Formation agricole L'enseignement agricole recrute hors de ses terres

Zoé Ruffy
Publié le 22-05-2026

En bref

  • Longtemps réservé aux enfants d’agriculteurs, l’enseignement agricole attire désormais des profils venus de tous horizons.
  • La filière est de plus en plus attractive, portée par des enjeux d’alimentation durable et une pédagogie très concrète.
  • Mais derrière les bons chiffres d’insertion du ministère de l’Agriculture, le renouvellement des générations reste un défi majeur.
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En 2026, seuls 8 % des élèves de l'enseignement agricole sont issus du milieu. Crédit : Canva
Salon de l’Agriculture 2026 : qui sont les agriculteurs de demain ? Crédit : Zoé Ruffy - CIDJ

La filière agricole séduit une nouvelle génération

Il y a 30 ans, s'engager dans la filière agricole, c'était presque par héritage. Aujourd'hui, les enfants d'agriculteurs ne représentent plus que 8 % des élèves. Qui remplit alors ces 800 établissements ? Les jeunes apprenants attirés par l'environnement, le vivant ou encore l'alimentation durable sont de plus en plus nombreux : ils étaient 219 000 à la rentrée 2025, soit 7 % de plus qu'en 2020, selon la dernière étude du ministère de l'Agriculture, publiée en avril 2026. 

Roxane et Alyce, toutes deux en terminale CGEA (Conduite et gestion de l'entreprise agricole) à Yvetot (76), en sont l'exemple type. « J'ai découvert la filière au collège, confie Alyce. A l’origine, je savais juste que je voulais travailler avec les animaux et ça m'a ouvert des portes. » Pour Roxane, le déclic est intervenu plus tard, en classe de seconde grâce au « club ferme » de son lycée.

Pour les deux lycéennes, l'adaptation a exigé toutefois un effort important. « En seconde, j'étais complètement perdue, se souvient Alyce. Les matières professionnelles étaient très compliquées. » Roxane confirme : « Tous les termes en agronomie, machinisme ou zootechnie... C'était plus difficile pour nous que pour les autres. »

La pratique, un tremplin vers l’emploi

D’après le ministère, ce basculement des profils reflète une transformation de l'offre de formation. L'enseignement agricole couvre désormais plus de 200 métiers : agroalimentaire, paysage, gestion de l'eau, services en milieu rural. Les trois quarts des parcours sont à visée professionnelle, et l'alternance fait un bond avec + 33 % d'apprentis en cinq ans.

« Ce qui m’a plu en bac pro, c’est la pratique », confie Roxane. Lien étroit avec les exploitations et nombreuses immersions professionnelles constituent les piliers du modèle d’enseignement agricole. 

Un système qui marche à en croire les chiffres : les taux de réussite aux examens dépassent régulièrement ceux de l'Éducation nationale, avec entre 90 et 98 % de taux de réussite au bac. Et surtout, les diplômés trouvent du travail. À niveau équivalent, du CAP au bac + 2, leur taux d'emploi à 12 mois dépasse de six points la moyenne nationale. Les BTS agricoles (BTSA) affichent 72 % d'insertion dans l'année suivant l'obtention du diplôme. 

Autre raison de cette réussite selon le ministère : l'internat qui accueille 55 % des élèves, du collège au lycée. Pour Alyce, cela a été un accélérateur de maturité : « Ça nous apprend à travailler en groupe, s’entraider. Ça nous prépare à la vie d'adulte. »

L’installation agricole, principal défi des nouveaux profils

Le tableau n'est pourtant pas sans ombres. Les femmes, qui représentent désormais 51 % des effectifs en voie scolaire, restent très minoritaires en apprentissage (22 %) et subissent un écart d'insertion persistant : 57 % d'emploi un an après le diplôme, contre 64 % pour leurs camarades masculins.

Surtout, le secteur fait face à un enjeu démographique majeur : la moitié des agriculteurs en activité en 2020 partiront à la retraite d'ici 2030. Attirer et former suffisamment de successeurs reste le défi central (et le plus urgent) de tout le secteur.

Or, la reprise des terres par ces nouveaux profils se heurte à la réalité économique. « Pouvoir s'installer en partant de zéro, sans la famille derrière, ça fait beaucoup de contraintes : les charges, les coûts, un travail énorme… », constate Gontran, également élève du lycée normand. Lui est conscient de la chance qu’il a de pouvoir s'associer avec son père

« Certes, beaucoup d'agriculteurs partent à la retraite, mais rares sont ceux qui acceptent de céder leur exploitation à des personnes qui ne sont pas issues du milieu », s’inquiète Alyce. Malgré ces défis, la future bachelière espère bien monter sa petite affaire, consciente qu’elle devra, pour y arriver, multiplier les expériences dans différentes fermes.

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