Santé mentale Quand l'actualité devient anxiogène, il est temps de changer ses habitudes

Caroline Féral Palma
Publié le 17-04-2026

En bref

  • Entre guerre, dérèglement climatique et scandales sanitaires, l'actualité peut peser lourd sur le moral.
  • Selon un sondage Ifop, plus d'un jeune sur deux s'informe principalement via les réseaux sociaux, plateformes qui favorisent les contenus les plus spectaculaires.
  • Notre cerveau retient davantage les mauvaises nouvelles : l'anxiété face à l'actu est naturelle, mais il existe des façons de garder le contrôle sans se déconnecter.
Anxiété face à l'actualité
Face au flux d’actualité en continu, difficile parfois de ne pas se sentir submergé. Crédit : Adobe Stock - CIDJ

Pourquoi l'actualité paraît-elle plus lourde aujourd'hui ?

Alors qu’il y a quelques années, on regardait le journal à heure fixe, l'actu nous suit désormais partout et tout le temps. Au réveil, une alerte sur une frappe militaire ; dans les transports, une vidéo de catastrophe naturelle ; avant de dormir, un post alarmant sur l'alimentation… Tout s'enchaîne sans transition. Et ce n'est pas un hasard. Les algorithmes privilégient ce qui capte l'attention — et les mauvaises nouvelles attirent davantage le regard que les bonnes. « Notre cerveau est câblé pour enregistrer prioritairement ce qui fait peur », explique Jane Lavaud, psychologue clinicienne dans un centre régional du psychotraumatisme. « Dans l'évolution, repérer le danger était vital. »
À force d'interagir avec des contenus anxiogènes, les plateformes finissent presque par ne plus proposer que cela. On entre alors dans ce que Jane Lavaud appelle un « tunnel » : une exposition constante, sans contrepoids, qui déforme progressivement notre perception du monde.
Les conséquences sont réelles : selon le baromètre Ipsos sur le moral des adolescents (mars 2025), un jeune sur quatre fait l'objet d'une suspicion de trouble anxieux généralisé. Et cette étude identifie clairement l’exposition à l’actualité comme facteur d’inquiétude.
Résultat : même quand des événements positifs existent, ils marquent moins l'esprit. Le monde peut finir par sembler menaçant en permanence, alors qu'il ne l'est pas forcément plus qu'avant.

Quand l'inquiétude devient envahissante

Être bouleversé par l'actualité est normal tant certaines nouvelles sont objectivement inquiétantes. Mais il y a un seuil à ne pas dépasser. « L'anxiété devient problématique quand elle est constante et envahissante », souligne Jane Lavaud. « Quand on n'arrive plus à décrocher, même en essayant. » Les signaux à surveiller :

  • Physiques : troubles du sommeil, fatigue persistante, maux de tête, boule au ventre, perte ou excès d'appétit.
  • Comportementaux : repli sur soi, absence d'intérêt pour vos loisirs, difficultés de concentration, sentiment de paralysie face aux événements.

Chez les 15-25 ans, cette vulnérabilité peut être encore plus forte. « Il y a une recherche d'identité, des inquiétudes sur l'avenir, une forte pression scolaire ou professionnelle », rappelle la psychologue. Le cerveau est encore en pleine maturation, ce qui rend certains profils plus impulsifs et moins capables de prendre du recul face à une information anxiogène.
Ce malaise se reflète aussi dans les chiffres : toujours en 2025, un autre baromètre Ipsos révèle qu'un étudiant sur trois envisage d'arrêter ses études en raison de sa détresse psychologique, et que moins d'un étudiant sur deux se considère en bonne santé mentale.

Comment reprendre la main concrètement ?

Bonne nouvelle : il ne s'agit pas de couper les infos mais d'apprendre à mieux les doser.

Ralentir le flux
Désactivez certaines notifications. Évitez de consulter l'actualité dès le réveil ou juste avant de dormir. Quand une info vous percute, posez le téléphone et faites autre chose. « Même 24 heures sans actualité peuvent apaiser », conseille Jane Lavaud. Certaines applis ou une newsletter quotidienne permettent de lire l'actu à un moment choisi, sans flux infini.
Trier ce qui vous concerne vraiment
Face à une info anxiogène, posez-vous deux questions : est-ce que cela me concerne directement ? Ai-je un contrôle dessus ? « Si les réponses sont non, il faut essayer de lâcher prise », explique la psychologue. « Si oui, alors s'informer de manière ciblée, avec des sources fiables, pour reprendre le contrôle. »
Choisir de meilleures sources et des comptes inspirants
Privilégiez un récapitulatif d'actualité par jour plutôt qu'un flux continu : au bout de quelques jours, certaines infos sont vérifiées ou débunkées, ce qui permet d'avoir du contenu factuel plutôt que sensationnel. Et si un sujet vous tient à cœur — le climat, par exemple — suivez aussi des comptes engagés et actifs. Vous y trouverez de l'info, mais aussi des exemples d'actions concrètes à mener à votre échelle.
Parler de ce que vous ressentez
À des amis, des proches, un adulte de confiance ou un professionnel si besoin. « Parler, ça enlève des pierres dans le sac à dos », résume Jane Lavaud. Poser des mots sur ce qu'on ressent suffit souvent à diminuer immédiatement la pression. Et ça permet aussi de trouver chez les autres une validation de ce qu'on éprouve : non, vous n'êtes pas trop sensible.

S'informer est important, mais vous ne devez pas porter seul tout le poids du monde. Doser son rapport à l'actualité, ce n'est ni de l'indifférence ni de l'égoïsme, c'est prendre soin de soi pour mieux aller de l’avant.
 

Focus

Besoin d'en parler à un professionnel ?

Agir avant que ça devienne trop handicapant : « Il ne faut pas se sentir illégitime à aller rencontrer un psychologue, même une seule fois », insiste Jane Lavaud. Des dispositifs gratuits existent pour les jeunes :
Quartier Jeunes (QJ) consultations psy gratuites et anonymes à Paris et en Île-de-France. Sans rendez-vous les mercredi, jeudi et vendredi.
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Nightline France ligne d'écoute gratuite tenue par des étudiants bénévoles
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