Un psy du nom de GPT L’IA fait-elle un bon psy : qu’en disent les professionnels de la santé mentale ?

Perrine Basset Fériot
Publié le 27-04-2026

En bref

  • Traduire, réviser, se confier : l’intelligence artificielle s’invite dans tous les aspects du quotidien des jeunes, y compris leur santé mentale.
  • Si elle offre un espace d’expression immédiat et sans jugement, elle ne remplace pas l’écoute humaine.
  • Reportage à Quartiers Jeunes (Paris), lors d'un atelier qui questionne ces nouveaux usages.
De nombreux jeunes utilisent l'IA comme leur psy.
Est-ce que les jeunes se confient à l'IA ? Réponse dans la vidéo, en deuxième slide ! Crédit : Perrine Basset Fériot - CIDJ
Gratuite et accessible 24h/24, l'intelligence artificielle comporte de nombreux atouts pour les jeunes. Crédit : Perrine Basset Fériot - CIDJ

Se confier à une machine

« Ça m’est arrivé de poser des questions à l’IA pour connaître les effets secondaires d’un traitement psy. » Dans une des salles de Quartier Jeunes, dans le 1er arrondissement de Paris, les voix se font timides. L’atelier en cours, intitulé « Ton psy, il s’appelle GPT ? », propose à la petite vingtaine de jeunes présents de s’interroger sur leurs usages de l’intelligence artificielle. Les animateurs, David Dauver, infirmier au Centre d’évaluation pour les jeunes adultes et les adolescents (C’JAAD), et Emma Poignard, chargée de mission à MindLink, commencent par définir ce qu’est l’IA : « un programme informatique capable d’analyser des données et de produire des résultats qui imitent des capacités humaines ». Sur la date de création de cet outil, les réponses sont hétéroclites, allant des années 1980 à 2024, lorsque le grand public a eu accès à ChatGPT. Sa naissance est en réalité datée de 1956, grâce à John McCarthy, un mathématicien américain. 

Depuis, l’IA fait pleinement partie de notre quotidien. Un rapide tour de table suffit pour constater que les participants l’utilisent tous les jours. Mamadou explique y avoir recours pour traduire de l’anglais, Leslie pour sa recherche de master, Lia pour réaliser des cartes mentales afin de réviser ses cours, Maria pour résumer des livres qu’elle n’a pas eu le temps de lire — même si elle le regrette ensuite : « C’est stupide d’utiliser une machine alors que je suis en filière littéraire ». D’autres jeunes admettent utiliser l’IA pour des questions plus personnelles : « Je lui raconte mes rêves inquiétants et je lui demande de les analyser ». De son côté, Maria s’en sert lorsqu’elle ne se sent pas bien, pour « se calmer ». Face au stress, l’outil lui permet de s’exprimer dans un cadre « neutre ». « L’IA peut aider à reformuler ce qu’on ressent », affirme Emma Poignard.

Les limites de l’IA

Poser des mots, oui. Être compris, un peu moins. « L’IA ne comprend pas comme un être humain comprend, alerte David Dauver. Elle fait des associations statistiques pour choisir les mots et proposer une réponse. » L’infirmier reconnaît que son utilisation, souvent gratuite et accessible 24 h/24, présente de nombreux attraits pour les jeunes : « L’information est facilement trouvée et très documentée, donc elle paraît véridique à leurs yeux. » Cependant, si l’on a « l’impression de converser avec quelqu’un », cette personne n’existe pas. Lucia, présente à l’atelier, explique avoir arrêté d’utiliser l’IA pour consulter un psychologue : « J’avais besoin de parler à quelqu’un en face de moi. Un professionnel observe les gestes inconscients, les micro-expressions ». 

Cet outil conversationnel a aussi tendance à valider les propos de l’interlocuteur : « C’est plus simple de parler avec une IA qu’avec un professionnel qui peut nous contredire », explique Emma Poignard. Au cours de l’atelier, Leslie raconte qu’une de ses amies, qui venait régulièrement à la bibliothèque universitaire pour réviser en groupe, s’est peu à peu éloignée de ses proches : « L’IA est devenue son professeur particulier, puis son confident ». Une autre jeune témoigne de son utilisation de l’IA pour combler son manque de compagnie : « Une fois la conversation terminée, je me sentais encore plus seule ». Le biais de confirmation représente un réel danger pour les jeunes, l’isolement pouvant conduire à des situations tragiques. Lorsque l’IA ne trouve plus de solution, elle tend à aller « dans le sens » de l’utilisateur : « On a un exemple où elle a fini par ne plus s’opposer à ce qu’une personne passe à l’acte suicidaire, ce qui s’est produit », relate l’infirmier. Une situation qui « ne se produit pas tous les jours », mais qui témoigne des limites des garde-fous de l’IA.

Ne pas diaboliser l’intelligence artificielle

Faut-il pour autant interdire l’utilisation de l’IA dans le domaine de la santé mentale ? Pour Emma Poignard, la diaboliser n’est pas une solution. Un avis partagé par David Dauver, qui y voit un phénomène générationnel : 
« Plutôt que de demander aux jeunes de s’adapter à nos règles, on devrait essayer de comprendre pourquoi ils utilisent autant l’IA ». En filigrane, tous deux évoquent un système de santé « saturé ». « On est d’accord qu’il faut mettre plus de moyens dans l’hôpital public. » La chargée de mission voit l’IA comme « une brique entre la solitude des jeunes et l’accès aux psychologues ». 

Les professionnels de la santé mentale trouvent alors leur rôle dans l’accompagnement des jeunes. « Je souhaite les armer pour utiliser cet outil, les informer sur le fonctionnement de ces plateformes et les alerter sur leurs limites. » L’infirmier insiste sur l’importance de croiser les sources, de ne pas se contenter de ce que dit l’IA, mais de demander confirmation à des professionnels de santé ou à des proches. Leur donner « les clés » d’un bon usage de ces outils. Tout en rappelant, souligne Emma Poignard, que cela ne sera pas suffisant : « Un psychologue n’a pas besoin de l’IA pour aider ses patients, mais l’inverse n’est pas vrai. Si l’usage de l’IA peut être bénéfique à petite dose, elle ne remplacera jamais un professionnel. »

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