À l’ENS, des normaliens offrent des cours gratuits aux lycéens
En bref
- Depuis une semaine, l’École normale supérieure (ENS) propose des cours de soutien gratuits aux lycéens pendant les vacances.
- En petits groupes et sans réservation, les lycéens bénéficient d'un tutorat en maths, français, philosophie ou physique-chimie.
- À travers cette initiative née dans le contexte des blocus, les normaliens veulent rendre l'accompagnement scolaire accessible à tous.
« Vous venez pour le cours de physique-chimie ? » À l’accueil de la prestigieuse École normale supérieure, un vigile contrôle les allées et venues des passants. En cette période de mobilisation étudiante, les normaliens du 5e arrondissement de Paris ont investi les lieux.
L’ENS, rebaptisée « Université populaire et autogérée d’Ulm », a vu ses couloirs grouiller d’étudiants, de professeurs, de jeunes curieux, mais aussi de lycéens. Depuis une semaine, des séances de tutorat sont proposées aux plus jeunes.
À l'ENS, des cours de soutien gratuits pour les lycéens privés de cours
L’initiative est née il y a moins d’une semaine, raconte Sixtine, étudiante en master 2 de biologie. Depuis le début des manifestations lycéennes, la jeune femme cherchait un moyen concret de se rendre utile. Un petit groupe de camarades a alors eu l’idée de proposer des sessions de tutorat gratuites aux lycéens. Le projet prend peu à peu de l'ampleur et attire de plus en plus d'élèves.
En face, les normaliens répondent présents. Justin et Jules, tous les deux en troisième année de licence (L3) de biologie, n’ont pas hésité à se rendre disponibles : « Le but, c'est d’aider les lycéens à rattraper les cours manqués à cause de la mobilisation ou du manque de professeurs », explique Justin. L’apprenti professeur donne des cours de mathématiques et de sciences. Bien que ses souvenirs de terminale remontent à plusieurs années, l’étudiant se repose sur les cours apportés par ses cadets.
Le tutorat se veut « personnalisé », avec un tuteur pour quatre ou cinq élèves pour « ne pas plonger les lycéens à nouveau dans des classes surchargées », insiste Sixtine. Français, maths, philo, physique-chimie… Les cours sont ouverts à tous, sans réservation.
Myriam, Malika et Elisa sont des lycéennes de première et de terminale. Elles ont eu vent du dispositif via Instagram et des groupes WhatsApp. Venues à plusieurs reprises, elles se disent satisfaites des notions apprises : « Ici, les professeurs s’adaptent à nos besoins. »
VIDÉO : Les étudiants de l'ENS s'engagent aux côtés des lycéens
Des normaliens mobilisés pour transmettre leurs savoirs aux lycéens
Si le public venait au départ du « quartier » et principalement de Paris intra-muros, les lycéens arrivent à présent de toute la région Île-de-France. Les étudiants se disent impressionnés par la volonté des élèves : « Certains viennent matin, midi et soir, alors qu’ils sont censés être en vacances, pointe Jules. Les personnes qui disent que les jeunes bloquent leurs établissements parce qu’ils n’ont pas envie d’aller en cours ont tort. »
L’exercice n’est pas nouveau pour le biologiste : à l’ENS, les normaliens sont souvent sollicités pour donner des cours particuliers aux jeunes du 5e arrondissement. Des services payants, et donc non accessibles à tous. En ouvrant ces sessions de rattrapage à tous, les étudiants y voient aussi une manière de développer leur pédagogie : « Qu’on souhaite devenir professeur ou chercheur, nos études sont tournées vers la transmission. »
Les trois étudiants reconnaissent leur statut privilégié. Pour Jules, ce tutorat est une manière d’aider les autres à avoir un « accès digne à l’éducation », le temps de la mobilisation.
Cependant, passer une heure ou plus dans les transports pour suivre des cours n’est pas possible pour tous les lycéens. Pour pallier ce manque, les normaliens souhaitent exporter leurs séances de tutorat, notamment à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis (93).