Lecture Prix Roman des étudiants France Culture 2025 : une expérience transformatrice
En bref
- Le Prix Roman des Étudiants France Culture 2025 a réuni 3 000 étudiants jurés à travers la France, un record de participation pour ce prix littéraire qui repose sur l’engagement des jeunes lecteurs dans le choix du lauréat.
- Le CIDJ a suivi cette édition en assistant à quatre rencontres entre les étudiants et les auteurs sur les campus d’Orléans, Grenoble, Strasbourg et Paris Cité, ainsi qu’à la cérémonie de remise du Prix Roman des Étudiants France Culture à la Bibliothèque nationale de France, le 17 décembre 2025.
- Le prix 2025 a été attribué à Séphora Pondi pour son premier roman Avale (Grasset), un ouvrage plébiscité par les étudiants pour les thématiques qu’il aborde, notamment la pression sociale, les réseaux sociaux, le harcèlement et la santé mentale.
Des étudiants aux commandes d’un prix unique
Chaque année, des milliers de jeunes deviennent jurés littéraires grâce au Prix Roman des étudiants France Culture. Pour l’édition 2025, ce sont 3 000 étudiants – un record – qui ont pris part aux sélections, participant à près de 30 rencontres avec les auteurs et autrices, de Lille à Rennes, de Strasbourg à Marseille, en passant par Bordeaux… et même la Corse !
Seul prix soutenu par le Centre national du livre (CNL), et le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, il repose sur le choix des étudiants eux-mêmes et sur leur rôle d’ambassadeurs de la lecture et de la culture.
Le principe est simple : les étudiants inscrits reçoivent une sélection de cinq livres de la rentrée littéraire, débattent sur des plateformes dédiées et votent pour leur roman préféré. Pour l’édition 2025, la sélection comprenait : « Au grand jamais » de Jakuta Alikavazovic (Gallimard), « L’Entroubli » de Thibault Daelman (Le Tripode), « Peau d’ourse » de Grégory Le Floch (Seuil), « Avale » de Séphora Pondi (Grasset) et « Les Forces » de Laura Vazquez (Sous‑sol).
Les critères de sélection ? Un haut niveau littéraire et des sujets qui touchent la jeunesse, mêlant singularité, beauté, thriller ou poésie. Mais plus simplement, comme le résume Caterina, 21 ans, Grenoble : « Un bon roman, c’est celui qu’on vit pendant qu’on le lit. »
Ces échanges entre étudiants et auteurs permettent de développer l’esprit critique et de découvrir des horizons inattendus : « Ce ne sont pas des livres clichés qu’on pourrait assigner aux jeunes », se réjouit Eve, 18 ans, Paris Cité. Emma, 24 ans, Orléans, ajoute : « Et comme ce sont des livres de la rentrée littéraire, on ne peut pas faire plus actuel ! »
« Avale » de Séphora Pondi : un roman qui parle aux jeunes
Cette année, le prix a été attribué à Séphora Pondi, pour son premier roman « Avale », publié chez Grasset. Comédienne, pensionnaire de la Comédie-Française depuis 2021, reconnue notamment pour son rôle dans Médée, elle signe sa première mise en scène en janvier 2026 au Studio-Théâtre, et travaille sur l’écriture d’un long métrage.
Son roman a séduit par sa capacité à parler à la jeunesse d’aujourd’hui, en abordant des thèmes comme la pression sociale, les réseaux sociaux, le harcèlement ou encore, la santé mentale. Lors de la cérémonie de remise du prix à la Bibliothèque nationale de France, le 17 décembre 2025, le roman de la jeune autrice de 33 ans a été qualifié de « parlant et éclatant sur le sujet de la jeunesse ».
Les jeunes lecteurs ont confirmé cette impression : « Ça fait plaisir de voir une autrice qui a envie de réussir et qui réussit », affirme Louna, 19 ans, Paris Cité. « C’est super intéressant de lire des écrivains jeunes ! », ajoute Caterina. Outre sa qualité littéraire, « Avale » offre un espace de projection et de réflexion, permettant de mettre des mots sur l’indicible et de prendre du recul face à l’influence de l’image et des réseaux sociaux.
Comme le rappelle Margaux, 21 ans, Grenoble : « À travers les livres, je traverse des horizons que je ne connais pas, je découvre d’autres manières de penser… c’est un voyage. » La lecture devient ainsi un refuge salutaire, un temps pour soi où l’on peut apprécier le moment présent et prendre le temps de se construire.
Focus
Trois questions à Séphora Pondi
Comment avez-vous réagi à l’annonce du prix ?
Je suis hyper honorée d’être lauréate du Prix France Culture des étudiants. Pour moi, la jeunesse, c’est fondateur, c’est essentiel, et c’est galvanisant d’être choisie par des gens qui ont l’impression qu’on raconte quelque chose du présent.
Quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes lecteurs ?
Je crois qu’il n’y a pas de choses irréversibles et que les échecs n’ont pas vocation à décourager. Il faut chercher, continuer à traquer ce qu’on désire vraiment et se lancer de tout cœur, corps et âme.
Pourquoi ce roman est-il important aujourd’hui ?
Je suis contente qu’on réhabilite les mots dans une société dominée par l’image. J’espère que le livre les a captivés, qu’il leur a donné envie de lire d’autres choses et qu’ils ont compris qu’il y a un pouvoir dans le langage.
Lire, c’est se relier à soi et aux autres
Au-delà du plaisir de lire, le prix s’inscrit dans une démarche citoyenne. Face à l’omniprésence des écrans, et à la baisse de lecture chez les jeunes – et les moins jeunes –, il contribue à préserver la santé mentale des étudiants, grande cause nationale pour 2026, et à renforcer leur capacité à penser par eux-mêmes. Jordan, 19 ans, Paris Cité, explique : « Il y a une façon dans cet art-là de faire passer des messages et de faire ressentir des émotions qu’on ne retrouve pas ailleurs. » Elias, 24 ans, Strasbourg, parle même du pouvoir transformatif de la littérature.
Participer au prix, c’est aussi devenir un acteur de la culture et « faire partie d’une communauté », comme le rappelle Ali, 21 ans, Grenoble. Les rencontres avec les auteurs permettent de « désacraliser la figure de l’écrivain dans sa tour d’ivoire » (Marie, 21 ans, Grenoble) et de comprendre les mécanismes de la création. « Ça nous pousse à lire des livres vers lesquels on ne se serait pas tournés », affirme Juliette, 19 ans, Paris Cité.
Pour beaucoup, lire est un outil de connexion à soi et aux autres, et un moyen de développer l’empathie et l’esprit critique. « Ça nous fait découvrir notre identité », conclut Ugo, 21 ans, Strasbourg. Dans un monde saturé d’images et de contenus instantanés, la lecture offre une respiration nécessaire.
Le message est clair : prendre du temps pour lire est meilleur pour le bien-être mental que de passer des heures à « scroller » sur les réseaux sociaux. Comme le souligne le CNL, le livre est un moyen de mettre des mots sur ses émotions, réfléchir et se projeter dans d’autres réalités. Le Prix Roman des étudiants France Culture, loin de se limiter à un vote, devient ainsi une expérience transformatrice et un geste citoyen.