Après les lycéens et les étudiants, les collégiens ont aussi leur mot à dire
En bref
- Jeudi 8 octobre, 375 établissements étaient partiellement ou totalement fermés, selon le ministère de l’Éducation nationale.
- Jusqu'ici concentrée dans les lycées et les universités, la mobilisation s'étend maintenant à certains collèges.
- À Paris, des élèves du collège Thomas Mann ont tenté de bloquer l'accès à leur établissement pour soutenir le mouvement lycéen.
Ce jeudi 8 octobre, l'agitation est palpable devant les grilles du collège Thomas Mann, où une barricade bloque l'un des accès. Pour la majorité des élèves, c'est une première. Si les blocus restent rares dans les collèges, les revendications rejoignent celles exprimées depuis fin septembre par les lycéens, puis les étudiants.
Un blocus au collège en soutien aux lycéens
« Au collège, nos emplois du temps sont surchargés aussi. On voit plus nos professeurs que notre famille ! Le temps de rentrer chez nous, de faire les devoirs, on n’a plus de temps pour nous », témoigne une élève de 14 ans, en classe de 3e.
Le manque de remplaçants pour pallier l'absence des enseignants figure également parmi les préoccupations. De l'autre côté de la rue, une mère de famille observe le mouvement aux côtés de ses enfants de 4e et 6e. L'année dernière, une autre de ses filles était en 3e : « elle n’a pas eu de professeur de français pendant plusieurs mois ».
Une première tentative de blocus avait déjà eu lieu deux jours avant, sans succès. Si ces collégiens reconnaissent que leurs conditions matérielles sont plutôt bonnes, ils disent vouloir soutenir les lycéens, « qui se battent aussi pour les prochaines générations » tout en portant également leurs propres revendications. « Ici, il y a des casiers pour les téléphones portables, mais pas assez pour tout le monde. Ce n’est pas normal d’avoir à porter autant de cahiers sur son dos », estime une collégienne.
Pour beaucoup, la mobilisation traduit surtout « un ras-le-bol » général. « On en a marre de plein de choses », résume une autre élève, âgée de 14 ans. Une collégienne en 4e pointe, de son côté, le sentiment « d’injustice » : « il y a des élèves qui se font harceler et qu’on n’écoute pas » déplore-t-elle. « Alors, moi, je soutiens le mouvement ».
Des collégiens rejoignent la mobilisation
Un blocus organisé sur Snapchat
La mobilisation serait partie d’un groupe Snapchat réunissant « une centaine » d’élèves. « On s’est mis d’accord pour créer un groupe. Certains pensaient que ça ne fonctionnerait pas, mais ça a marché », raconte une collégienne de 12 ans, en classe de 5e. Tous les élèves n'ont cependant pas participé au blocus. Ceux qui le souhaitaient ont pu entrer dans l’établissement, tandis que d’autres sont restés devant les grilles.
Au fil de la matinée, plusieurs adultes sont également venus observer le mouvement. Parmi eux, un représentant des parents d'élèves, dont deux enfants sont scolarisés en 6e et 3e. Prévenu par ses derniers, il a décidé de rester devant le collège une partie de la matinée pour s'assurer que le rassemblement se déroulait sans incident. Par sécurité, l'une des portes du collège, qui n'était pas barricadée, n'a pas été rouverte pour permettre aux élèves dont les cours se terminaient à 10 heures de sortir.
Des étudiants pour canaliser le mouvement
Dans les collèges, ce type de mobilisation reste cependant encore rare. La semaine dernière, le ministère de l’Éducation nationale avait fait état d’« une centaine de collèges » perturbés, principalement ceux « dans une cité scolaire ou à proximité immédiate des lycées ».
Au collège Thomas Mann, la proximité avec plusieurs établissements d’enseignement supérieur, notamment l’Inalco et l’université Paris-Cité, a permis à des étudiants de venir soutenir les collégiens et de les aider à s'organiser. Parmi eux, Alec, 19 ans, étudiante en première année de licence, veille au bon déroulement du rassemblement. « Il ne faut pas oublier que certains sont très jeunes ».
Elle s’assure également qu’une issue reste accessible et que le mouvement reste pacifique. « On est là pour superviser et faire en sorte que tout se passe bien, sans dégradation ni violence ». Les étudiants font aussi bénéficier les plus jeunes de leur expérience. « On leur donne les conseils qu’on a nous-même reçus pour le blocus de notre établissement », ajoute Alec.
La mobilisation s'est poursuivie ailleurs dans la journée, avec de nouvelles manifestations lycéennes et étudiantes dans plusieurs villes de France. Le soir-même, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a de son côté annoncé l'affectation rapide de 3 000 professeurs remplaçants dans les établissements les plus en difficulté. Mais cette annonce n'a pas convaincu les organisations lycéennes qui appellent à une nouvelle journée de mobilisation mardi 13 octobre.