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Echec scolaire ou professionnel : la fin d'un tabou ?

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Jeune homme tombe d'un vélo

Vous avez loupé un examen ? Raté un entretien d’embauche ? Un projet qui vous tient à cœur tombe à l’eau ? Rares sont les parcours sans embûches pourtant, l’échec est souvent passé sous silence. Heureusement la société change et l'échec se raconte plus facilement, à en juger par le nombre de livres, témoignages ou conférences qui se multiplient depuis quelques années sur le sujet. Nos échecs auraient même des vertus ...

C’était il y a quatre ans au mois de juin pour Marie-Caroline. « Les résultats de l’examen final étaient affichés à l’école, en ne voyant pas mon nom sur la liste des admis c’est comme si la terre s’écroulait » se souvient-elle. Après trois années de formation à l’Institut régional de travail social (IRTS) de Caen, Marie-Caroline manque de peu la moyenne à une des épreuves et est ajournée au diplôme d’état d’assistant de service social.


Coup dur pour l’étudiante. « J’étais effondrée, déprimée, en colère. On se sent nulle, on se demande si ce choix d’orientation était vraiment le bon » explique-t-elle. « Les réactions suite à un échec sont différentes d’une personne à une autre » constate la coach Anna Piot qui reçoit en consultation des ados et jeunes adultes « on peut ressentir de la tristesse, de la honte, une baisse d’estime de soi. A cela peut s’ajouter un sentiment d’injustice parce qu’on a l’impression d’avoir tout donné et que nos efforts n’ont pas payé » Des émotions désagréables mais qu’il vaut mieux essayer d’accepter selon la coach car « une émotion que l’on refoule finit toujours par nous revenir en boomerang » prévient-elle.


Quand du haut de ses 20 ans, Sylvain Tillon, fraîchement sorti de son école de commerce, lance Lucyf’Hair, une boîte d’accessoires de cheveux c’était sans imaginer qu’il déposerait le bilan quelques années plus tard. « Je suis passé de l’entrepreneur sexy, mignon, ambitieux au looser qui a planté sa boîte. Je me suis fait larguer par ma copine, je n’étais plus invité aux soirées, le liquidateur m’a parlé comme si j’étais un voyou » résume le jeune homme. « Sur le coup c’était très dur, heureusement des copains entrepreneurs qui avaient été dans le même cas m’ont aidé à me relever » se souvient celui qui a depuis co-écrit l’ouvrage "100 conseils pratiques pour couler sa boîte" et animé des cours sur l’échec à HEC ainsi qu'à l'école de management de Lyon et de Grenoble.

 
S’entourer de personnes bienveillantes 

« C'est une attitude naturelle que de se replier sur soi, mais c’est important dans un second temps de faire un pas vers l’extérieur et d’oser en parler avec une ou deux personnes de confiance devant qui on peut se montrer dans toute sa vulnérabilité » recommande la coach, Anna Piot. Discussion avec un proche, consultation avec un thérapeute ou exercice d'écriture peuvent vous aider à accepter l'échec et le surmonter. « Des associations pour rebondir existent aussi, dans l’entrepreneuriat je pense notamment à second souffle ou 60 000 rebonds » ajoute Sylvain Tillon.

De son côté Marie-Caroline s’est tournée vers ses anciens tuteurs de stage. Un avis professionnel et objectif qui l'a confortée dans son orientation et l’a encouragée à repasser l’examen l’année suivante en candidat libre. « Il faut choisir une personne de son entourage à qui on a confiance, capable d'écouter mais qui ne va pas chercher à nous réconforter à tout prix et nous dire que ce qu'on l'on a envie d'entendre » recommande Anna Piot « car il faut savoir s'interroger sur sa part de responsabilité dans l'échec et ne pas rester dans la victimisation » ajoute-t-elle.

L’échec oblige à se poser des questions, pas le succès

Parce que l’échec fait partie de l’apprentissage, quatre jeunes chercheurs français ont créé Negative Results, une revue scientifique dédiée aux travaux de recherche en biologie qui n’ont pas abouti aux résultats escomptés afin de valoriser des résultats négatifs qui pourront servir aux autres chercheurs. En effet l'erreur peut mener au succès d'une découverte.

Pourtant les leçons que l’on tire d’un échec ne sont jamais enseignées à l’école. « Il n’y a pas de clé pour réussir alors qu’on apprend beaucoup de ses échecs » souligne de son côté Sylvain Tillon, entrepreneur. « Avec l’échec on se pose des questions, on se demande ce qui ne va pas alors qu’on le fait rarement avec le succès » continue-t-il. 

Qu’est-ce que j’ai fait pour ce projet ? Qu’est-ce que je n’ai pas fait pour ce projet ? Qu’est-ce que j’aurai pu faire autrement ? Un recul nécessaire qui peut aider à réajuster ses aspirations futures. « Je me rends compte qu’avec ma première boîte, on a construit le projet de façon trop ambitieuse » reconnait Sylvain Tillon « On a rapidement ouvert les ventes à l’étranger alors qu’avec ma deuxième boîte, je suis allé vers quelque chose de plus simple, confie-t-il j’ai arrêté de rêver, j’ai préféré proposer un service plutôt qu’un produit c’est moins risqué et plus simple en trésorerie »

Rater une fois, ce n’est pas rater sa vie professionnelle

« Au début on n’a surtout pas envie d’entendre que ce n’est pas grave » prévient Marie-Caroline qui a raté de peu l’obtention de son diplôme de fin d'études « On est vraiment mal et l’échec nous paraît insurmontable ». Vouloir relativiser à tout prix un échec est une erreur que nous confirme la coach Anna Piot, en revanche on peut essayer de dédramatiser la situation. « Il ne faut pas s’enfermer dans l’identité d’une personne qui a échoué, dans une vie on traverse différentes étapes et l'échec en fait partie, ce n'est pas une fin en soi » ajoute-t-elle.


Un échec bien vécu se transforme en autre chose. Quelques semaines après le choc des résultats, Marie-Caroline se demande comment mettre à profit les dix mois qui la sépare de l’épreuve qu’elle doit repasser. Après quelques recherches, elle se tourne vers le service civique et décroche une mission à la croix rouge, un volontariat qui lui permet de travailler avec un public précaire et de mettre en pratique les compétences acquises pendant sa formation d'assistant·e· de service social. 


De son côté, après avoir coulé sa première boîte, et cumuler 12 000 € de dettes, Sylvain Tillon, alors âgé 26 ans se résout à chercher un emploi salarié. Une démarche, qui ne l’enchante guère mais qui vise surtout à rassurer ses parents. Après quelques entretiens d’embauche le jeune homme, convaincu qu’il n’arrivera pas à s’épanouir dans une boîte traditionnelle, se relance sur une création d'entreprise. « Je ne dirai pas que l’échec de ma première boîte a été un tremplin, parce que c’est quand même plus compliqué avec les banques et les partenaires financiers, mais en tout cas ça pose les fondations du succès » constate le jeune homme.  « On ne refait pas les mêmes erreurs. On en fait d’autres, des nouvelles, mais pas les mêmes » sourit Sylvain Tillon. « On apprend aussi beaucoup sur soi et sur nos limites, maintenant je sais qu'il y a des choses que je ne sais pas faire et je préfère embaucher des gens pour ça » reconnait l’entrepreneur qui comptabilise au total quatre créations de start-up, dont deux toujours en activité.


A la question faut-il abandonner ou persévérer après un échec, pour la coach un seul moyen de trancher : « Si c’est un projet dans lequel on croit où l’on a des sensations agréables de découverte, d’apprentissage, d’épanouissement, alors l’échec n’est qu’un obstacle à traverser. A l’inverse si toute la joie, le plaisir, l’espoir n’existe plus, là on peut se demander si c’est vraiment quelque chose fait pour soi. » conseille-t-elle.

L’échec plus courant que le succès ?

Aujourd’hui en poste, Marie-Caroline se souvient avoir joué carte sur table avec le recruteur le jour où  elle recherche son premier emploi, son diplôme enfin en poche. « En parler, ce n’est pas forcément mettre l’accent dessus, prévient Anna Piot, coach mais situer l’échec dans le parcours comme quelque chose qui en fait partie au même titre que des études ou un examen. On peut expliquer ce qu’on en a tiré comme enseignement, et expliquer comment on l’a vécu. On peut reconnaître que ça n’a pas été évident mais que ça nous a permis de rebondir ou au contraire que cet échec a été tellement cuisant qu’au contraire on a changé de direction et trouvé une voie qui nous convient mieux " conseille-t-elle.


L'échec semble donc de plus en plus acceptable socialement. Une avancée dont se réjouit Sylvain Tillon. « L’idée n’est pas de valoriser l’échec car ce n’est pas marrant à vivre » tempère-t-il. Ni pour l’entrepreneur, ni pour les équipes embarquées dans l’aventure d’ailleurs. « Ne plus en faire un tabou et parler de l'échec permet par exemple d'anticiper et d'essayer de trouver des solutions à temps. Quand on crée sa boite, c’est classique d’échouer et plus rare de réussir... » commence Sylvain Tillon « mais ça n’empêche pas qu’il faut essayer » conclut-il.

 
 

Laura El Feky © CIDJ
Article créé le 18-09-2018 / mis à jour le 18-09-2018