Goulet d'étranglement Master de psychologie : pourquoi la sélection est si forte après la licence ?
En bref
- La sélection en master de psychologie est devenue l’une des principales inquiétudes des étudiants en licence de psychologie.
- Dans son dernier rapport consacré à Parcoursup et Mon Master, le comité éthique et scientifique parle d’un véritable « goulet d’étranglement ».
- En 2025, moins d’un titulaire d’une licence de psychologie sur deux a reçu une proposition d’admission en master.
Pourquoi le master de psychologie est-il aussi sélectif ?
Avec en moyenne 28 candidatures pour une place, les masters de psychologie affichent un niveau de tension plus de deux fois supérieur à la moyenne nationale. « Toutes les mentions sont très demandées, mais certaines encore plus que d’autres, comme la psychologie clinique ou la psychopathologie », observe Denis Jacquet, président de l'Association des enseignants-chercheurs en psychologie des universités (AEPU) et maître de conférences à l’université de Caen.
Selon lui, le fonctionnement de MonMaster accentue encore cette pression. Les vœux étant comptabilisés par mention et par établissement, un étudiant peut postuler à plusieurs parcours d’une même mention sans utiliser de vœu supplémentaire. « Certains peuvent déposer 30, 40 ou 50 candidatures. Cela alourdit le travail des commissions d’examen. Nous demandons depuis plusieurs années une réduction du nombre de vœux ou, à défaut, une meilleure visibilité des préférences réelles des candidats. Cela permettrait d'avoir une vision plus réaliste de la pression à l'entrée en master. » Même si, selon lui, les difficultés trouvent aussi leur origine bien avant l’entrée en master.
Licence de psychologie : une filière attractive mais exigeante
La psychologie figure chaque année parmi les licences les plus sollicitées sur Parcoursup. « Comme beaucoup de disciplines absentes du lycée, elle suscite une vraie curiosité », explique Denis Jacquet. À cela s’ajoute une méconnaissance du contenu réel de la formation. « Certains pensent devenir criminologue, mais ça, c'est dans les séries. Mais la réalité est tout autre. La psychologie est une discipline scientifique. Il y a des statistiques, il faut monter des plans expérimentaux, lire des articles scientifiques en anglais », énumère-t-il.
Les étudiants sont rapidement prévenus : pour entrer en master de psychologie, les étudiants doivent avoir de très bons résultats universitaires. « Nous leur conseillons d’avoir un plan B, voire un plan C », explique Denis Jacquet.
Pour autant, cette sélection ne répond pas uniquement à un manque de places. « Obtenir une licence ne garantit pas d'avoir acquis les compétences nécessaires pour exercer comme psychologue », rappelle Marianne Jover, co-secrétaire générale de la fédération française des psychologues et de la psychologie (FFPP) et professeure de psychologie du développement à l'université d'Aix-Marseille.
Et pour cause, le système de compensation des notes permet de valider le diplôme malgré des résultats faibles dans certaines unités d’enseignement pourtant essentielles.
Quels débouchés après une licence de psychologie ?
« La profession de psychologue est réglementée. Elle implique une responsabilité importante envers les patients », souligne par ailleurs Denis Jacquet.
Si la licence puis le master de psychologie sont indispensables pour obtenir le titre de psychologue, tous les étudiants n’ont pas vocation à suivre ce parcours. Les titulaires d’une licence de psychologie peuvent tenter les concours de la fonction publique, poursuivre dans d’autres masters, s’orienter vers les ressources humaines, les métiers de l’enseignement, du social ou intégrer certaines formations comme la psychomotricité ou l’orthophonie.
« On a besoin de personnes formées en psychologie dans de nombreux métiers, rappelle Marianne Jover, qui évoque son propre parcours. Je suis professeure de psychologie. Mes recherches servent aux psychologues, mais je ne porte pas ce titre ».
Comment réduire la sélection en master de psychologie ?
Le 8e rapport sur MonMaster avance plusieurs pistes pour répondre à la tension de la filière, notamment la création de métiers intermédiaires accessibles après la licence, sur le modèle des assistants en psychologie en Belgique.
Du côté de l'AEPU, la proposition ne convainc pas. « Les psychologues souffrent déjà des conditions de travail peu attractives. Créer des professionnels moins qualifiés risquerait d’accentuer le problème », estime Denis Jacquet, le président de l'association. Selon lui, la priorité est ailleurs : revaloriser la profession et renforcer le niveau de formation.
Dans l'université où il exerce, « près de 400 étudiants entrent chaque année en première année de psychologie, 550 en comptant les redoublants, tandis que 85 places sont ouvertes en master. Le ratio n’est pas raisonnable. On aurait moins de déconvenues en limitant les capacités d’accueil en licence », estime Denis Jacquet.
Autre revendication est aussi portée par la profession : allonger la durée de la formation avec « une sixième année consacrée essentiellement aux stages », préconise Marianne Jover.
Une proposition qui rapprocherait le cursus français des standards européens et anglo-saxons. Dans plusieurs pays, la part de pratique clinique est en effet plus importante. En France, « 500 heures minimum » de stage sont requises en master pour obtenir le titre de psychologue. « En Australie, par exemple, les étudiants peuvent cumuler jusqu’à 3 000 heures de stage rémunéré avant d’exercer », compare Denis Jacquet. Un écart qui interroge alors même que la santé mentale a été désignée Grande cause nationale en France ces deux dernières années.