Portrait Aurélie Richard, l’ascension d’une championne paralympique

Caroline Féral Palma
Publié le 18-05-2026

En bref

  • Quadruple médaillée en ski alpin aux Jeux paralympiques de Milan-Cortina 2026 à seulement 20 ans, Aurélie Richard s’impose comme l’une des figures montantes du sport français.
  • Décorée chevalier de l’ordre national du Mérite par le président de la République, la jeune femme originaire de Gap n’imaginait pas se retrouver un jour sous les ors de l’Élysée.
  • Étudiante en licence STAPS à Grenoble, elle prépare déjà les Jeux de 2030 tout en réfléchissant à son avenir au-delà de la compétition.
Aurélie Richard
Aurélie Richard, quadruple médaillée en ski alpin aux Jeux paralympiques de Milan-Cortina 2026, vise déjà les Jeux de 2030. Crédit : CPSF - CIDJ
Aurélie Richard
La skieuse alpine Aurélie Richard en compétition lors des Jeux paralympiques de Milan-Cortina 2026. Crédit : CPSF - CIDJ

Des pistes du Queyras à l’Élysée

Ceillac, dans les Hautes-Alpes. Un village de 270 habitants, une quinzaine de pistes de ski, et une petite fille qui chausse ses premières planches à deux ans et demi. Aurélie Richard a grandi là, entre les sentiers de montagne et les sorties VTT nocturnes à la frontale avec ses amis. Une enfance simple, au cœur du Queyras.

Quelques années plus tard, elle se retrouve à l’Élysée pour recevoir une décoration des mains du président de la République. En avril 2026, après son retour des Jeux paralympiques de Milan-Cortina, Aurélie Richard est nommée chevalier de l’ordre national du Mérite.

« Je pensais que ça serait une médaille de plus », raconte-t-elle. Mais une fois sur place, face au président, dans ce cadre solennel et intimidant, elle réalise l’ampleur du moment : « Ça m'a aidée à prendre conscience de l’importance de tout ce que j’avais fait jusque-là. » 

Faire de son handicap une force

Née avec une agénésie de l’avant-bras gauche, Aurélie Richard n’a jamais considéré son handicap comme un obstacle. « Mon handicap m’a plus aidée qu’handicapée, affirme-t-elle. Je n’aurais pas fait de carrière de sportive si je n’avais pas été en situation de handicap ». Le handisport lui a appris très tôt à s’adapter, à trouver d’autres façons de faire et à repousser certaines limites.  

À seulement 13 ans, elle intègre l’équipe de France de para ski alpin et découvre les compétitions internationales en Coupe d’Europe. Deux ans plus tard, elle participe aux Jeux européens paralympiques de la jeunesse et y remporte deux médailles d’or, en slalom et en géant. « Moi, je me sens totalement athlète, insiste-t-elle. Avec ma prothèse, je peux tout faire à condition d’adapter certains exercices.» 

C’est une rupture des ligaments croisés — le 15 juin 2021, une date gravée dans sa mémoire — qui lui offre sa première leçon de résilience. Elle a alors 16 ans. Seule en rééducation, loin de sa famille et de ses amis, elle voit s’envoler ses chances de participer aux Jeux de Pékin 2022. « C’était assez compliqué à accepter, mais j'ai tenu bon », se remémore-t-elle. 

Trois ans plus tard, en février 2024, rebelote : l’autre genou lâche en pleine saison, quelques jours avant un départ au Japon. Cette fois pourtant, elle réagit différemment : « Je l’ai plutôt bien pris, surtout que j'avais un objectif, les jeux de Milan-Cortina 2026. » Autour d’elle, l’équipe de France devient une deuxième famille. Ses coéquipiers l’appellent, lui remontent le moral, l’accompagnent pendant la rééducation. La saison qui suit cette deuxième blessure est, selon elle, « presque parfaite ». Celle d’après, c’est celle des Jeux. 

Le pari fou des Jeux paralympiques 2026

Aurélie arrive à Milan-Cortina avec un objectif annoncé publiquement : quatre médailles, dont une en or. Une ambition qui aurait pu se retourner contre elle. Lors des championnats du monde précédents, le stress l’avait paralysée au point de ne pas skier à son véritable niveau. Elle s’attend donc au pire avant de changer d'état d'esprit : « Je me suis dit : c’est une fois tous les quatre ans. Si tu ne profites pas maintenant, quand est-ce que tu profiteras ? »

Sur les pistes italiennes, elle enchaîne les courses, les podiums et les interviews, sans jamais perdre le sourire. Ce qu’elle retient avant tout des Jeux, ce n’est pas une médaille en particulier, mais un instant : la première fois qu’elle franchit la ligne d’arrivée et que le public « se déchaîne d’un coup ». Sa famille est dans les tribunes. « Ça donnait encore une autre dimension à ce moment », estime-t-elle. Quatre médailles au total — trois en argent, une en bronze. L’or lui échappe encore. « Je compte bien aller le chercher en 2030 », lance-t-elle, sans dramatiser. 

Concilier études, carrière sportive et transmission

De retour en France, l’accueil à Chamrousse lui réserve une autre surprise : des inconnus viennent lui parler de ses courses avec des détails techniques qu’elle-même avait oubliés. « Les jeux paralympiques n’étaient pas qu’un fond sonore chez les gens à la télévision. C’est la preuve que le regard porté sur le handisport est en train de changer », considère la sportive de haut niveau. 

En dehors des compétitions, Aurélie poursuit une licence STAPS à Grenoble et va régulièrement à la rencontre de jeunes en situation de handicap dans des centres de rééducation ou des établissements scolaires. « Quand ils voient les médailles et qu’ils se disent “pourquoi pas moi ?”, je prends conscience de ce que l’image que je renvoie peut susciter. » Pour elle, le sport peut aussi devenir une façon de « sortir de la galère » après un accident ou un handicap.

Elle rêvait de devenir gendarme, mais son handicap a fermé cette porte. Aujourd’hui, elle envisage de devenir préparatrice physique ou professeure de sport. Une façon de rester dans le monde du sport et de transmettre ce qu’elle a appris sur les pistes comme dans les salles de rééducation : qu’avec les bonnes adaptations, beaucoup de choses deviennent possibles. « Malgré nos différences, on peut tout faire. Il faut juste s’adapter », conclut-elle. Même aller à l’Elysée.  

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