Les Oubliés des Vacances : à Deauville, une journée à la mer pour 5 000 enfants franciliens
En bref
- À Deauville, 5 000 d’enfants franciliens profitent d’une journée à la mer grâce au Secours populaire.
- Pour certains, cette sortie constitue la seule occasion de l’été de se baigner.
- Alexandre, 27 ans, fait partie des 1 500 bénévoles mobilisés pour encadrer les enfants et faire vivre le droit aux vacances.
De l’eau jusqu’aux cuisses, un chapeau vissé sur la tête malgré les nuages gris — « C’est en cas de pluie ! » —, Alexandre Desessart, le regard fixé vers la mer normande, veille. Devant lui, une quarantaine d’enfants âgés de 5 à 13 ans s’amusent dans les vagues.
Le vent et le ciel menaçant n’entament en rien leur joie : pour certains, cette journée est leur unique occasion de se baigner pendant l’été. Alexandre ne fait pas partie de ceux-là. Plus jeune, il a eu la chance de passer ses étés en Normandie, en famille. Le juriste en collectivité territoriale aspire aujourd’hui à permettre à d’autres enfants de vivre la même expérience que lui. Ne serait-ce que le temps d’une journée…
Une journée à la mer pour les enfants qui ne partent pas en vacances
Depuis 47 ans, le Secours populaire organise une cinquantaine de « Journées des oubliés des vacances » un peu partout en France. En ce 19 août, environ 5 000 jeunes Franciliens se sont retrouvés sur la plage de Deauville pour une journée à la mer.
Pour les encadrer, 1 500 bénévoles, dont Alexandre, sont venus prêter main-forte. Après un rapide point avec les maîtres-nageurs, le bénévole de 27 ans enfile son tee-shirt rose fluo, visible de loin dans l’eau, et rejoint la plage. Pour la première fois, il a été désigné comme référent baignade. Il donne ses consignes aux bénévoles chargés de tenir la ligne d’eau, afin de délimiter la zone de baignade.
L’immense plage de Deauville se couvre petit à petit de couleurs, sous les yeux d’enfants portant des casquettes violettes, bleues, jaunes ou vertes, selon leur département d’origine. Jessim, Sheila et Mafadio, déjà trempés de la tête aux pieds, ont pris le car très tôt ce matin. « On s’est réveillés à cinq heures, mais j’ai adoré le trajet parce qu’il y avait beaucoup d’ambiance et que c’était drôle », explique Sheila. La jeune fille a été ravie de découvrir les grosses vagues en arrivant sur la plage. Jessim, lui, a été conquis par le sable, dans lequel ses camarades l’ont enterré un peu plus tôt. Comme Mafadio, il a déjà eu l’occasion de voir la mer lors d’une journée organisée par le Secours populaire.
Focus
Un enfant sur trois privés de vacances
L'année 2026 marque le 90e anniversaire de l’instauration des deux premières semaines de congés payés, promulguées sous le Front populaire. Un droit pourtant encore illusoire pour de nombreuses familles : aujourd’hui encore, un enfant sur trois ne part pas en vacances. « Notre objectif est de rendre effectif le droit aux vacances, qui existe légalement », revendique Alexandre.
Bruno Conty, secrétaire général de la section du Val-d’Oise, raconte avoir vu le profil des bénéficiaires évoluer au fil des années : « Avant, seules les personnes en grande précarité venaient chez nous. Aujourd’hui, on voit apparaître une nouvelle catégorie de bénéficiaires : les travailleurs pauvres. »
Des salariés au SMIC pour qui partir en vacances est devenu un privilège inaccessible. Selon un sondage Ipsos réalisé pour le Secours populaire en juin 2026, 27% des Français ne prévoient pas de partir en vacances pendant l’été. Ils sont pourtant 95% à estimer que les vacances sont essentielles pour les enfants.
Le bénévolat, un engagement qui donne du sens
C’est pour voir les sourires sur le visage des enfants qu’Alexandre s’est engagé. Il a rejoint la fédération du Val-d’Oise il y a quatre ans, à la suite de sa compagne, déjà bénévole au Secours populaire.
Collectes pour la Palestine ou pour Mayotte, buvettes solidaires, appels aux dons sur les marchés… Alexandre s’implique sur tous les fronts. Il n’en est pas à sa première « JOV » — Journée des oubliés des vacances, dans le jargon des bénévoles — ni à son premier engagement associatif. Pendant ses études de droit, ce natif de l’Eure (27) a participé à la création de concours d’art oratoire.
Au Secours populaire, Alexandre développe de nouvelles compétences, comme l’organisation d’événements, la gestion des stocks et le travail en équipe. Des aptitudes qu’il peut ensuite valoriser dans sa vie professionnelle, mais aussi personnelle.
Il apprécie particulièrement les échanges avec les bénévoles et les bénéficiaires, venus d’horizons différents : « Être confronté à ce que vivent les gens au quotidien permet d’ouvrir les yeux et de se rendre compte que le changement ne peut pas se faire seul. Il doit passer par un effort collectif. »
Bruno Conty, secrétaire général de la section, tient le même discours : au Secours populaire, pas question de hiérarchie. Le mot « charité » est banni au profit de celui de « solidarité ». De nombreux anciens bénéficiaires sont aujourd’hui bénévoles, et le retraité apprécie ce lien « d’égal à égal ». « Même si cela n’efface jamais les différences qui existent », nuance Alexandre.
Recommanderait-il le bénévolat ? À coup sûr ! « J’ai besoin d’avoir une vision concrète de ce qu’apportent mes actions. Il suffit de passer une journée à la mer avec les enfants pour trouver du sens à mon engagement. »