenir où l’on veut, explique-t-elle. En site habité, il faut gagner la confiance des résidents pour qu’ils nous ouvrent la porte de chez eux. » 

Chaque soir, les équipes doivent garantir la remise en état des logements, notamment l’électricité et l’eau. « Travailler dans la rénovation de logements sociaux, c’est avoir un impact direct sur le quotidien des gens », prévient-t-elle. Le Brésil occupe toujours une place particulière dans sa vie : elle y retourne dès que possible et s’est même lancée dans le stand-up amateur sur place. 

À Villepreux, « Madame Alice », comme la surnomment de nombreux ouvriers, connaît chacun des habitants. On l’interpelle dans une cage d’escalier pour un problème d’électricité, ou dans un hall pour un joint de douche pas étanche. Parents et enfants se sont habitués à la présence des ouvriers en tenue rouge. « Ils vivent cette période de chantier comme une nuisance et notre rôle est de leur faire comprendre que c’est pour leur bien », précise l'ingénieure. 

Après près d’un an et demi sur le site, l’ingénieure s’est acclimatée aux Yvelines : « La richesse de notre métier, c’est de travailler dans des environnements très variés. J’ai fait des chantiers dans les Hauts-de-Seine, en Seine-Saint-Denis, dans les Yvelines… » 

Dans ce « second foyer », chaque occasion est bonne à célébrer, comme en témoignent les nombreuses photos accrochées aux murs : les ouvriers réhabilitant le centième logement, les un an d’Alice dans l’entreprise, la réception du nouvel échafaudage, une partie de football improvisée… sans oublier la fête de Noël avec les résidents.

Nous rencontrer Nous rencontrer

Le réseau Info jeunes est accessible à tous les publics (collégiens, lycéens, étudiants, salariés, demandeurs d'emploi...) mais aussi à leurs parents, à leurs enseignants et à tous les travailleurs sociaux. L'accès est libre et gratuit.