Budget Étudiants étrangers : la hausse des frais d’inscription appliquée dès 2026

Odile Gnanaprégassame
Publié le 27-05-2026

En bref

  • Les universités devront appliquer strictement des droits d’inscription différenciés en licence et en master pour les étudiants non européens.
  • Instaurée en 2019, la mesure n’était jusqu’ici que très peu suivie, les établissements la jugeant inégalitaire.
  • Étudiants et membres de la communauté universitaire appellent au retrait de cette obligation.
Etudiants étrangers : les frais d'inscription à l'université majorés dès la rentrée 2026.
À partir de la rentrée 2026, les étudiants non européens paieront près de 3 000 euros pour une année de licence. Crédit : Priscilla du Preez - Unsplash

Étudiants étrangers : jusqu’à 2 900 euros de frais d’inscription en licence

La mobilisation de la communauté universitaire n’aura pas empêché la publication d'un décret limitant les possibilités d’exonération des droits d’inscription pour les étudiants étrangers. Avec ce texte, le gouvernement entend mettre fin à une pratique largement répandue dans les universités : l’exonération massive des étudiants extra-communautaires. 

D’après les données du ministère de l’Enseignement supérieur, 90 % des 111 500 étudiants concernés ont bénéficié d’une exonération totale ou partielle en 2024-2025. Pourtant, depuis une mesure entrée en vigueur en 2019 avec le plan Bienvenue en France, ces étudiants sont censés s’acquitter de frais d’inscription différenciés : 2 895 euros par an en licence et 3 941 euros en master, contre respectivement 178 et 254 euros pour les étudiants français et européens.

Le décret tout juste promulgué prévoit toutefois de relever à 20 % la part d’étudiants pouvant être exonérés par chaque établissement, au lieu des 10 % envisagés dans sa précédente mouture. Un assouplissement de dernière minute pour tenter d’endiguer la contestation. 

Aussi, la réforme, intégrée au nouveau plan Choose France For Higher Education, ne sera finalement appliquée que progressivement d’ici 2028. La proportion d’étudiants dispensés de frais d’inscription devrait ainsi tomber à 30 % à la rentrée 2026, puis à 25 % en 2027, avant d’être plafonnée à 20 % en 2028.

Frais d’inscription : étudiants et universités dénoncent une mesure inégalitaire

Des frais d’inscription multipliés par 16 : voilà une perspective qui ne réjouit ni les étudiants concernés ni les universités. Dans un communiqué, France Universités dénonce une mesure contraire aux « valeurs humanistes d’accueil et d’ouverture » en vigueur dans ses établissements. 

L’institution redoute également l’effet dissuasif de cette majoration. Si la pratique s’avère courante dans certains pays, comme au Royaume-Uni ou en Australie, Hervé Christofol, membre du Syndicat national de l'enseignement supérieur (SNESUP-FSU), nuance : « les étudiants nationaux y paient déjà des tarifs élevés tandis qu’en France, l’exigence constitutionnelle de gratuité doit assurer à tous un accès égal aux études ». Dans les faits, il faut s’acquitter de droits d’inscription modiques pour préparer un diplôme national, comme une licence ou un master.

En revanche, peut-on encore qualifier ces sommes de « modiques » pour les étudiants non-européens ? Oui, a tranché le Conseil d’État dès 2019. Son argument : ces montants ne représenteraient qu’un tiers du coût moyen de la formation

Pour l’intersyndicale réunissant notamment la Fage, l’Unef et l’Union étudiante, la mesure demeure inégalitaire, discriminatoire voire xénophobe. Elle apparaît comme une volonté de trier selon la nationalité et les capacités financières. D’autant que les étudiants étrangers subissent déjà des mesures qui les précarisent : accès aux bourses sur critères sociaux conditionné à la durée de résidence sur le territoire, suppression des APL à partir du 1er juillet prochain ou encore restriction des vœux possibles sur Parcoursup. À ces critères financiers s’ajoutent maintenant des préférences liées aux filières jugées stratégiques.

L’attractivité du doctorat fragilisée par les frais d’inscription

Refonte du plan Bienvenue en France qui visait l’accueil de 500 000 étudiants internationaux d’ici 2027, le plan Choose France For Higher Education cible désormais prioritairement les candidatures dans des domaines stratégiques prédéfinis. Le gouvernement dit vouloir répondre à « un double enjeu de compétitivité et de réindustrialisation afin de renforcer les positions de la France dans la compétition mondiale ». Pour y parvenir, 60 % des bourses destinées aux étudiants internationaux se concentreront sur les filières d’avenir : santé, numérique, biotechnologies, alimentation ou encore sciences de l’environnement.

France Universités déplore toutefois une atteinte à l’autonomie des universités. Du côté du SNESUP-FSU, c’est l’attractivité du doctorat qui inquiète. Si ce diplôme reste épargné par la majoration des droits d’inscription, la moitié des doctorants étrangers passent d’abord par une licence ou un master en France. Les frais différenciés pourraient donc les dissuader d’y envisager leurs études supérieures. 

L’intersyndicale mobilisée rappelle pourtant que ces étudiants constituent une richesse culturelle, scientifique et économique. Leur présence rapporte chaque année 1,35 milliard d’euros nets à l’économie française. Quant aux frais différenciés, ils devraient générer jusqu’à 250 millions d’euros par an pour les universités, sans pour autant compenser leur sous-financement chronique.

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