Épicerie solidaire

Précarité étudiante : à l’Agoraé, les étudiants font leurs courses à prix réduits

Laura El Feky
Publié le 21-10-2026

En bref

  • Présentes partout en France, les épiceries sociales et solidaires permettent aux personnes en situation de précarité de faire leurs courses à prix réduits.
  • À l’Agoraé de Paris, les étudiants bénéficiaires ne paient que 10% du prix des produits et peuvent obtenir gratuitement des fruits et légumes.
  • Sofïia, jeune Ukrainienne en études d’odontologie, et Ismaël, étudiant en master de linguistique, y font presque toutes leurs courses.
Epicerie solidaire
Près de la moitié des étudiants précaires ne mangent pas à leur faim, selon l’observatoire nationale de la vie étudiante. Crédit : CIDJ
Pour venir faire leurs courses à l'Agoraé, les étudiants doivent justifier d'un reste à vivre inférieur à 12 euros par mois. Crédit : CIDJ

Alors que l’inflation repart à la hausse en France, l’alimentation reste un poste de dépense difficile à assumer pour les étudiants les plus précaires. Pour leur permettre de faire leurs courses à moindre coût, les épiceries sociales et solidaires proposent des produits à prix réduits. 

À Paris, l’Agoraé, gérée par l’Association générale des étudiants de Paris (AGEP), membre de la Fage, accompagne chaque année 300 étudiants. Ce mois-ci, l’épicerie solidaire fête ses 10 ans.

À l’Agoraé, les étudiants paient leurs courses 90 % moins cher

Fruits, légumes, produits frais, pâtes, riz, conserves, œufs… À l’Agoraé Paris, on trouve presque de tout, comme dans une épicerie classique. À une différence près : les prix sont bien plus bas qu’ailleurs. Le paquet de pâtes de 500 grammes coûte 8 centimes, les quatre compotes 18 centimes et la boîte de café 60 centimes.

"Les produits sont vendus 90% moins cher que dans un supermarché classique, explique Cyrine, étudiante en année de césure et vice-présidente de l’Agoraé Paris. Certains produits comme les légumes, les fruits, les protections menstruelles et les fournitures scolaires sont même gratuits".

Ici, les courses alimentaires remplissent les paniers sans alourdir leur budget alimentaire. "La première fois, j’étais vraiment surprise de ne payer qu’un euro pour tous mes achats", se souvient Sofïia, étudiante ukrainienne en odontologie. Arrivée en France l’an dernier, elle s’est installée à Paris il y a un mois pour poursuivre ses études. 

Pour Ismaël, étudiant en master 1, l’Agoraé est devenu un passage régulier. Il y achète presque tous les produits nécessaires à la préparation de ses repas, en complément des déjeuners et dîners pris au restaurant universitaire du Crous. "Mon budget, c’est très compliqué. Je perçois une bourse de 216 euros, qui ne couvre même pas la moitié de mon loyer qui s’élève à 450 euros", explique-t-il. 

Avant de s’installer à Paris, Ismaël fréquentait déjà une épicerie sociale et solidaire à Toulouse. À son arrivée dans la capitale, en septembre, il a donc rapidement cherché une structure équivalente pour y déposer son dossier.
 

Précarité étudiante : qui peut bénéficier de l’épicerie solidaire ?

Les conditions d'accès varient selon les épiceries sociales et solidaires. À l’Agoraé Paris, les étudiants doivent "justifier d’un reste à vivre inférieur à 12 euros par mois", explique Cyrine qui reçoit, en ce moment, entre 5 et 15 nouvelles demandes par jour. 

"Il faut être étudiant, mais pas nécessairement boursier, précise Élise, étudiante en 4e année de médecine et 1re vice-présidente de l'Association générale des étudiants de Paris (AGEP). Environ 65% des bénéficiaires ne perçoivent pas de bourse sur critères sociaux".

Une fois leur dossier accepté, les étudiants disposent ensuite d’un plafond de dépenses mensuel adapté à leur situation, qui ne peut pas dépasser 18 euros. Une somme rarement atteinte, observe Colin, volontaire en service civique depuis le mois dernier. "Je n’ai vu personne atteindre ce montant depuis mon arrivée". Ce jour-là, il tient la caisse aux côtés d’une bénévole, tandis qu’une troisième réapprovisionne les rayons.
 

Au-delà de l’aide alimentaire, un lieu de vie pour les étudiants

Les stocks dépendent en grande partie des dons, récoltés notamment lors des collectes alimentaires, des invendus de la grande distribution et des partenariats conclus avec les enseignes ou les producteurs locaux. "Certains aliments partent très vite, notamment la viande et les produits plaisir, comme les biscuits ou les boissons", observe Élise. L’équipe doit donc veiller à ce que tous les étudiants, quel que soit leur créneau, bénéficient d’un choix équivalent.

À l’Agoraé, les bénéficiaires viennent de toutes les filières. On y trouve aussi bien des étudiants de l'université que d'écoles d'ingénieurs ou de mode, mais aussi des étudiants en santé, confrontés à des frais directement liés à leur formation. 

Les étudiants internationaux sont également nombreux à solliciter l'épicerie solidaire, alors qu'ils font face à des difficultés financières supplémentaires, notamment depuis la suppression des APL pour les non-boursiers, le 1er juillet 2026, et le plafonnement des exonérations de frais d’inscription.

Au-delà de l'épicerie, l’Agoraé propose un espace où les étudiants peuvent travailler, échanger ou simplement se retrouver. Ils peuvent aussi y être accompagnés dans leurs démarches pour accéder à leurs droits. 

L’accès à l’épicerie nécessite toutefois de constituer un dossier, dont l’examen prend "environ une semaine". À l'Agoraé de Paris, le dispositif est limité à 300 bénéficiaires. Une fois leur demande acceptée, les étudiants doivent réserver un créneau lors des permanences pour venir faire leurs courses.

Focus

Où trouver une épicerie solidaire quand on est étudiant ?

Pour lutter contre la précarité alimentaire, de nombreuses épiceries sociales et solidaires se sont développées partout en France. 

Certaines s'adressent exclusivement aux personnes en situation de précarité, tandis que d'autres accueillent un public plus large, avec des tarifs adaptés aux revenus de chacun. Sur son site, le réseau national des épiceries solidaires recense plusieurs centaines de structures.

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