Le déclic Repartir à zéro : témoignages de jeunes qui ont changé de voie d'orientation

Perrine Basset Fériot
Publié le 28-01-2026

En bref

  • Abandonner une formation pour en commencer une autre est souvent synonyme d’échec.
  • Pourtant, de plus en plus d’étudiants osent se réorienter pour trouver celle qui leur correspond vraiment, quitte à accumuler les détours.
  • Aux quatre coins de la France, les parcours d’Élian, de Candice et d’Olivia montrent que ce changement de voie peut être bénéfique.
Trois jeunes témoignent de leurs réorientation scolaire.
Olivia, Élian et Candice se sont tous les trois réorientés durant leurs études. Crédit : Droits réservés

Après le bac, l’orientation à tâtons

Élian Houles fait partie de ceux qui ont osé changer de voie. Plusieurs fois. En 2017, alors qu’il décroche de justesse son baccalauréat, le Montpelliérain n’a aucune idée de ce qu’il souhaite faire. L’élève possède deux atouts : une fibre artistique et une mère déterminée à l’aider dans son orientation. Sur ses conseils, il tente le concours des Beaux-Arts — qu’il rate — et s’inscrit par défaut en cursus Lettres, option arts plastiques. Élian déchante rapidement. Plus les mois passent, plus sa présence en amphi se fait rare : « J’ai vite compris que cela ne me convenait pas. On était très peu encadrés, ça m’a démotivé. » 

En repensant à son entrée dans l’enseignement supérieur, Candice Lacassaigne garde le même goût amer qu’Élian. En 2019, elle obtient son bac à la seconde tentative. Un soulagement pour elle : si la Marseillaise affirme ne pas être faite pour les études généralistes, elle a hâte de poursuivre son parcours professionnel pour devenir infirmière. Ses espérances sont mises à mal par l’algorithme Parcoursup. Son plan A est refusé et Candice, frustrée, se retrouve inscrite en cursus de manipulation radio : « Les cours ne me plaisaient pas, je n’ai jamais trouvé la motivation pour m’investir en classe. » L’étudiante trouve du réconfort dans ses stages professionnels, qui se rapprochent du métier qu’elle souhaite exercer. « Les profs ont vu que je m’y sentais bien et m’ont conseillé de changer de parcours. » Un déclic nécessaire : épaulée, elle aussi, par sa mère, Candice retente sa chance « au culot » pour intégrer une première année de prépa infirmière. Avec succès. 

Contrairement à ses pairs, Olivia Replay a suivi son parcours scolaire sans embûche. L’élève s’oriente après le bac vers une licence Staps, à l’université de Strasbourg. Un cursus qui lui ressemble : « J’entraînais les plus jeunes du club de gymnastique et mes professeurs d’EPS ont toujours été des modèles. » L’étudiante enchaîne naturellement les années jusqu’à la validation de son master MEEF, avec pour objectif de « toujours terminer » ce qu’elle a commencé. Les premiers doutes apparaissent lors de son alternance dans un collège de Mulhouse, où elle enseigne à des classes de 5ᵉ et de 4ᵉ. La réalité du terrain et « l’ampleur des responsabilités » provoquent chez elle un électrochoc : le métier ne lui correspond plus.

Oser changer de cap

Olivia prend une année de pause, durant laquelle elle travaille comme surveillante et se questionne sur son avenir. « Je commençais à créer de plus en plus de contenus sur les réseaux sociaux, et cet aspect créatif me plaisait. » Elle se réoriente vers un BUT Métiers du multimédia et de l’internet, à Arras. L’étudiante redoute d’abord la différence d’âge avec ses nouveaux camarades, âgés de cinq ans de moins, mais réussit à s’intégrer à un groupe-classe hétérogène. Pendant ses trois années d’études d’infirmière, Candice a aussi pu compter sur « l’entraide » de ses nouveaux camarades : « Je me suis retrouvée entre des jeunes de 17 ans qui venaient d’avoir le bac et des aides-soignantes de 60 ans en reconversion ! » 

Si Olivia affirme avoir eu peur de « recommencer de zéro » après un bac + 5, Élian, de son côté, n’a pas hésité à changer plusieurs fois de voie. Après un premier loupé en Lettres, l’étudiant bifurque vers une année de mise à niveau en arts (Manaa), suivie d’un Bachelor design d’espace. Le diplôme en poche, le jeune artiste ne compte pas s’arrêter là : « Après deux années passées en confinement, j’avais envie de continuer mes études plutôt que d’entrer dans le monde du travail. » Retour à la case départ : le Sudiste dépose ses valises à Nantes pour entrer en L1 à l’École nationale supérieure d’architecture. Trois années qu’Élian décrit comme la « meilleure période de sa vie », durant lesquelles il part en échange en Argentine. C’est à l’autre bout du monde qu’un désir de renouveau apparaît. Son M1 d’architecture à peine entamé, Élian se réoriente à nouveau vers son premier amour : l’art. Il entre en M1 de direction artistique, à Paris. « J’ai d’abord eu du mal à m’adapter et à trouver une alternance, mais j’ai fini par décrocher un poste dans le monde de la tech dans lequel je touche un peu à tout. »

Envisager l'après

Et si se réorienter était bénéfique pour son avenir ? C’est ce que l’étude de l’Institut des politiques publiques, publiée le 22 janvier, tend à démontrer : 69 % des étudiants qui s’étaient réorientés après leur première année d’études ont obtenu un diplôme dans les six ans, contre 46 % des candidats refusés. Les parcours d’Élian, de Candice et d’Olivia en sont la preuve. Alors qu’ils sont aujourd’hui dans des filières qui leur plaisent, aucun des trois jeunes ne regrette son parcours. « On a souvent une mauvaise image de la réorientation, mais c’est un choix courageux, affirme Olivia. Sur les réseaux sociaux, j’essaie de montrer aux jeunes que c’est normal de ne pas trouver tout de suite son orientation ! » L’étudiante se sait soutenue par sa famille, bien que sceptique lors de l’annonce de sa reprise d’études. 

Élian aussi n’aurait pas pu faire toutes ces années d’études sans l’aide de ses parents et de son prêt étudiant. Il admet se sentir chanceux : « Des jeunes vont au bout d’études qui ne leur plaisent pas pour avoir la sécurité des diplômes, alors qu’en se réorientant, on peut s’en sortir ! » Selon lui, son parcours en dents de scie témoigne aussi du manque d’information et d’accompagnement par des professionnels de l’orientation l’année de son bac. À 26 ans, il aspire aujourd’hui à travailler dans un milieu créatif, naviguant entre projets personnels et professionnels avec d’anciens amis architectes. Il garde en lui la confiance profonde qu’il continuera à « bifurquer » toute sa vie. 

Si elle devait donner un conseil à un jeune, Candice lui dirait d’écouter ce qu’il a envie de faire : « C’est notre vie qui est en jeu, pas celle de nos parents ou de nos profs ! » En posant un œil nouveau sur son parcours, la Marseillaise est persuadée qu’elle n’aurait jamais eu la force de se réorienter plus tard, si elle avait continué son cursus de manipulatrice radio. Actuellement en deuxième année de licence, Olivia n’est qu’au début de sa réorientation. Ses projets se concrétisent doucement, avec un échange au Japon prévu en avril prochain et un double diplôme au Canada en perspective. De ses anciennes études, l’ancienne professeure de sport conserve de bonnes méthodes de travail, une aisance orale et une maturité acquise grâce à ses expériences professionnelles. Et, dans un coin de sa tête, la possibilité d’enseigner un jour.

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