Pourquoi le nombre d'étudiants boursiers continue-t-il de baisser ?
En bref
- À la rentrée 2025-2026, le nombre d’étudiants boursiers a encore reculé, selon le ministère de l’Enseignement supérieur.
- En deux ans, les plafonds de ressources et les montants des bourses Crous n’ont pas suivi l’inflation, ce qui peut exclure des étudiants du dispositif.
- Résultat : certains étudiants perdent leur aide parce que les revenus de leurs parents ont augmenté… sans que leur pouvoir d’achat n’ait forcément suivi.
Le nombre d’étudiants boursiers baisse pour la deuxième année consécutive
La tendance se confirme. À la rentrée 2025, 656 000 étudiants bénéficiaient d’une bourse Crous. C’est 5 600 étudiants de moins qu’en 2024, soit une baisse de 0,8 %, selon une note du ministère de l'Enseignement supérieur publiée en octobre 2026.
Ce recul fait suite à une première baisse de 2,6 % en 2024-2025. Aujourd’hui, à peine 35 % des étudiants bénéficient d’une bourse sur critères sociaux. Cette proportion est à son niveau le plus bas depuis plus de dix ansEn cinq ans, le nombre de boursiers a chuté de 12,5 %.
Faut-il y voir le signe d’une amélioration du niveau de vie des étudiants et de leur famille ? Pas vraiment. Une question de calcul se cache surtout derrière ces chiffres.
Bourse Crous : des plafonds de ressources gelés malgré l’inflation
Entre 2020 et 2022, le ministère expliquait surtout la baisse, déjà amorcée, du nombre de boursiers par l’essor de l’apprentissage, les étudiants concernés n’y étant pas éligibles. Mais depuis l’année universitaire 2024-2025, le recul semble davantage lié au gel de réévaluation des plafonds de ressources, qui n'ont pas suivi l’évolution des revenus, ni la hausse générale des prix.
Le calcul de la bourse Crous prend notamment en compte les revenus du foyer fiscal auquel l’étudiant est rattaché ainsi que les points de charge prévus par le barème. Or, les plafonds de ressources n’ont pas été revalorisés ni en 2024, ni en 2025. Pendant ce temps, les revenus des familles ont continué d’augmenter, notamment sous l’effet de l’inflation.
Ainsi, malgré une légère hausse des revenus des parents ou de l’étudiant, le niveau de vie de la famille ne s’est pas nécessairement amélioré puisque les frais liés à l’alimentation, au logement ou encore aux transports ont aussi augmenté. Pourtant, cette hausse de revenus peut suffire à faire dépasser le plafond autorisé, sans que l’étudiant ait réellement les moyens de financer davantage ses études.
Selon l’étude du ministère, 4,4 % des étudiants boursiers en 2024-2025 ne seraient ainsi plus éligibles à la rentrée suivante dans l’hypothèse où les revenus de leurs parents auraient évolué au même rythme que le Smic net entre 2022 et 2023, soit une hausse de 5,4 %.
Bourse Crous : pourquoi les étudiants à l’échelon 0 bis sont plus exposés ?
Environ un tiers des boursiers se situent à l’échelon “0 bis”, qui correspond au montant de bourse le plus faible. Ces étudiants sont particulièrement exposés à la perte de leur bourse Crous, puisqu’ils peuvent plus facilement dépasser les plafonds de ressources et perdre leur aide.
Face au phénomène et à la hausse du coût de la vie étudiante, la question d’une réforme du système de bourses se pose. Une proposition de loi, adoptée par l’Assemblée nationale en juin 2026, prévoit notamment de revaloriser chaque année les montants des bourses et les plafonds de ressources en fonction de l’inflation. Transmis au Sénat le 12 juin 2026, le texte doit faire l’objet d’un suivi de son examen parlementaire avant publication, mais aucun calendrier d’examen n’est fixé à ce jour.