Portrait Victor Lovera, étudiant médaillé des Jeux Olympiques d'hiver
En bref
- À 25 ans, le Grenoblois Victor Lovera a décroché l’argent au relais 4x7,5 km de ski de fond des Jeux Olympiques de Milan-Cortina.
- Une consécration inattendue pour ce fondeur longtemps hésitant à poursuivre sa carrière.
- Entre entraînements de ski et études d’ingénierie, portrait d’un jeune homme à la double vie bien remplie.
Une médaille d’argent à partager
Victor Lovera fait partie de ceux dont le plus beau jour de la vie est déjà arrivé. Pour lui, c'était le 15 février 2026, en Italie. Pourtant, rien ne prédestinait le jeune skieur à être sur les pistes de Milan-Cortina ce jour-là. Le sort – et les efforts – en ont décidé autrement. Alors qu’il se sentait « prêt à arrêter » la compétition en 2024, le Grenoblois est rattrapé par ses victoires l’année suivante, qui le propulsent jusqu’à son entrée en équipe de France pour les Jeux olympiques d’hiver : « Lorsque j’ai appris la nouvelle, je suis resté assez lucide. J’étais très content de vivre mes premiers Jeux, mais je ressentais aussi de l’appréhension. » Le jeune de 25 ans ne se fixe pas d’autre objectif que de donner le meilleur de lui-même. Les résultats en témoignent : il termine successivement 15ᵉ du skiathlon, 10ᵉ du 10 km et 8ᵉ du 50 km de ski de fond.
Sa plus belle victoire a la couleur de l’argent et le goût du travail collectif. S’élançant à la suite de ses coéquipiers Théo Schely, Hugo Lapalus et Mathis Desloges lors du relais masculin 4 x 7,5 km, le fondeur skie avec « la boule au ventre » : « J’avais peur de tomber et de décevoir l’équipe, alors qu’on avait pris de l’avance… Lors des 100 derniers mètres, un membre du staff m’a tendu un drapeau français qu’il avait caché dans sa poche. À ce moment-là, je me dis que c’est gagné et j'exulte de joie ! » Des images que Victor aimerait garder précieusement en mémoire, comme un « film qu’on pourrait revoir ».
Gagner cette médaille en équipe n’a « pas de prix ». Le skieur pense immédiatement aux personnes qui l’ont accompagné, dont sa mère et son frère, présents dans le public. Cette deuxième place a un effet boule de neige : très vite, les messages d’anciennes connaissances pleuvent. « J’ai pris conscience de l’envergure médiatique des Jeux lorsque j’ai reçu des encouragements d’amis ou de professeurs que je n’avais pas vus depuis plusieurs années. Ça m’a fait chaud au cœur. » Cette médaille inattendue propulse le ski de fond français sur le devant de la scène internationale, emportant Victor avec lui.
La persévérance à tout prix
Victor n’avait pourtant jamais rêvé de cette médaille. À deux ans seulement, il apprend à skier aussi vite qu’à marcher, sans avoir de « véritable coup de foudre » pour cette discipline. « Je n’avais ni le goût de l’effort, ni celui de la compétition », plaisante-t-il. Il oscille à l'adolescence entre plusieurs sports, dont le tennis, terrain de prédilection de son père Jean Lovera, plusieurs fois champion de France et compétiteur à Roland-Garros. Le ski finit par l’emporter et s’installe durablement dans la vie du jeune sportif. Au collège, il enchaîne « quatre à cinq entraînements » par semaine et passe ses dimanches en compétition. Petit à petit, les efforts paient : après une année de préparation intensive, Victor est admis en section sport-études au lycée de Villard-de-Lans. Changement radical pour l’enfant de la ville, qui découvre la vie en montagne : « C’était la première fois que je quittais mes parents et j’ai perdu quelques amis en cours de route. Mais j’ai aussi vécu de très beaux moments à l’internat. »
Débute alors une histoire d’amour et de haine entre lui et le ski, ponctuée de hauts et de bas. Victor balance entre un sacre décisif lors des championnats de France juniors et une blessure au dos quelques années plus tard. Si sa première victoire « inattendue » lui redonne confiance, le traumatisme de sa blessure balaie ses certitudes : « J’ai toujours pensé que je n’étais pas fait pour la compétition, que je n’avais pas ça dans le sang, analyse-t-il. En 2021, j’ai chuté, car je ne me faisais pas confiance, je remettais en question ma place et je ne trouvais pas le bon équilibre. » Une saison blanche passe, durant laquelle il décide de s’accrocher. Fidèle à lui-même, le fondeur veut se prouver qu’il est capable de revenir et de finir ses années seniors. Là encore, il se surprend en terminant dans le Top 30 de la Coupe du monde. Deux ans plus tard, en 2025, Victor réalise la meilleure performance française de la saison en intégrant le Top 10 de la même compétition. Les portes des Jeux olympiques s’ouvrent à lui.
Une double vie d’étudiant sportif
Dans le sport de haut niveau, Victor a vite compris que l’équilibre entre plaisir et travail est primordial. Dès le lycée, l’Isérois ne mise pas que sur ses compétences sportives. Passionné de mathématiques et de physique, matières où il retrouve la « même rigueur » que dans le ski, il s’oriente vers une licence de maths à l’université de Grenoble. Grâce à un aménagement de cursus, il suit ses cours à distance et valide son diplôme en cinq ans au lieu de trois. Le bon élève enchaîne ensuite avec un master d’ingénierie financière à Grenoble INP – Ensimag, qu’il poursuit actuellement. Un double rythme qui ne lui fait pas peur, habitué à travailler seul : « Je ne vais que rarement à l’école et je reçois mes cours grâce à un preneur de notes. Heureusement, les professeurs sont compréhensifs et réactifs par mail. »
Être pleinement investi dans son sport exige quelques sacrifices, reconnaît Victor, qui se décrit comme « l’étudiant fantôme » de sa classe, dont il ne connaît personne. Après une compétition, se replonger dans ses révisions lui demande un effort, d’autant plus qu’il est le seul de l’équipe de France encore étudiant. Mais la détermination du Grenoblois ne faiblit pas : « Je suis content de faire des études qui m’amèneront à un métier qui me plaît. Pour l’instant, mes efforts payent, j’ai largement la moyenne ! » Sur le plan financier, le skieur peut compter sur le soutien de ses parents et sur son premier contrat professionnel, conclu avec l’équipe française des Douanes : « C’est important d’avoir un sponsor public, cela valorise ma pratique sportive et me permet d’être plus serein pour la suite. » Car Victor envisage déjà l’avenir. Le sportif rêve de participer aux Jeux olympiques d’hiver de 2030, à domicile. L’étudiant garde les yeux fièrement rivés sur l’obtention de son diplôme de master. En espérant vivre, peut-être, de nouveaux plus beaux jours de sa vie.