Crise du logement

Logement étudiant : « J’ai envoyé plus d’une centaine de demandes, pour ne décrocher que cinq visites ! »

Perrine Basset Fériot
Publié le 07-09-2026

En bref

  • En pleine rentrée, de nombreux étudiants sont encore sans logement, malgré des recherches entamées dès l’été.
  • Dossiers refusés, loyers exorbitants, méconnaissance des démarches... La quête d’un appartement devient un parcours du combattant pour les néo-bacheliers comme pour les étudiants en master.
  • De Bayonne à Paris, Timothée, Grace et Achille ont parfois dû revoir leurs ambitions à la baisse.
Face à la crise du logement, les étudiants vivent une rentrée sous pression.
Face à la crise du logement, les étudiants vivent une rentrée sous pression. Crédit : Canva

Rentrée universitaire : la course au logement étudiant

À quelques jours seulement de sa rentrée universitaire, Timothée fait partie des nombreux étudiants à se retrouver sans logement en septembre. Sa quête a pourtant commencé au début de l’été. Mi-juillet, les résultats de Parcoursup tombent. Ils sont sans appel pour le jeune Toulousain, dont un seul vœu a été accepté : BUT techniques de commercialisation, à l’IUT de Bayonne (64). 

Après avoir convaincu ses parents que ce vœu lui correspondait, Timothée se lance à la recherche d’un appartement. Le novice passe son été à scroller sur le site Le Bon Coin, intègre des groupes Facebook et réussit à décrocher, au compte-gouttes, quelques visites. 

À chaque fois, les retours s’avèrent négatifs : « Mon dossier n’est pas assez solide face à la concurrence, analyse Timothée. Je ne fais pas d’alternance, mes parents ont des revenus moyens et un budget restreint. » À Bayonne, le nombre d’étudiants est passé de 7 500 à 10 000 en cinq ans. Aujourd’hui, un habitant sur cinq est un étudiant. 

Et la côte basque n’est pas un cas isolé : la crise du logement étudiant touche de nombreuses villes universitaires, avec une tension particulièrement forte à Paris et en région parisienne. En dix ans, le nombre d’étudiants du supérieur a progressé de 23% en France, et de 30% en région parisienne, selon la dernière étude de l’association de consommateurs Que Choisir. 

Débarquée des Sables-d’Olonne (85), Grace a passé sa journée du 26 août à faire des visites. La bachelière a su mi-juillet qu’elle était prise dans une école de danse parisienne. Avec une amie, elle aussi sélectionnée par l’établissement, elle passe son été à éplucher les petites annonces dans l’espoir de trouver une colocation. La perle rare est finalement débusquée via une annonce Facebook, découverte par son père. La visite est conforme, la propriétaire sympa et les anciens locataires pleins d’éloges pour le lieu. 

Le casse-tête de la recherche de logement étudiant

Pour les néo-bacheliers, la période estivale entre le lycée et la première année d’études amène son lot de découvertes. Nouvelle ville, nouveau jargon estudiantin, nouvelles démarches… À 18 ans, Timothée s’est retrouvé pour la première fois à réaliser une recherche de logement : « Je n’avais aucune idée des sites sur lesquels chercher, ni comment m’y prendre. » 

De son côté, Grace a bénéficié des conseils de quelques amis déjà passés par cette étape. « J’ai téléchargé plein d’applications comme Jinka, Leboncoin, SeLoger, et j’ai créé mon dossier sur le site DossierFacile. » En parallèle, les futures colocataires font une demande de garantie Visale, une caution locative gratuite accordée aux moins de 30 ans par Action Logement. 

Au fil de l’été, les deux amies essuient de nombreux refus, recevant en moyenne « deux retours positifs sur une trentaine de candidatures envoyées ». Grace n’avait pas conscience que sa recherche de logement allait être aussi « cardio » : « Une copine m’a conseillé de faire dix candidatures par jour, au minimum ! » Timothée approuve : par manque d’habitude, il a laissé passer une offre d’appartement qu’une connaissance quittait au début de l’été. Une occasion en or pour lui : « Je n’ai pas compris sur le moment qu’il fallait répondre très vite aux offres de logement ! » 

Étudiant en master de philosophie politique à Paris, Achille n’en est pas à sa première recherche de logement. Originaire de Langres, en Haute-Marne (52), le jeune homme passe ses trois années de licence à Niort (79). À l’époque, sa recherche de logement se résumait à « un message, une visite, une réponse positive », en toute simplicité. Lorsque les résultats de Mon Master sont tombés en juin dernier, Achille découvre son acceptation à la Sorbonne. Il se donne un mois pour trouver un appartement, histoire de partir sereinement en vacances. 

L’étudiant tombe des nues lorsque la recherche se corse. La plupart de ses demandes se retrouvent sans réponse, même négative : « J’ai envoyé plus d’une centaine de dossiers pour un logement, pour ne décrocher que cinq visites. » Un propriétaire lui explique qu’il a reçu plus de 100 demandes pour un seul logement.

A Paris, 1 100 € pour 17 m² : un budget étudiant qui explose

La cinquième visite s’avère être la bonne : Achille reçoit une réponse positive pour un appartement dans le 5e arrondissement, au pied du Panthéon. En contrepartie, son futur loyer dépasse le budget initialement prévu : 1 100 euros par mois, pour 17 m². Un loyer étudiant qui pèse lourd dans le budget des jeunes, sachant qu'en moyenne, un studio de 15 m² coûte 984 euros par mois à Paris. 

L’étudiant en master explique ne pas s’être mis de « limites », visitant des logements de 10 m² et certains avec des toilettes sur le palier. Ses parents prennent en charge les frais, et Achille compte sur ses aides au logement pour compenser. Situé juste à côté de sa fac, l’étudiant va économiser un abonnement de transport. 

Grace aussi a dû faire une croix sur ses objectifs : si le budget reste dans les clous – 1 700 euros maximum à diviser avec sa colocataire –, elles ont dû revoir la localisation « à la baisse » : « On avait limité nos recherches à certains arrondissements de Paris, pour rester à côté de notre école. Finalement, on a regardé les offres en banlieue car c’était impossible de trouver. » Leur dévolu s’est jeté sur Arcueil (94). 

Alors que sa rentrée approche, Timothée a comme « plan B » de « squatter le canapé d’une amie », elle aussi à Bayonne. Pour lui, le Crous n’a jamais été une option : sa demande de bourse a été refusée. Et il n’est pas le seul : l’étude montre que seul un étudiant sur dix a accès à une résidence universitaire du Crous en France. 

Au coût du loyer s’ajoutent les nombreux allers-retours que les jeunes ont dû faire tout au long de l’été. Timothée est soutenu par sa mère, avec qui il fait le voyage Toulouse-Bayonne. « Le péage coûte environ 50 euros, auquel on ajoute le prix de l’essence, et parfois une nuit sur place », détaille-t-il. 

Achille a aussi été obligé de se déplacer cinq fois à Paris : « Je faisais huit heures de voyage, seul ou avec ma mère. Une fois, je rentrais chez moi lorsque deux propriétaires m’ont contacté. J’y suis retourné dès le lendemain. » 

Sa rentrée, prévue le 14 septembre, s’annonce plus paisible que prévu. Grace a un petit mois devant elle avant de commencer ses études de danse. Timothée, toujours en recherche, se dit « serein ». Ses parents ? « Beaucoup moins ! »

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