Post-bac La réorientation, un choix payant pour les étudiants en difficulté
En bref
- Souvent perçue comme un échec, la réorientation touche, en France, près d’un tiers des étudiants venant d’entrer en première année d’études supérieures.
- Une étude de l’Institut des politiques publiques (IPP) analyse le parcours de 46 000 élèves, entre 2012 et 2017 et compare la trajectoire des étudiants acceptés de justesse en réorientation à celle de ceux refusés de justesse.
- Contrairement aux idées reçues, la réorientation peut avoir des retombées positives : 69% des candidats admis à une réorientation obtiennent un diplôme dans les six ans, contre 46% des candidats refusés.
Un phénomène en augmentation
Depuis ces dix dernières années, le taux d’étudiants se réorientant a doublé. En 2012, seuls 7% des places proposées étaient attribuées à des étudiants déjà engagés dans l’enseignement supérieur. Dix ans plus tard, cette part atteignait 16%, soit près de 105 000 étudiants. En 2022, un tiers des étudiants avait déposé de nouveaux vœux de réorientation quelques mois à peine après son entrée dans le supérieur. Ils n’étaient qu’un quart à vouloir se réorienter quelques années auparavant sur la plateforme Admission post bac (APB).
Pour expliquer ces choix de réorientations, l’étude de l'Institut des politiques publiques (IPP) liste plusieurs raisons possibles : « un refus d’admission au vœu préféré, la réévaluation du choix initial en raison d’une mauvaise appréciation du contenu d’une formation et de son adéquation avec le profil de l’étudiant, ou encore la volonté de rebondir après une situation proche de l’échec académique ». Aux yeux du grand public, ce changement de voie est comparé à un redoublement, un « accident de parcours » ou un échec. D’autant plus qu’il engendre des dépenses des pouvoirs publics.
Dans deux cas sur trois, les demandes de réorientation proviennent d’étudiants actuellement inscrits en licence universitaire. La transition la plus courante consiste à passer de la licence vers un BTS (40%), loin devant les passages vers une autre licence (11%), vers un DUT (9%) - dorénavant devenu BUT - ou encore les réorientations d’étudiants déjà en BTS souhaitant changer de spécialité (10%).
Davantage de chance d'obtenir un diplôme
Selon l’économiste Nagui Bechichi, auteur de cette étude, la réorientation aurait de nombreux effets positifs. Il montre ainsi que les candidats qui se réorientent ont davantage de chances de s’inscrire dans le supérieur les années suivantes. Près de 69% des candidats ayant obtenu une réorientation décrochent leur diplôme dans les six ans, contre 46% parmi ceux dont la demande a été refusée. Ces données évoluent en fonction de la proximité entre la formation quittée et celle demandée : l’étudiant a plus de chance de réussir s’il se réoriente vers une « une filière voisine mais distincte de la filière d’origine », alors que les bénéfices sont limités lorsque « la transition est soit très proche, soit très éloignée ».
En plus d’un meilleur taux d’obtention du diplôme, l’auteur s’est intéressé aux gains qu’apporteraient ces réorientations. En allongeant la durée du temps d’études, ces choix augmentent naturellement les dépenses réalisées. L’étude en déduit que le coût total moyen des études poursuivies par un étudiant réorienté de justesse est de 30 100 euros, soit 13 200 euros de plus que celui d’un étudiant refusé à la marge pour une réorientation. Cependant, Nagui Bechichi démontre que l’ouverture de places supplémentaires pour les étudiants souhaitant se réorienter pourrait présenter un rendement social supérieur au coût pour les finances publiques. Selon ses estimations, chaque euro investi rapporterait à long terme près de 2,7 euros en bénéfices sociaux.
Ces raisons mettent en évidence que la réorientation agit comme un levier correctif, améliorant les chances de réussite dans le supérieur des étudiants initialement en difficulté. Tout en pointant du doigt l’importance de la « transparence renforcée sur l’existence, le contenu, les exigences et les débouchés des différentes formations » auprès des lycéens. En effet, 50% des demandes de réorientation émanaient d’étudiants ayant obtenu leur premier vœu sur APB.