Guerre au Moyen-Orient « Ici, les cours sont suspendus, mais la vie continue » : le quotidien de Dalia, élève au Lycée français de Koweït

Laura El Feky
Publié le 23-03-2026

En bref

  • Le 28 février, Israël et les États-Unis ont lancé des frappes aériennes sur l’Iran, déclenchant une riposte iranienne à Chypre et dans plusieurs pays du Proche et du Moyen-Orient.
  • Dalia, algérienne, vit dans un petit État du golfe Persique.
  • Élève au lycée français de Koweït, elle raconte son quotidien avec des cours pour le moment suspendus.
Dalia
L’an prochain, Dalia envisage d’étudier le droit ou les sciences politiques en France, avec, peut-être, la diplomatie en ligne de mire. Crédit : Droits réservés
Dalia cours à distance
Depuis le début du conflit, Dalia suit les cours à distance. Crédit : Droits réservés
Hormis quelques rares sorties, Dalia passe la plupart de son temps chez elle. Crédit : CIDJ

« Pas l’impression d’être en danger »

Des sirènes. Voilà ce qui rythme désormais le quotidien de Dalia, 17 ans, élève de terminale au Lycée français de Koweït. Plusieurs fois par jour, les alertes retentissent. « Le plus souvent, ce sont les sirènes intermittentes », explique la lycéenne. Elles signalent un danger imminent, avant qu’une sirène continue annonce la fin de l’alerte. « Il y en a une troisième, pour les menaces plus graves. On ne l’a encore jamais entendue, mais elle ressemble à celles des ambulances ». Au-dessus du pays, missiles et drones traversent régulièrement l’espace aérien, avant d’être interceptés. « Le vrai danger pour nous, ce sont surtout les débris qui retombent, précise-t-elle. Les frappes visent avant tout l’ambassade ou les bases militaires américaines ». Si, ici, les civils ne sont pas visés, le climat est tout de même « anxiogène ». « La plupart des opérations ont lieu la nuit, il nous est déjà arrivé de nous réveiller en sursaut », explique Dalia. Depuis, avec sa sœur et ses parents, la famille a préparé un sac d’évacuation d’urgence. Papiers d’identité, bouteilles d’eau, vestes : tout est prêt, posé dans le salon. Au cas où. Pour l’heure, un rapatriement n’est pas à l’ordre du jour pour cette lycéenne d’origine algérienne. « Honnêtement, je me sens en sécurité. Dans ce grand conflit, on n’est pas les plus affectés », confie-t-elle. Reste que le quotidien est profondément bousculé. Hormis quelques rares sorties, Dalia passe la plupart de son temps chez elle. « Les cours n’ont pas repris depuis les vacances de février. Les profs font leur maximum, reconnait-elle. Mais, pour le bac, on est un peu dans le brouillard. On ne sait pas si les épreuves pourront avoir lieu. Les cours sont maintenus en visioconférence, notamment en philosophie et pour les enseignements de spécialité. »

« Les derniers mois de terminale nous échappent »

Presque un goût de déjà-vu. Dalia a déjà connu l’école à distance pendant les confinements liés au covid, quand elle était en 6e puis en 5e. Mais cette fois, le contexte est tout autre. « Ce qui me préoccupe, c’est l’escalade du conflit et de voir autant de pays y être entraînés. Je pense à tous ceux qui subissent d’importantes pertes civiles », confie la lycéenne. Malgré ces inquiétudes, elle n’en reste pas moins préoccupée par des sujets plus ordinaires pour son âge, comme le baccalauréat. À plus de 4 000 km de l’Hexagone, son lycée français accueille des élèves français établis à l’étranger ainsi que des élèves internationaux. Tous y suivent les mêmes programmes qu’en France et préparent les mêmes examens, du brevet et du baccalauréat. « Ici la plupart des élèves se connaissent depuis la maternelle, raconte Dalia, qui y est scolarisée depuis ses 4 ans. C’est la dernière année qu’on passe ensemble avant de partir étudier dans des pays différents. On est déjà un peu nostalgique. On a l’impression que ces derniers mois nous échappent. » Les sorties se font rares : « d’habitude, je sors beaucoup plus, mais là mes parents sont inquiets. » La dernière fois qu’elle a retrouvé ses amis le week-end, une sirène a retenti. « Mes parents m’ont appelé en panique pour que je rentre et c’est ce que j’ai fait. » Entre camarades, le lien tient bon. Sur le groupe de la classe, on s’entraide pour les cours, on échange des nouvelles. Y compris la nuit « quand certains sont réveillés par les sirènes ». Et les blagues continuent. Dans la vie réelle, en revanche, beaucoup de projets lycéens sont suspendus : « le bal de promo, les matchs de football ou encore la simulation des Nations unies, prévue début avril, qui devait accueillir des élèves des lycées français d’Arabie saoudite et de Jordanie ».

Pour Dalia, partir est une certitude

Un rendez-vous très attendu pour cette lycéenne passionnée de géopolitique. Vivre un conflit d’aussi près ne fait que renforcer son projet d’avenir. L’an prochain, elle envisage d’étudier le droit ou les sciences politiques en France, avec, peut-être, la diplomatie en ligne de mire. En cours d’HGGSP, la spécialité qu’elle a conservée en terminale avec les mathématiques, les évènements résonnent concrètement. « On en débat avec notre professeur, ça m’inspire beaucoup » confie-t-elle. Pour elle, difficile de rester à l’écart : « je ne comprends pas que des jeunes soient apolitiques alors que ça nous concerne tous ». Pour l’heure, comme pour beaucoup de lycéens de terminale, le quotidien reste rythmé par les révisions et la procédure Parcoursup, puisque la lycéenne compte poursuivre ses études sur le sol français. « La documentaliste nous a même donné son numéro personnel pour qu’on puisse la contacter si on a besoin d’informations sur les formations », raconte-t-elle. Si son départ en fin d’année scolaire est une certitude, la lycéenne n’exclut pas un retour. Une fois ses études terminées, Dalia se verrait bien travailler dans l’un des pays du Golfe, une région dont elle reconnaît le mode de vie « singulier », mais à laquelle elle s’est attachée. En attendant, elle scrute chaque jour l’actualité, avec l’espoir d’un apaisement des relations internationales, et, peut-être, un jour, de pouvoir y contribuer elle aussi.

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