Sur le terrain, les jeunes « street medics » portent secours aux manifestants blessés
En bref
- Depuis le début des mobilisations lycéennes, de jeunes « street medics » sillonnent les manifestations pour porter secours aux blessés.
- Paul, Titouan et Cannelle se sont formés « sur le tas », pour répondre à la violence de la répression policière.
- Face aux blessures et aux tensions, ces jeunes bénévoles tentent d’assurer une première aide aux manifestants.
Ils s’appellent Paul*, Titouan* ou encore Cannelle* (*noms d’emprunt). Dans la vie civile, ils sont professeur de sport, futur éducateur spécialisé et étudiante en sciences politiques. En cette journée de manifestation du 5 novembre, ils sont devenus des « street medics » (secouristes de rue).
Un badge blanc illustré d’une croix rouge au bras, casque et masque vissés sur la tête, ces trois jeunes portent secours aux manifestants blessés dans les zones à risque.
Devenir street medic : une réponse utile face à la violence policière
Depuis le début des mobilisations lycéennes en octobre, Titouan a rejoint le mouvement. Habitué aux manifestations hors de Paris, le jeune homme a d’abord arpenté les défilés parisiens comme simple civil. Mais, constatant l’ampleur des violences policières, il n’a pas hésité à réenfiler sa blouse de « medic » pour venir en aide aux manifestants.
À ses côtés, Paul, 19 ans, n’en est pas à sa première grève : il bat le pavé depuis le lycée. Pour lui aussi, les violences policières ont été un déclic. Il a rejoint, il y a plusieurs semaines, un collectif de street medics : « Je pense pouvoir parler au nom de mes collègues en disant qu’on en a marre de voir les violences policières banalisées », s’insurge-t-il.
Cannelle s’est engagée comme medic à la suite de la manifestation du 17 octobre. Elle se dit « choquée » par les images qui ont circulé sur les réseaux sociaux, sur lesquelles des jeunes « ont perdu des membres, une main… ». Sur le terrain, elle constate le « manque de respect des policiers vis-à-vis des street medics ». L’étudiante confie avoir l’impression que les forces de l’ordre empêchent parfois leurs « missions de sauvetage ».
Sur le terrain, les street medics en première ligne
Moins formée que ses camarades, Cannelle se dit présente « en soutien », pour distribuer du sérum physiologique. Autour d’elle, elle a vu de jeunes enfants avoir les yeux brûlés par les gaz lacrymogènes. Les trois street medics utilisent principalement leur propre matériel de soin, acquis grâce à des dons ou acheté en pharmacie ou en supermarché. Le matin même, Paul a bénéficié de matériel médical (compresses, masques…) distribué par une association de quartier à destination des medics.
Depuis le début des mobilisations, le professeur a été confronté à certaines blessures graves, dont « deux commotions cérébrales avec des plaies ouvertes au crâne ». Les victimes ont rapidement été prises en charge par le Samu et les pompiers.
Titouan a, de son côté, été particulièrement choqué par l’âge des personnes qu’il a soignées : « Ça fait mal au ventre de voir des adolescents de 14 ou 15 ans blessés ; cela pourrait être nos petits frères ou nos petites sœurs. » Il souhaite mettre ses compétences, acquises sur le terrain en EHPAD, au service de tous. Sous ses yeux, des blessures bénignes comme très graves ont été soignées : « Une personne a eu l’artère pulmonaire sectionnée, elle était entre la vie et la mort. »