Emploi du temps

Mobilisations lycéennes : pourquoi les journées de 8h à 18h cristallisent la colère des lycéens

Laura El Feky
Publié le 13-10-2026

En bref

  • Des journées trop longues ponctuées d'heures de trous ou des pauses déjeuner parfois expéditives, voire inexistantes : la question des emplois du temps arrive en tête des revendications exprimées lors des mobilisations lycéennes et de la plateforme de consultation lancée par le gouvernement.
  • Avec 1 224 heures de cours par an, les lycéens français connaissent l'un des temps scolaires les plus chargés d'Europe.
  • Au-delà du volume horaire, c’est aussi l’organisation des journées qui est en cause. Depuis la réforme du bac et la mise en place des spécialités, la créations des emplois du temps des lycéens est devenue plus complexe pour les chefs d'établissement.
Mobilisation lycéenne
Le malaise des lycéens ne tient pas seulement au nombre d'heures de cours, mais aussi aux heures de trou qui coupent leurs journées. Crédit : Odile Gnanaprégassame

Sur les 76 500 lycéens qui ont déjà participé à la consultation nationale lancée sur Agora, 71% des contributions évoquent l'organisation du temps scolaire, selon le premier ministre, Sébastien Lecornu, dans un message publié sur X, dimanche 11 octobre.

Devant les établissements bloqués comme lors des manifestations, les mêmes critiques reviennent. "Cette année, je n'ai plus le temps de faire du sport ou de la musique", déplore un élève. "J'ai l'impression de plus voir mes profs que ma famille", résume un autre. 

Mais, pourquoi les emplois du temps des lycéens sont-ils si chargés ? Les chiffres donnent une idée de la charge qui pèse sur les élèves français. À 15 ans, ils passent en moyenne 1 224 heures en classe, selon les données de l'OCDE. C’est bien plus que la moyenne de l'Union européenne, qui s'établit à 962 heures. En comparaison, le volume annuel atteint 1 058 heures en Espagne et 908 en Allemagne. 

Réforme du bac : pourquoi les emplois du temps des lycéens sont devenus plus difficiles à organiser

Mais le nombre d'heures de cours ne suffit pas à expliquer le malaise des élèves. La répartition des cours au fil de la journée pèse aussi sur le quotidien des lycéens. Aux journées à rallonge rythmées par du "8 h-18 h", s’ajoutent les devoirs à la maison, les trajets entre le domicile et le lycée, les pauses déjeuner parfois trop courtes et les files d’attente à la cantine. Sans oublier les heures de "trou" entre deux cours.

En cause notamment, la réforme du bac, qui a complexifié l'élaboration des emplois du temps, en particulier en classe de première. Depuis la suppression des séries S, ES, L, les élèves choisissent trois spécialités en première, puis en conservent deux en terminale, parmi les 13 proposées. 

Conséquence : au sein d'une même classe, tous les élèves ne suivent plus nécessairement les mêmes enseignements. Pour les chefs d'établissement, l'organisation des emplois du temps relève donc d'un exercice d'équilibriste. Il faut concilier les choix des spécialités, la constitution des groupes, les disponibilités des salles et celles des enseignants. 

Spécialités, groupes et contraintes horaires : la nouvelle équation des lycées

La réforme a également fait bondir le nombre d’enseignants intervenant auprès d’une même classe. Selon une note publiée en novembre 2021 par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), le service statistique du ministère de l’Éducation nationale, une classe de première générale comptait 18 enseignants en 2018, contre 30 en 2020. L'organisation se complique encore lorsque certains exercent dans plusieurs établissements et que leurs horaires doivent alors être coordonnés entre les différents lycées.

À ces contraintes s’ajoute la dotation horaire globale (DHG), l’enveloppe d’heures d’enseignement attribuée à chaque établissement, qui détermine le nombre d'heures dont il dispose et limite ses possibilités d'organisation.

Pour simplifier cette équation complexe, le Premier ministre propose même de recourir à l'intelligence artificielle pour faciliter l'élaboration des emplois du temps.

Temps scolaires : les mobilisations lycéennes remettent la question des rythmes au centre du débat

Du côté des lycéens, une pétition circule pour repenser les rythmes scolaires. Lancée par l'Union étudiante sur la plateforme 10mesures.fr, et soutenue par l'USL, elle a recueilli plus de 80 000 signatures en une semaine. 

Le sujet avait déjà fait l'objet de propositions. Réunie de juin à novembre 2025, la Convention citoyenne sur les temps de l'enfant avait rassemblé 133 citoyens tirés au sort. Au terme de ses travaux, elle avait formulé 20 recommandations pour mieux adapter les temps scolaires aux besoins des enfants et des jeunes. 

Parmi elles : commencer les cours à 9h au collège et au lycée, instaurer une semaine de cinq jours complets, du lundi au vendredi, ou encore prévoir une pause méridienne d'une heure et demie. Ces propositions sont toutefois restées sans suite.

Près d'un an plus tard, les mobilisations lycéennes remettent le sujet au cœur du débat. Parmi les cinq chantiers que le premier ministre a confié à ses ministres pour répondre à la colère des lycéens, l'un d'eux porte précisément sur les emplois du temps. 

Pour alimenter cette réflexion, la consultation nationale se poursuit jusqu'au 23 octobre. Les premières conclusions sont attendues à la fin du mois d'octobre et déboucheront peut-être, cette fois, sur des mesures concrètes.

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