Précarité menstruelle

Culottes menstruelles et cups remboursées : qui peut en bénéficier ?

Odile Gnanaprégassame
Publié le 15-10-2026

En bref

  • Depuis le 1er octobre, certaines culottes menstruelles et coupes menstruelles (cups) peuvent être prises en charge par l’Assurance maladie, à raison de deux produits par an, achetés exclusivement en pharmacie.
  • Toutes les personnes assurées de moins de 26 ans qui ont leurs règles et les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire, sans restriction d’âge sont éligibles à ce remboursement.
  • L’association Règles Élémentaires salue une mesure qui contribue à lutter contre la précarité menstruelle, même si elle reste insuffisante.
Culottes menstruelles et cups : comment bénéficier du remboursement ?
En France, entre 3 et 4 millions de personnes ayant leurs règles n'ont pas les moyens d'acheter des protections périodiques. Crédit : Canva - CIDJ

Avoir ses règles a un coût. En France, 2,3 millions de femmes manquent régulièrement de protections menstruelles, faute de moyens, selon un baromètre de l’association Dons solidaires, paru début 2026. Plus de 20 % des 18-24 ans se déclarent concernées. C’est même la catégorie d’âge la plus touchée.

Cette difficulté porte un nom : la précarité menstruelle. Et elle a de nombreuses conséquences : utilisation de protections de fortune (tissus, papier toilette), stress, absences en cours ou au travail les jours de règles… Pour tenter d’y remédier, des initiatives ont émergé ces dernières années, prenant souvent la forme de collectes et de redistributions de protections menstruelles ou de mise à disposition gratuite via des distributeurs en collège, lycée ou à l'université. Ces actions portent toutefois très majoritairement sur des protections jetables, serviettes ou tampons.

L’accès gratuit à des protections menstruelles réutilisables, beaucoup plus chères, reste marginal. Mais, depuis le 1er octobre, une mesure nationale permet désormais de se procurer, en pharmacie, des culottes menstruelles et des cups (aussi appelées coupes menstruelles) remboursées par l’Assurance maladie.

Votée fin 2023, cette disposition se faisait attendre. On fait le point sur les conditions d’accès et de remboursement de ces protections avec Guillemette Bailleul, directrice éducation et formation chez Règles Élémentaires et Yorick Berger, porte-parole de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France.

Culottes menstruelles et cups remboursées : conditions et démarches

Deux protections menstruelles réutilisables par personne, culottes et/ou coupes menstruelles, seront dorénavant remboursées chaque année par l’Assurance maladie et les mutuelles.

Pour bénéficier de cette prise en charge, il faut remplir l’une des conditions suivantes :

  • avoir moins de 26 ans, sans condition de ressources ;
  • être bénéficiaire de la complémentaire santé solidaire, sans condition d’âge.

Aucune ordonnance n’est nécessaire, pas besoin de passer par la case médecin. Il suffit de se rendre en pharmacie, avec sa carte Vitale et sa carte de mutuelle.

L’Assurance maladie prend en charge 60 % du prix de la protection, et la mutuelle, les 40 % restants. Les prix de vente, fixés par arrêté, ne doivent pas dépasser 19 euros pour une culotte menstruelle et 15,80 euros pour une coupe menstruelle.

« L’objectif est que la patiente n’avance aucun frais », explique Yorick Berger, porte-parole de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France. En revanche, les assurées de moins de 26 ans ne disposant pas d’une mutuelle, devront s’acquitter de 40 % du prix de la protection périodique. Pour une culotte menstruelle qui coûte 19 euros, par exemple, cette part revient à 7,60 euros.

Seules certaines protections menstruelles réutilisables, définies par le ministère de la Santé, font partie du dispositif. Matériaux, capacité d’absorption, tolérance, durabilité : pour figurer sur cette liste, elles doivent répondre à un cahier des charges très précis. Les achats de protections qui ne figurent pas parmi les références éligibles ou qui sont effectués ailleurs qu’en pharmacie (en ligne, en supermarché, etc.) sont exclus du dispositif.

Les pharmacies pourront vérifier, à partir de la carte Vitale, le nombre de protections déjà perçues par les bénéficiaires pour respecter le quota annuel. La période de douze mois débute à la date du premier achat.

Focus

Où trouver des protections menstruelles gratuites ?

L'application Reglà, créée par l'association Règles Élémentaires, recense les lieux mettant à disposition des protections menstruelles gratuites. Elle fonctionne sur le mode collaboratif et est accessible gratuitement.

Précarité menstruelle : les limites du remboursement des protections réutilisables

« Le déploiement de la mesure a pris un peu de retard », admet Yorick Berger. Les textes officiels précisant les prix et les modalités de prise en charge ayant été publiés cet été, un certain nombre d’officines ont tardé à passer commande auprès des fabricants. 

Résultat : au 1er octobre, le dispositif n’était pas encore opérationnel dans plusieurs pharmacies volontaires. Celles qui l’avaient déjà mis en place ont, pour beaucoup, rapidement épuisé leurs stocks. « Actuellement, on trouve encore des culottes et des coupes menstruelles dans certaines pharmacies, mais pas partout, indique le professionnel. Les officines devraient être réapprovisionnées autour du 15 novembre. »

Règles Élémentaires, une association qui œuvre en faveur de l’égalité menstruelle, se réjouit de cette mesure tout en restant attentive à sa mise en œuvre. « C’est une énorme avancée, estime Guillemette Bailleul, directrice éducation et formation, même si deux protections menstruelles réutilisables ne couvrent pas tous les besoins et que ce type de protection ne convient pas forcément à tout le monde. » 

Elle salue également l’effort sur leur composition. « Dans certaines culottes menstruelles, on retrouve des PFAS (des polluants nocifs), mais celles proposées dans le dispositif sont assez propres ». 

Néanmoins, la mesure suscite des interrogations, notamment à propos de l’accompagnement des bénéficiaires par les pharmaciens. Ces derniers ne reçoivent pas de formation spécifique pour informer sur l’utilisation des culottes et des coupes menstruelles. 

« En matière de précarité menstruelle, le manque d’information sur l’utilisation des protections menstruelles est tout aussi problématique que les difficultés à se les procurer », souligne Guillemette Bailleul. Il faut s’assurer que ces protections sont bien utilisées et bien entretenues. Or, toute protection menstruelle interne mal utilisée peut entraîner un syndrome de choc toxique menstruel. « La cup est relativement récente, pas facile à utiliser, il faut la changer toutes les quatre à six heures et bien la stériliser », rappelle-t-elle.

« À quel point les pharmaciens vont endosser ce rôle d’information ? À quel point la notice fournie avec le produit sera efficace ?, s’interroge-t-elle. Il y a vraiment des enjeux sanitaires autour d’une éventuelle mauvaise utilisation de ces produits. »

La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France a communiqué à ses adhérents des lettres-infos abordant tous les aspects techniques, selon Yorick Berger. « Les pharmaciens sont prêts. Nous sommes formés et habitués à prendre en charge les patients, c’est l’une des bases de notre métier ».

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