Chocolat Pour le chocolatier, Edwin : « le goût, c'est de la mémoire »
En bref
- Après avoir débuté en alternance, d’abord en pâtisserie puis en chocolaterie, le chocolatier Edwin Yansané, 37 ans, est aujourd’hui à la tête d’une maison qu’il a cofondée il y a 11 ans.
- Désormais, il se consacre principalement à la création de nouvelles collections qui alimentent ses cinq boutiques parisiennes.
- Il nous ouvre les portes de son laboratoire et dévoile les coulisses de fabrication du chocolat artisanal.
Être chocolatier c’est aussi assumer des créations au côté décalé
C’est dans son laboratoire de Vitry-sur-Seine qu’Edwin Yansané nous accueille. À 37 ans, ce chocolatier est aujourd’hui à la tête de la marque qu’il a cofondée il y a 11 ans, après un parcours débuté en pâtisserie puis enrichi chez plusieurs chocolatiers. Désormais, il se consacre principalement à la création de nouvelles collections. « En général, on me trouve plutôt en boutique. Ici, je m’isole davantage pour imaginer les prochaines créations », explique-t-il. Et les idées ne manquent pas. Il évoque déjà un futur coffret « autour du bien-être », pensé à rebours des tendances actuelles. Son approche : proposer un pas de côté. À partir du gianduja, une pâte de noisette riche et gourmande, il explore les contrastes et les paradoxes. « Sur le papier c’est plus calorique que bien-être », s’amuse-t-il. Derrière ce décalage qui prête à sourire, une véritable recherche pour que la gourmandise allie plaisir et bien-être. Pour cela, il travaille « des sucres à faible indice glycémique » et associe des ingrédients reconnus pour leurs vertus, comme « le curcuma, le gingembre ou encore le fruit du baobab ». Autre piste explorée : « un gianduja fumé au bois de palo santo ». Ce goût pour l’expérimentation est au cœur de son métier. « Ce que je préfère, c’est la recherche, notamment autour des épices ou des spiritueux », confie-t-il. Les collaborations nourrissent également cette dynamique. Ce jour-là, il vient de recevoir un miel en provenance d’une maison du Sud-Ouest qu’il affectionne particulièrement. Dans le même temps, ses équipes viennent de finaliser une création en partenariat avec un brasseur de bière. « On rencontre sans cesse de nouvelles personnes, cela crée des synergies. »
Un travail artisanal qui valorise l’humain et l’inspiration
Lorsqu’on lui demande comment il trouve l’inspiration, Edwin Yansané reconnaît sans détour que la panne n’est jamais loin. D’autant plus lorsqu’on dirige une chocolaterie : entre la gestion des boutiques, l’administratif et les fluctuations des matières premières (cacao, noisette, amande), l’esprit créatif peut vite être parasité. « En ce moment, nous avons par exemple un sujet avec les pistaches d’Iran.» Deux de leurs produits phares en dépendent, et la situation géopolitique pourrait les obliger à s’adapter. Aujourd’hui, il concentre l’essentiel de son temps à la création de nouvelles collections. Et pour nourrir cette créativité, il mise sur les sens. « Quand on exerce un métier de bouche, l’inspiration passe par le fait de sentir, goûter, boire. » Sur la table, sa mallette à épices, qui évoque une véritable caisse à outils, témoigne de cette recherche permanente. Les idées naissent parfois de connexions inattendues. Dans une parfumerie de niche, il découvre un jour le vétiver : « je l’avais déjà goûté dans un cocktail chez un ami. Je sais qu’un jour, je travaillerai cette saveur ». Pour lui, tout est affaire de mémoire sensorielle. « Le goût, c’est de la mémoire. Une réminiscence, un moment d’émotion qui peut devenir le point de départ d’une création. » Dans son atelier, le choix de l’artisanat s’impose comme une évidence. « C’est le modèle que nous avons choisi », explique-t-il. « Ici, on s’appuie sur le geste humain, aidé par quelques machines, en travaillant des produits nobles et de qualité ». Pour autant, Edwin invite les futurs chocolatiers à garder l’esprit ouvert : « il faut s’intéresser à tous les modèles, du plus artisanal au plus industriel. On peut trouver de l’inspiration partout. » Ce jour-là, deux productions sont en cours dans le laboratoire : des tablettes de chocolat et des grignotines, notamment utilisées pour Pâques.
Les occasions de sortir de nouvelles collections ne manquent pas
Sans surprise, Pâques figure parmi les temps forts incontournables de l’année. Mais Noël, la fête des mères, la Saint-Valentin ou encore Halloween offrent autant d’occasions de sortir de nouvelles collections. « Tout est prétexte à créer », résume Edwin. S’il ne devait en garder qu’une, ce serait pourtant Pâques. « C’est le moment où l’on peut se permettre le plus de liberté », explique-t-il, loin des traditionnels œufs, cloches ou lapins en chocolat. Pour l’occasion, il a imaginé un univers à part entière : une ferme revisitée avec humour. Parmi ses créations, un cochon de Pâques baptisé « Francis Bacon », au sésame noir grillé, une vache « Vincent van Bœuf » ou encore un « Jean de la Souris », posée sur un socle fourré « d’un praliné vanille grillée de Papouasie-Nouvelle-Guinée ». Derrière ces collections ludiques, le rythme de travail ne faiblit jamais. « Il faut toujours anticiper la suite », souligne-t-il. Chez un chocolatier, la production s’inscrit dans un flux continu, rythmé par les saisons mais sans véritable « coup de feu », comme en cuisine. Une autre particularité de ce métier de bouche : le chocolat se conserve, permettant d’anticiper la fabrication. « On n’a pas cette contrainte de fraicheur immédiate, contrairement à un gâteau qui doit être consommé très vite.» Autre idée reçue battue en brèche : les horaires. « Aujourd’hui, les rythmes varient selon les maisons : certains travaillent la nuit, d’autres en journée, ou très tôt le matin pour terminer plus tôt. Une organisation plus souple qu’on ne l’imagine, à l’image d’un métier en constante évolution. Dernière tendance venue des États-Unis, le mouvement « Bean to bar » (signifiant de la fève à la tablette) qui brouille les frontières entre les métiers de couverturier et chocolatier. Désormais, certains chocolatiers commencent à fabriquer eux-mêmes leur chocolat à partir de fèves brutes, ouvrant la voie à un champs de création encore plus vaste !