Téléphone au lycée

Avant la loi, ce lycée parisien avait déjà mis les smartphones sur pause

Laura El Feky
Publié le 02-09-2026

En bref

  • Alors que l'interdiction du téléphone portable au lycée entre en vigueur à la rentrée 2026, certains établissements avaient déjà franchi le pas.
  • Au lycée Auguste-Rodin, à Paris, équipes éducatives et élèves expérimentent depuis un an un quotidien sans smartphone pendant le temps scolaire.
  • Une expérience qui interroge autant les usages numériques que les relations entre lycéens.
Lycée Auguste Rodin à Paris
À la cité scolaire Auguste Rodin, dans le 13e arrondissement de Paris, l’interdiction du téléphone n’est pas une nouveauté. Crédit : CIDJ
Ici, le téléphone est interdit non seulement en classe, mais également dans la cour, à la cantine et dans les couloirs. Crédit : CIDJ

Téléphone portable au lycée : à Auguste-Rodin, une interdiction déjà bien installée

À Auguste Rodin, dans le 13e arrondissement de Paris, l’interdiction du téléphone n’est pas une nouveauté. Dans cette cité scolaire qui réunit collège et lycée, la règle était déjà en vigueur pour les collégiens depuis plusieurs années. Restait à l'étendre aux lycéens. Le conseil d'administration a voté l'interdiction, inscrite noir sur blanc dans le règlement intérieur, avant même que la mesure s'impose à l'échelle nationale.

Depuis l'année dernière, le téléphone est interdit au lycée. « On a installé des pochettes dans les salles de classe afin que les élèves déposent leur portable en arrivant en cours. À la cantine, dans la cour ou dans les couloirs, son utilisation est également interdite », explique Simon Graham, la conseillère principale d'éducation. 

Les lycéens bénéficient toutefois d'une plus grande liberté, puisqu'ils peuvent, contrairement aux collégiens, sortir de l'établissement pendant les pauses. « Ils ne font donc pas forcément toute une journée sans téléphone portable, mais il y en a qui jouent le jeu et à qui ça fait du bien d’avoir une vraie coupure », observe Zoé Mesnil, enseignante en mathématiques.

Pour faire respecter la règle, le lycée a instauré une gradation des sanctions. Trois rapports d’incident entraînent une convocation du lycéen et un appel aux parents. Dans les faits, les rappels à l'ordre suffisent le plus souvent. « Quand ils nous voient, ils ont tendance à remettre le téléphone dans leur poche. Il faut vraiment qu’ils soient récalcitrants pour que je mette un incident », précise la CPE.

L'interdiction du téléphone portable au lycée progressivement adoptée par les lycéens

Avant la mise en place de l'interdiction, l’établissement avait sondé élèves, enseignants et parents. Sans surprise, les lycéens étaient les plus réticents. « Il y avait plus d’élèves défavorables à l’interdiction que d’enseignants ou de parents », se souvient l’enseignante. 

Pour autant, la mesure n’a pas déclenché de bras de fer. Pour les élèves de seconde, elle s’inscrivait dans la continuité du collège. Mais, ceux de première et de terminale ne se sont pas davantage opposés à la règle.

Au fil des mois, les équipes ont même observé des changements positifs. « Quelque part, ça leur convient de discuter avec le copain ou la copine en descendant l’escalier plutôt que de tout de suite checker les messages », estime l'enseignante de mathématiques. 

À la cantine, le téléphone avait aussi pris ses habitudes. « Certains passaient leur temps sur leur portable au lieu de discuter avec leurs amis », se souvient la CPE. Désormais, de la musique est diffusée. « Les élèves peuvent choisir les morceaux, cela crée des interactions entre eux », constate-t-elle.

Au-delà de l'interdiction, la question du temps d'écran reste entière

En classe, le changement est minime puisque les téléphones étaient déjà censés rester rangés pendant les cours. Mais l'enseignante voit aussi dans cette interdiction un soutien aux familles qui peinent parfois à fixer des limites à la maison. 

Reste une question : cette interdiction modifiera-t-elle réellement le temps d'écran des adolescents ? L'établissement compte bien rester vigilant. « On s'est quand même dit que le temps qu'ils ne vont pas passer dans l'établissement, ce n'est pas pour qu'ils en fassent deux heures de plus à l'extérieur. On verra dans l'année, au moment de relever les temps d'écran. » 

Pour l'enseignante, l'enjeu dépasse toutefois la seule interdiction : « Bien sûr qu'on parle avec eux des usages des écrans. Ce n'est pas : on interdit et on ne parle plus du portable. On interdit, on explique pourquoi et on continue d'en parler », conclut l'enseignante.

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