Étudiants sous tension « On se sent parfois comme des petites mains » : un étudiant sage-femme sur deux confronté aux discriminations

Perrine Basset Fériot
Publié le 24-06-2026

En bref

  • Selon une enquête de l’Association nationale des étudiants sages-femmes (ANESF), publiée fin mai, près d’un étudiant sur deux déclare avoir subi des discriminations ou des maltraitances durant sa formation.
  • Malgré une légère amélioration depuis 2023, les témoignages font état de pressions, de conditions de stage difficiles et d’un stress omniprésent.
  • Entre précarité financière et rythme élevé, Juliann et Maïwen, tous les deux étudiants en troisième année, témoignent de leur passion pour leur futur métier.
Les étudiants sages-femmes dénoncent des mauvaises conditions de formation.
Les étudiants sages-femmes dénoncent des mauvaises conditions de formation. Crédit : Canva - CIDJ

Etudes sage-femme : des étudiants dénoncent des maltraitances en stage

« Certains étudiants décrivent un sentiment d’infantilisation, celui de n’être que des “petites mains”, ainsi que des pressions lors des gardes, où il leur est interdit de s’asseoir, de manger ou de prendre des pauses. » Dans son enquête « Bien-être des étudiantes sages-femmes », publiée en mai dernier, l’Association nationale des étudiants sages-femmes (ANESF) dénonce les maltraitances dont sont victimes les élèves au cours de leur formation ou de leurs stages. Leïla Jamin, porte-parole de l’association, alerte : un étudiant sur deux serait concerné par ces situations. Un chiffre en légère baisse par rapport à 2023 (61%), mais qui reste très élevé. 

Étudiante sage-femme à Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (78), Maïwen Rouxel n’a pas été étonnée par les conclusions de l’enquête. Si la jeune femme évoque de bonnes conditions de formation, avec une « très bonne ambiance de promo », elle reconnaît subir le rythme intense. 

En moyenne, un étudiant sage-femme passe 12 semaines en stage en deuxième année, puis 22 en troisième année et 24 en quatrième année. L’élève de troisième année rapporte avoir entendu de nombreux témoignages allant dans le sens de l’enquête. « Une amie nous avait raconté qu’elle avait été enfermée dans un placard par une sage-femme, qui lui avait demandé si elle voulait régler leur différend par la violence. Heureusement, elle a été retirée de ce stage. » 

Juliann Forientini, lui aussi étudiant en troisième année à Lille (59), a déjà été rabaissé lors d’un stage. « J’ai vraiment ressenti le rapport hiérarchique entre la sage-femme et moi, qui n’étais qu’étudiant. Dans les grandes lignes, c’était : “Moi, je sais, et toi, tu ne sais rien.” » Le jeune homme relativise, évoquant « une mauvaise garde sur une dizaine de bonnes ». Il décrit aussi des sages-femmes très pédagogues et une bonne intégration, malgré son appréhension d’être rejeté en tant qu’homme dans un milieu majoritairement féminin

Dans la promotion de Maïwen, le surnom de « dragons » est donné aux encadrantes désagréables. L’étudiante décrit des situations d’urgence parfois difficiles à gérer sans perdre ses moyens. « Même si je tiens le rythme, certaines périodes sont plus compliquées. Je ressens beaucoup la “novembrose”, la déprime du mois de novembre. Lorsqu’on arrive en stage, il fait nuit. Lorsqu’on part, il fait aussi nuit. C’est dur de rester motivée. » Ses proches la soutiennent, moralement et financièrement.

Études de santé : la précarité financière fragilise les étudiants sages-femmes

En plus du stress, les étudiants sages-femmes sont confrontés à des difficultés financières. Près de trois étudiants sur dix jugent leur situation financière « mauvaise à très mauvaise ». « Certaines formations imposent à leurs étudiants l’achat de tenues de stage, comme des chaussures, ainsi que de matériel pour les travaux pratiques. En cas de refus, certains se sont vus refuser l’accès aux cours », explique Leïla Jamin, elle-même en quatrième année de maïeutique. Selon l’enquête, ces frais complémentaires s’élèvent à 168 € par an

Lors d’un stage à Calais, Juliann a dû prendre un second logement, en plus de son logement principal, pour se rapprocher de son lieu de stage. Un coût supplémentaire de 600 € par mois, qu’il n’aurait pas pu assumer sans l’aide de ses parents. 

Il dénonce aussi des lieux de stage éloignés, avec parfois 1 h 30 de trajet, sans remboursement des frais kilométriques les premières années. Il cumule un job étudiant en parallèle de sa formation. De son côté, Maïwen compte également sur le soutien de ses parents. Elle évoque l’achat de matériel, comme un stéthoscope d’une centaine d’euros, qu’elle n’a quasiment jamais utilisé. Leïla Jamin souligne aussi que certains lieux de stage imposent aux étudiants de laver eux-mêmes leurs tenues, soulevant « des enjeux à la fois financiers et hygiéniques ».

Accompagnement des étudiants sages-femmes : des améliorations encore insuffisantes

En 2023, la réforme de la formation des sages-femmes visait à alléger la charge horaire des études. Trois ans plus tard, l’enquête de l’ANESF peine à mettre en évidence des changements significatifs. « Si certains indicateurs se sont améliorés, d’autres restent alarmants, avec notamment 84% des étudiants qui déclarent ressentir du stress plusieurs fois par jour, par semaine ou par mois », indique la porte-parole. 

Les améliorations concernent surtout les relations avec les équipes pédagogiques, jugées plus soutenantes. Près de neuf étudiants sur dix disposent d’un référent et évaluent positivement leur accompagnement. À Lille, Juliann s’estime chanceux d’être suivi par une équipe « très présente » et une directrice « au top ». Leïla Jamin confirme une meilleure communication et une écoute accrue, permettant « aux étudiants de se confier sur leurs conditions de stage ». 

Malgré les difficultés rencontrées, 98% des répondants se disent fiers de leurs études. « La passion pour le métier ne faiblit pas », insiste Leïla Jamin. Juliann explique son choix par l’héritage familial — ses deux grands-mères étaient infirmières — et par son envie de se sentir « utile à la société ». « Je suis convaincu de faire le plus beau métier du monde. C’est tellement gratifiant d’être remercié par les patientes », confie-t-il. 

Pour Maïwen, sa vocation est née de son désir de travailler auprès des femmes. La reconnaissance, elle la trouve davantage auprès de ses camarades que de certaines encadrantes. Si 16% des répondants envisagent d’exercer leur profession pendant moins de 15 ans, elle affirme : « Je n’ai pas fait six années d’études pour changer de métier. » Même conviction pour Juliann, qui ne se voit « pas exercer une autre profession ». Pour lui, c'est sage-femme ou rien.

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