Journée mondiale de la santé mentale

L'éco-anxiété : comment la définir et comment en sortir ?

Perrine Basset Fériot
Publié le 08-10-2026

En bref

  • À l’occasion des Rencontres nationales sur l’engagement et la santé mentale, tenues le 24 septembre à Quartier Jeunes à Paris, les jeunes se sont exprimés sur leur éco-anxiété.
  • Canicule, incendies, fonte des glaces… Ils décrivent leur angoisse concernant le réchauffement climatique et leur avenir.
  • Pierre-Éric Sutter, directeur de l’Observatoire de l’éco-anxiété, répond à leurs craintes et donne trois conseils pour lutter contre ce mal-être.
Caliste, Tanguy et Line racontent comment leur éco-anxiété a augmenté en regardant des vidéos des incendies durant l'été.
Caliste, Tanguy et Line racontent comment leur éco-anxiété a augmenté en regardant des vidéos des incendies durant l'été. Crédit : Perrine Basset Fériot - CIDJ

« Je suis hyper éco-anxieuse. » Line est apprentie régisseuse son. À 22 ans, la jeune femme ressent de plein fouet l’éco-anxiété. Son témoignage est à l’image de sa génération : selon un rapport de l’Ademe 2025, un tiers des jeunes de 15 à 24 ans sont touchés par ce phénomène. Entre 8 et 10% d’entre eux le ressentent « très fortement ». À ses côtés, Caliste, ingénieur du son, se sent moins concerné. Mais il admet que les épisodes caniculaires de l’été l’ont marqué : « Je me suis rendu compte que ça en devenait dangereux ! » Léa, 21 ans, a aussi été choquée par les vidéos des incendies défilant à la télévision : « Voir des milliers d’hectares brûler sous nos yeux, c’était assez violent. » Derrière ce constat, Pierre-Éric Sutter, directeur de l’Observatoire de l’éco-anxiété, pose des mots : « On définit l’éco-anxiété comme des inquiétudes qui peuvent surgir face à la crise écologique. »

VIDÉO : Incendies, canicule... Quand l'éco-anxiété s'empare des jeunes

Quand l’éco-anxiété atteint la santé mentale

Comment savoir si on est éco-anxieux ? Pour Pierre-Éric Sutter, il existe quatre grandes familles de symptômes. Les premiers sont cognitifs, lorsque l’on commence à ne penser qu’à ça : « Cela provoque des ruminations, ce sont des idées qui tournent en boucle dans notre tête. » Ces informations anxiogènes déclenchent des peurs.

La deuxième famille de symptômes repose sur les émotions, souvent négatives : « On se rend compte que le réchauffement climatique menace nos besoins primaires comme bien boire, bien manger, bien respirer, bien vivre. » 

La troisième famille de symptômes relève du sentiment de ne pas assez agir pour la planète : « On peut s’interroger sur le poids de nos petits éco-gestes par rapport aux enjeux écologiques. » Les inquiétudes viennent aussi de l’inaction des institutions. « Je n’arrive pas à voir de solution pour le futur, explique Solange, comédienne de 24 ans. En fait, 40 °C, ça va devenir la température de base l’été. » 

Enfin, les derniers symptômes sont comportementaux : ils révèlent le moment où l’éco-anxiété atteint la santé mentale. Ces pensées atteignent parfois le sommeil, à travers des cauchemars ou des insomnies. L’éco-anxieux risque aussi de s’isoler de ses proches, qui minimisent les faits. 

Le psychologue indique que lorsque cette anxiété devient plus intense, il est important d’en parler à un professionnel. Elisa Dageville, chargée de projet européen sur la biodiversité, fait le même constat. Pour elle, l’éco-anxiété est un vrai mal-être : « Il ne faut pas avoir peur de consulter un psychologue. »

Des conseils pour ne pas se laisser envahir par l'éco-anxiété

L’éco-anxiété de Line se répercute justement sur son sommeil. Le soir, la jeune fille scrolle les réseaux sociaux, passant de vidéos montrant la fonte des banquises aux feux de forêts. Pour éviter de rentrer dans un cercle vicieux, Pierre-Éric Sutter délivre trois conseils. Le premier est de réguler les canaux d’information, que ce soit sur les réseaux sociaux ou à la télévision : « Il faut prendre conscience qu’il y a des mauvaises nouvelles, mais aussi qu’il y en a des bonnes. » Un mot d’ordre que suit Caliste, qui essaie de se documenter à petite dose. 

Le deuxième conseil serait de « regarder sa peur sans en avoir peur ». Le directeur de l’Observatoire explique que la peur « nous alerte d’un danger ». Et, face à ce danger, Élisa Dageville comme Pierre-Éric Sutter invitent les jeunes à ne pas « s’hyper-responsabiliser » : « Une personne seule ne va pas réussir à endiguer le changement climatique. » Les jeunes rencontrés évoquent leurs éco-gestes du quotidien, comme le tri des déchets, arrêter de manger de la viande ou encore de prendre l’avion. Tanguy, musicien réunionnais vivant à Paris, a mis en place ces deux dernières actions : « Ce sont les deux points où tout le monde pourrait s’améliorer. » Bien que le jeune admette que ce seul geste ne va pas changer les choses. Le psychologue approuve : rien ne sert de jouer au super-héros, au risque de tomber dans le burn-out écologique.

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