Interview Stage, apprentissage, job : comment les jeunes peuvent éviter les accidents du travail
En bref
- Les récents drames impliquant des apprentis, des stagiaires et de jeunes travailleurs rappellent l'importance de connaître ses droits et les règles de sécurité au travail. D'autant qu'en raison de leur inexpérience, les moins de 25 ans sont plus vulnérables face aux accidents du travail.
- Les entreprises doivent prévoir un accueil et un accompagnement adaptés afin de limiter les risques professionnels pour les stagiaires, les alternants et les salariés.
- Selon Julien Hachet, expert en santé et sécurité au travail à l’INRS, tout nouvel arrivant devrait pouvoir s’adresser à un référent concernant les gestes et l’environnement de travail.
La sécurité au travail, qu’est-ce que c’est ?
Julien Hachet, chargé de projet - enseignement professionnel à l'INRS : L’obligation de santé et sécurité au travail, qu’on appelle aussi prévention des risques professionnels, correspond à l’ensemble des actions menées dans les entreprises pour préserver la santé physique et mentale des salariés.
Si elles visent à les prémunir des accidents du travail ou de trajet, ces mesures contribuent aussi à prévenir l’apparition d’une maladie professionnelle au cours de la carrière.
Elles concernent à la fois des aspects techniques et organisationnels, comme la mise à disposition de matériel adapté, d’équipements de protection individuelle ou d'aménagement dans l’organisation du travail. Par ailleurs, l’objectif est également d’informer et de former les salariés à ce sujet, en particulier les nouveaux arrivants.
Focus
Plan santé au travail 2026-2030 : : quelles nouvelles mesures pour les jeunes ?
Le nouveau plan santé au travail, présenté début juin par le ministère du Travail, renforce la prévention auprès des jeunes, particulièrement vulnérables face aux risques professionnels.
Parmi les axes retenus, figure la sensibilisation à la sécurité durant leur formation, puis lors de l’entrée en entreprise, avec la distribution d’un livret d’information, un rappel des règles, une initiation systématique à la bonne utilisation des équipements de protection et l’attribution de signes distinctifs.
Dans les secteurs d’activité très exposés aux accidents du travail graves, les entreprises devront prendre en compte la vulnérabilité spécifique des nouveaux arrivants en menant des actions de prévention dédiées.
Un renforcement de la formation des maiîres de stage ou d’apprentissage est également prévu.
Les stagiaires, alternants et étudiants salariés sont-ils concernés par la prévention des risques professionnels ?
JH : Les accidents du travail surviennent plus souvent lors de la découverte d’un nouveau poste ou d’un nouveau lieu de travail. Les jeunes présentent d’ailleurs un risque d’accident du travail près de deux fois plus élevé que le reste de la population salariée.
C’est pourquoi il est essentiel qu’un jeune en stage, en apprentissage ou en job d’été soit accueilli par un tuteur en entreprise, un référent ou un maître d’apprentissage. Cette personne référente répondra à toutes ses interrogations, notamment celles portant sur les gestes du métier.
La communication permet au nouvel arrivant d’être à l’aise dans la prise de poste, et d’alerter en cas de situations potentiellement dangereuses. Le but : réfléchir ensemble à améliorer les situations de travail et mettre en place des mesures de prévention pour éviter qu’un accident ne survienne.
Pour les stagiaires de troisième ou de seconde, en revanche, il n’est pas question d’exercer d’activités professionnelles, mais bien de découvrir et observer le fonctionnement de l'entreprise. Leur convention doit être rédigée correctement et signée par l’établissement, la famille et l’entreprise, et un tuteur doit les accompagner pendant toute la durée de leur stage.
Les accidents du travail sont-ils plus nombreux dans certains secteurs d’activité ?
JH : Si les accidents du travail et les maladies professionnelles se produisent dans tous les secteurs, certains s’avèrent toutefois plus concernés. Dans le BTP ou le secteur du soin et de l'aide à la personne, les nombreuses manutentions manuelles entraînent des risques de chutes en hauteur ou de plain-pied, ou encore des troubles musculo-squelettiques.
Dans l’industrie, l’utilisation de machines et les interventions urgentes liées à des activités de maintenance, augmentent les risques. Dans le tertiaire, les métiers en contact avec le public peuvent générer des risques psychosociaux.
À qui s'adresser pour s’informer sur les risques professionnels ?
JH : L'employeur est tenu d'une obligation de sécurité envers ses salariés. En parallèle, chaque salarié est responsable de préserver sa propre santé et sa sécurité au travail, tout en veillant à ne pas porter atteinte à la santé et à la sécurité de ses collègues.
Les personnes qui ont des questions sur la sécurité et la santé au travail peuvent s’adresser au service des ressources humaines ou aux représentants du personnel. Les nouveaux arrivants doivent impérativement être informés des procédures et de la conduite à tenir en cas d’accident du travail.
En dehors de l’entreprise, on peut contacter un infirmier ou un médecin du travail au sein d’un service de prévention et santé au travail. Et lorsqu'aucune ressource interne ne permet de garantir sa santé et sécurité au travail ou en cas de manquements repérés par le jeune, il peut s’adresser à la section d’inspection du travail départementale.
Focus
Canicule : quelles obligations des employeurs pour protéger stagiaires et alternants ?
Depuis le 1er juillet 2025, les employeurs ont l'obligation d'évaluer les risques pour la santé et la sécurité liés aux épisodes de forte chaleur. Cette obligation s'applique non seulement aux salariés, mais également aux stagiaires, qu'ils soient en période d'observation ou de formation.
Afin de prévenir ces risques, plusieurs mesures peuvent être mises en place :
- Adapter les conditions d'accueil et de présence du stagiaire ;
- Garantir l'accès à l'eau potable et à des espaces ombragés ou frais ;
- Aménager les horaires lorsque cela est nécessaire ;
- Limiter les expositions prolongées au soleil.
Des dispositions spécifiques doivent être appliquées aux stagiaires en formation : adaptation des méthodes de travail, aménagement des espaces et postes de travail, équipements de protection individuelle appropriés.