Robotique À 14 ans, ils construisent des robots… et représentent la France à l’international
En bref
- Ils sont collégiens ou lycéens et se retrouvent chaque samedi dans la région de Nantes, au sein de l’association AIR2, pour concevoir des robots en Lego.
- Après s’être distingués parmi plus de 400 équipes, ils représenteront la France lors de la finale internationale de la First Lego League.
- Direction le Mexique et les États-Unis pour les équipes Skeleton Fish et Brick by Brick, bien décidées à viser le podium.
« Quand ils nous ont appelés, je n’y croyais plus »
C’est un samedi matin comme les autres à Rezé, en Loire-Atlantique, dans les locaux de l’association AIR2. Depuis plus de dix ans, cette dernière organise des ateliers d'informatique et de robotique pour les jeunes à partir de 11 ans. Mais ce matin-là, tout bascule. À la finale régionale de la First Lego League — une compétition internationale de robotique éducative pour les 10-16 ans reconnue par l'Éducation nationale — les noms des équipes qualifiées tombent un à un. Odeta, 14 ans, se souvient : « Je commençais à perdre espoir. Mais quand ils ont annoncé qu’on était qualifiés, j’étais trop contente. » Théo, du même âge, enchaîne : « C’était notre première participation ! » Les deux équipes nantaises, Skeleton Fish (Gabriel, Charly, Quentin et Owen) et Brick by Brick (Théo, Philéas, Charlie et Odeta), ne se sont pas contentées de participer. Skeleton Fish décroche la 3e place sur plus de 400 équipes à la finale nationale de Mulhouse. Brick by Brick, pour sa première participation, termine 5e. Prochaine étape : l’international. Skeleton Fish s’envolera pour la finale mondiale à Guadalajara (Mexique), qui se tiendra du 27 au 30 mai 2026. Brick by Brick partira à Boston, aux États-Unis (11–14 juin).
Des robots pour les archéologues, validés par des archéologues
Cette année, le thème imposé est l’archéologie. Charge aux équipes de concevoir une innovation concrète, utile sur le terrain. Skeleton Fish a planché sur « Archéobot », un robot capable d’explorer des sites difficiles d’accès, comme des zones étroites ou fragiles, sans en altérer l’intégrité. Leur prototype a même été testé en conditions réelles, au château de Châteaubriant, avec un archéologue local. De son côté, Brick by Brick a imaginé « Artefex » : un scanner 3D robotisé capable de numériser les objets découverts et de les intégrer automatiquement à une base de données en ligne. Les utilisateurs peuvent ensuite manipuler les objets en 3D, consulter leurs caractéristiques ou les imprimer. « Chaque personne pourrait accéder aux trouvailles récentes, voire les imprimer en 3D », explique Théo. Au-delà de la théorie, les deux ont été validés par des archéologues en exercice, qui confirment leur utilité sur le terrain. Une reconnaissance qui compte presque autant que les résultats en compétition.
« À peu près 6 heures par semaine »
Derrière la qualification, des mois de travail. Les séances ont lieu le samedi matin, mais à l’approche des finales, le rythme s’est intensifié. « Avant les compétitions, on est montés à environ 6 heures par semaine », indique Charly, 13 ans. Pendant les vacances de février, ils se retrouvaient tous les après-midi. Car la robotique ne se limite pas au code. « Il faut aussi contacter des archéologues, gérer la logistique, choisir le matériel… », précise-t-il. À cela s’ajoute la préparation de deux oraux en anglais : l’un consacré à l’innovation (problématique, étapes du projet), l’autre portant sur la stratégie et les difficultés rencontrées. Comment concilier tout cela avec le collège ou le lycée ? Charlie, 14 ans, relativise : « Ça prend du temps, mais j’en avais. » Théo évoque surtout le plaisir : « Ce que j’aime, c’est qu’il n’y a pas une seule solution. Tant que ça fonctionne, c’est bon. »
« La robotique, ce n’est pas que pour les geeks », mais elle manque de filles
Le cliché du « geek » enfermé dans sa chambre ? Ils le balayent. « Non », tranche Théo. « On fait du sport, on a d’autres activités. » Charlie ajoute : « Il n’y a pas que l’ordinateur, il y a aussi beaucoup de mécanique. » Mais un constat demeure : sur les quatre équipes de l’association, Odeta est la seule fille. Sans amertume, mais avec lucidité, elle constate : « Ils m’ont bien acceptée, mais c’est dommage qu’il y ait moins de filles. » Et encourage : « Si on aime quelque chose, il faut y aller. Sinon, on risque de le regretter. » Le constat est partagé par Gabriel, 16 ans. Et Théo d’ajouter : « Ce serait bien qu’il y ait plus de filles, ça apporterait d’autres points de vue… et avoir que des garçons, ce n’est pas toujours drôle. »
Le Mexique, les États-Unis… et 30 000 euros à trouver
Pour certains, ce voyage sera une première hors d’Europe. « Je ne suis jamais sorti du continent », confie Théo. Les semaines qui viennent s’annoncent chargées : derniers ajustements, oraux à peaufiner, logistique à finaliser. Le budget total s’élève à 30 000 euros. Pour financer l’aventure, les équipes ont lancé une cagnotte en ligne et sont à la recherche de partenaires. Elles proposent aussi aux entreprises locales des ateliers de découverte pour les enfants de leurs salariés. Et l’objectif, une fois sur place ? « La victoire », lance Charlie. Odeta nuance : « Le haut du classement… mais surtout partir en sachant qu’on a tout donné. »