Dans la peau d’avocats avant l’heure À l’EFB, les élèves avocats organisent des consultations gratuites pour se confronter au réel

Perrine Basset Fériot
Publié le 18-05-2026

En bref

  • À Issy-les-Moulineaux, des élèves avocats de l’École de formation du barreau de Paris tiennent des permanences juridiques gratuites.
  • Encadrés par des professionnels, ils accompagnent des bénéficiaires sur des problématiques concrètes, du droit du travail au droit des étrangers.
  • Une immersion entre engagement solidaire et premières confrontations à la complexité du terrain.
Les élèves avocats accueillent gratuitement des bénéficiaires.
Cécile, Samuel et Camille s'engagent bénévolement au sein de la cinique juridique. Crédit : Perrine Basset Fériot - CIDJ
Les élèves avocats accueillent gratuitement des bénéficiaires pour les conseiller sur des situations liées au droit du travail, au droit pénal... Crédit : Perrine Basset Fériot - CIDJ

Fournir gracieusement des conseils juridiques

Cachée à l’angle d’une rue d’Issy-les-Moulineaux (92), entre les rails du tramway et les imposants bâtiments des médias voisins, l’École de formation professionnelle des barreaux (EFB) ressemble en tous points à l’idée que l’on peut se faire d’un établissement accueillant de futurs avocats : une architecture moderne, un hall où rien ne dépasse présentant les différentes robes de « baveux », des photos de célèbres professionnels passés par ces bancs. Nul ne peut se douter qu’au cinquième étage du bâtiment, une poignée d’élèves s’apprête à recevoir ses premiers bénéficiaires. Gratuitement. 

Margot, Samuel, Camille et Cécile sont bénévoles au sein de l’association la Clinique juridique. Deux fois par semaine, ils organisent, avec d’autres élèves, des permanences durant lesquelles ils donnent des conseils juridiques aux bénéficiaires. En ce mercredi matin d’avril, les rendez-vous s’enchaînent, abordant successivement le contrat de travail d’un salarié d’Ehpad, le renouvellement du titre de séjour d’une étudiante étrangère, une contestation en matière de succession ainsi qu’un conflit en droit de la santé. 

Margot Lethielleux, 25 ans, vient de terminer son rendez-vous de restitution, au cours duquel elle a reçu une jeune femme en litige avec son ostéopathe. Pendant une heure, la future avocate a tenté, tant bien que mal, de prodiguer des conseils : « J’appréhendais un peu cet échange, car je ne pouvais pas lui apporter une réponse extrêmement claire », admet-elle. La bénéficiaire a témoigné de souffrances psychologiques et physiques, notamment de douleurs à la colonne vertébrale ressenties à la suite d’une mauvaise manipulation du professionnel. Le sujet, complexe, relève du droit de la santé, domaine dont l’élève n’avait jusqu’alors « aucune connaissance ». Après une semaine de recherches et de conseils auprès d’un avocat superviseur, Margot a restitué ses recommandations et invité la bénéficiaire à faire appel à un médecin expert. « Lorsqu’on fait face à une jeune femme qui souffre de séquelles depuis un an et demi, c’est difficile de lui expliquer que je n’ai pas de réponse précise à apporter. »

Rendre le droit accessible « à leur échelle »

Pénaliste « depuis la naissance », comme il aime le rappeler, le secrétaire général de la Clinique juridique, Samuel Sedorne, a un objectif clair : aider ceux qui ne peuvent pas se permettre de payer les frais d’un avocat. « Le droit est inaccessible, cher et difficile à comprendre. » L’élève n’a jamais été découragé par son futur métier, ni par les longues études — il cumule deux masters —, ni par la réalité du terrain, même s’il a vite pris conscience qu’il ne défendrait pas seulement des innocents. Un constat partagé par Cécile Moget, qui a réalisé une consultation en droit des étrangers : « C’est un droit compliqué qui ne cesse d’évoluer. Les personnes se retrouvent souvent très démunies ; je trouve important que nous puissions les aider, à notre échelle. » 

N’ayant pas encore prêté serment, les élèves n’ont pas le droit de délivrer une véritable expertise. Encadrés par le Barreau de Paris Solidarité, les futurs avocats sont accompagnés ce mercredi par Maître Florence Sainte-Olive : « Mon rôle est de les préparer à cette rencontre, de leur indiquer comment se présenter, de vérifier les documents nécessaires et de contrôler s’ils ont bien compris les faits. » Le cadre des permanences est strict : tout passe par l’oral, les élèves n’engagent pas leur responsabilité dans les conseils apportés, ils ne transmettent pas leurs coordonnées personnelles et aucun mineur ne peut être reçu sans ses parents. Selon la complexité du sujet, les bénéficiaires peuvent être redirigés vers des avocats.

Plonger dans le grand bain

L’avocate superviseure, Maître Florence Sainte-Olive, encourage les futurs avocats à participer aux permanences : « Cela leur permet de travailler sur des cas concrets, de se rendre compte de ce que l’on vit au quotidien, et c’est agréable de voir des jeunes qui veulent se sentir utiles». « La dimension solidaire compte aussi beaucoup pour les élèves », complète Camille Petit-Yilmaz. L’élève avocate, bientôt âgée de 30 ans, s’est entretenue avec un salarié enchaînant les contrats en Ehpad. « En général, lorsqu’on veut devenir avocat, on aime défendre les gens, et le faire bénévolement est très gratifiant. » De son côté, même si elle n’a pas pu apporter de réponse concrète à la bénéficiaire, Margot est persuadée que ce moment d’échange a été bénéfique : « L’entretien lui a permis de se livrer sans être jugée. » 

Les élèves tirent d’autres bénéfices de cet exercice : la participation aux permanences est récompensée par une bonification de 5 points sur leur examen final, le Certificat d'aptitude à la profession d'avocat (Capa, évalué sur 300 points). « Un avantage non négligeable, admet Samuel, sans pour autant constituer une marge gigantesque ». Une récompense scolaire, mais aussi professionnelle : « On rencontre de futurs confrères, et cela permet de créer une toile d’avocats engagés. » Un moyen de se forger un réseau avant l’heure...

Nous rencontrer Nous rencontrer

Le réseau Info jeunes est accessible à tous les publics (collégiens, lycéens, étudiants, salariés, demandeurs d'emploi...) mais aussi à leurs parents, à leurs enseignants et à tous les travailleurs sociaux. L'accès est libre et gratuit.