La ferme volonté de Noé Tondeur de moutons : salaire, formation et quotidien d'un métier d’avenir

Caroline Féral Palma
Publié le 05-01-2026

En bref

  • À 22 ans, Noé est tondeur de moutons dans le Lot. Fils d’éleveur, il exerce un métier physique et méconnu, indispensable au bien-être des brebis.
  • Du printemps à l’automne, il sillonne les fermes pour tondre les troupeaux. Un métier accessible sans diplôme spécifique, qui recrute mais peine à attirer les jeunes.
  • Conscient de la pénibilité du travail sur le long terme, Noé prépare la suite. Après quelques années de tonte et un possible départ en Nouvelle-Zélande, il souhaite reprendre la ferme familiale.
Noé et Ju
Noé Alayrac, sa compagne Justine Soulié et leur chienne Haby. Crédit : Caroline Féral Palma - CIDJ
Tondeur de moutons à 22 ans : le pari de Noé dans l’agriculture. Crédit : Caroline Féral Palma - CIDJ

Comment devenir tondeur de moutons sans diplôme ?

Fils d’éleveur de moutons dans le Lot (Occitanie), Noé Alayrac a grandi au rythme des saisons agricoles. « Chez nous, la tonte faisait déjà partie du paysage », raconte-t-il. Après un parcours classique dans l’enseignement agricole – bac pro CGEA au lycée agricole de Figeac, BTS en comptabilité agricole puis certificat de spécialisation –, le jeune homme se lance dans la tonte à 18 ans, d’abord par curiosité, puis par conviction.
« Il manque énormément de tondeurs en France », explique-t-il. Encouragé par les professionnels qui intervenaient sur la ferme familiale, Noé tente l’expérience. Les débuts sont rudes : un métier très physique et technique, qui demande de la répétition. « Pour apprendre à tondre, il faut tondre. Les premières années sont les plus dures », précise-t-il. La rencontre avec un ami de son âge, lui aussi motivé, fait la différence. Ensemble, ils se lancent.
Aujourd’hui, Noé est tondeur indépendant pendant sept mois de l’année – et travaille à la ferme le reste du temps. Chaque jour, un nouveau poste de travail. Avec son équipe, il sillonne les fermes du Lot et des départements voisins. Son rôle : retirer la laine des brebis, une fois par an, à l’aide de peignes tranchants. Un geste précis et rapide – entre une et deux minutes par bête – indispensable au bien-être animal. « La laine pousse en continu : si on ne tond pas, elle devient trop lourde et favorise les parasites », rappelle Noé, qui tond en moyenne 170 moutons par jour.

Focus

Ce qu’il faut savoir pour devenir tondeur de mouton

  • Niveau d'études : aucun requis (mais stages recommandés).
  • Qualités : endurance, précision, contact animalier.
  • Statut : souvent indépendant ou salarié saisonnier.

Salaire et investissement : est-ce rentable ?

La saison de tonte rime avec réveils matinaux. Lever à 5 heures, départ à l’aube pour être opérationnel entre 7 et 8 heures. « On fait surtout de grosses matinées, parce que c’est très physique », explique Noé. Dos, bras, poignets : le corps est mis à rude épreuve. Les coupures font partie du métier, pour le tondeur comme pour l’animal, même si elles restent rares. « C’est comme lorsqu’on se rase : parfois, on se coupe un peu », résume-t-il.
Mais la pénibilité est compensée par la convivialité. Le repas du midi, souvent partagé avec l’éleveur, est un moment important. « On relâche la pression, on discute, on rigole », raconte Noé. Des instants précieux dans un métier solitaire et éprouvant, exercé loin des bureaux.
Contrairement aux idées reçues, la tonte attire aussi des femmes : environ un tiers des participants lors des concours. Car la tonte est aussi un sport. Chronomètre, qualité de la coupe, finitions : Noé participe à des compétitions nationales et a récemment décroché une deuxième place en catégorie junior. « C’est motivant, on se compare, on progresse », se réjouit-il.
Côté rémunération, le métier permet « de vivre normalement ». En tant qu’indépendant, Noé facture les éleveurs et se verse ensuite un salaire. L’investissement de départ reste relativement accessible : environ 4 000 euros de matériel.

Les débouchés : de la tonte à la reprise d'exploitation agricole

Une fois la laine tondue, elle ne reste pas sur l’exploitation. « Les éleveurs n’en ont pas l’usage », souligne Noé. Ramassée puis stockée, elle est majoritairement exportée… en Chine. Faute d’infrastructures adaptées et en raison du coût environnemental du lavage, la France valorise encore peu sa laine.
Une petite partie est néanmoins utilisée localement, notamment pour des projets innovants, comme les sacs isothermes en laine de mouton du Mouton Givré, une marque lancée par deux jeunes couturières lotoises.
À 22 ans, Noé sait que la tonte ne sera pas un métier à vie. « On s’abîme trop le corps », reconnaît-il. Son objectif : exercer encore dix à quinze ans, tout en perfectionnant sa technique. Dans ses projets, un départ en Nouvelle-Zélande, référence mondiale de la tonte. « C’est un passage presque obligé ! » Il envisage d’y partir avec sa compagne Justine, qui termine une licence agricole.
À plus long terme, Noé se projette sur la ferme familiale. Avec son frère, il prévoit de reprendre l’exploitation de 450 brebis, spécialisée dans l’agneau fermier du Quercy. Pour lui, « la tonte, c’est une étape, la ferme, c’est l’avenir ».
À celles et ceux qui rêveraient de suivre le même chemin, il conseille de s’accrocher : « Il n’y a pas d’école, mais des stages. » Selon lui, il faut rencontrer du monde, être motivé pour que les portes finissent par s’ouvrir.

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