Première rentrée de profs : « Je me suis sentie toute petite ! »
En bref
- Ils ont entre 23 et 29 ans, viennent tout juste de terminer leurs études et, cette année, ce sont eux qui font face aux élèves.
- Pour leur première rentrée comme professeurs stagiaires, Louise, Jade et Jean-Baptiste découvrent le stress, les imprévus, mais aussi ces premiers instants où leur nouveau statut d'enseignant devient concret.
- Ils racontent cette première rentrée, leurs premières satisfactions mais aussi leurs interrogations sur le métier de professeur.
« Je me suis sentie toute petite ! » Mardi 1er septembre 2026, lorsque Jade pénètre dans sa salle de classe, ce n’est plus pour s’asseoir au fond et écouter un professeur. En cette rentrée, tous les regards sont braqués sur elle. À 23 ans, la Francilienne vient de réussir le concours du CAPES après une licence de SVT et un master MEEF (Métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation).
Elle fait cette année ses premiers pas comme professeure stagiaire dans un lycée des Yvelines. La jeune diplômée attendait ce moment avec impatience, mais le passage de l’autre côté du bureau reste impressionnant. « On n’est plus vraiment des élèves maintenant, on entre dans le grand bain ! »
Pourtant, avant même d’accueillir ses élèves de seconde, une question lui trotte dans la tête : va-t-elle réussir à gérer sa classe ? « Certains lycéens sont à peine plus jeunes que moi, je me suis demandé si on allait me prendre au sérieux. » Les premiers échanges la rassurent rapidement. Elle a commencé par les fondamentaux : présentation des règles de vie, organisation de l’année, fonctionnement particulier des cours de SVT, puis place à des jeux pour détendre l'atmosphère.
Première rentrée d'enseignants : le trac avant d’entrer en classe
C’est ce même mélange d'impatience et d'appréhension qui accompagne Louise. Dans une petite ville près d’Angers (49), elle aussi, démarre son année de professeure des écoles stagiaire en CE1-CE2.
La jeune Ligérienne n’arrive pourtant pas totalement sans expérience. L’année dernière, elle était alternante en maternelle. Mais cette fois, et pour la première fois, elle est seule aux commandes. « J’étais très stressée ce matin, j’ai cru que j’allais vomir ! » raconte celle qui se décrit pourtant d’un naturel serein. Une fois devant ses élèves, le trac retombe. « Au bout de deux ou trois minutes, c’était revenu à la normale. »
Jean-Baptiste, lui, redoutait surtout de ne pas réussir à tenir sa classe. Pendant son master MEEF, il avait déjà effectué un stage en primaire, mais dans une classe à effectif réduit. Cette fois, il doit gérer 23 élèves de CE1. « J’avais peur de me faire très vite déborder », se souvient le Girondin.
Focus
La formation des enseignants évolue en 2026
Depuis la rentrée 2026, une nouvelle formation fait son apparition pour les futurs enseignants : le master enseignement et éducation (M2E). Désormais, le concours pour devenir enseignant est accessible en troisième année de licence. Les étudiants admis suivront ce master tout en étant rémunéré : ils auront le statut d'élève fonctionnaire en première année, puis celui de fonctionnaire stagiaire en deuxième année. Pendant le master, les lauréats du concours enseigneront progressivement en classe avec un mi-temps devant les élèves en deuxième année.
Pour en savoir plus : Master M2E : une nouvelle formation pour les futurs enseignants dès 2026.
« J'ai enfin mes élèves » : quand le professeur prend enfin sa place
La réalité sera finalement moins chaotique que prévu. Le premier jour a été « sportif » pour Jean-Baptiste, mais il ressort plutôt satisfait de cette première expérience. Car face aux élèves, les inquiétudes ne disparaissent pas forcément, elles changent simplement de nature. Il faut désormais composer avec une classe bien réelle, ses réactions, son niveau, son rythme et ses imprévus.
« J’avais préparé un emploi du temps chargé », raconte Louise. Découverte du fonctionnement de la classe, règles de vie, lecture d’une histoire, activités artistiques, défis mathématiques et jeux pour apprendre à se connaître. « J’ai vite compris que j’avais prévu trop de choses, précise-t-elle en souriant, mais mes collègues m’ont rassuré et dit que c’était normal. »
Au milieu du stress et des imprévus, un moment fait basculer cette première rentrée : celui où le nouveau statut d'enseignant devient concret. Pour Louise, le déclic est arrivé à midi, lorsque ses écoliers ont quitté la classe pour la pause déjeuner. « Ça y est, j’ai enfin mes élèves », réalise la titulaire d’une licence PPPE (Parcours préparatoire au professorat des écoles) et d’un master MEEF.
Débuter dans le métier d’enseignant : entre vocation et doutes
Derrière les premiers tâtonnements se confirme aussi ce qui les a conduits à choisir cette voie. Les trois jeunes enseignants se retrouvent en effet sur un attrait commun : le contact avec les élèves et le sentiment d’être utile.
« C’est un métier d’une richesse infinie, » insiste Jade, dont la vocation remonte à l’adolescence. Accompagner les jeunes, créer une relation avec eux et les aider dans leurs projets d’orientation, voilà ce qui anime les trois stagiaires. La transmission de valeurs comme le respect des autres et la lutte contre les discriminations font aussi partie des missions qui ont convaincu Louise de se lancer dans l’enseignement.
Mais la vocation n’empêche pas les interrogations. Louise se demande déjà si elle fera ce métier « toute la vie ». Elle décrit une profession « extrêmement énergivore » et regrette que certaines idées reçues ternissent le métier. « Quand je parle de ma charge de travail, on me renvoie toujours à mes quatre mois de vacances par an », déplore-t-elle.
Au terme de cette première rentrée, aucun des trois enseignants ne prétend avoir déjà tout compris du métier. Il reste une année de stage, des formations, des visites et des évaluations avant la titularisation. Le stress et la charge de travail sont bien réels, mais une première étape est franchie.