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Blocage des universités : J’ai passé mes partiels chez moi 

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Une salle de cours vide suite aux blocages des universités pour protester contre la loi ORE

Après les blocages des facs par des étudiants et syndicats pour protester contre la réforme de l’université, c’est au tour des partiels d’être boycottés. Face à la situation, certaines universités mettent en place d’autres modes d’évaluation, comme Lyon 2 et Nanterre qui ont annoncé organiser tous leurs examens en ligne. Témoignage de Marion, étudiante en licence à Nanterre.

Cet après-midi Marion, étudiante en troisième année de licence à Nanterre bûche sur une épreuve d’archéologie médiévale. Une note qui comptera pour la validation de son semestre. Jusqu’ici rien d’étonnant pour cette étudiante en double licence histoire de l’art et archéologie/ anthropologie, ce qui l’est plus en revanche c’est que cette fois-ci l’étudiante passe l'examen de chez elle.

"Fin avril voyant que la fac était toujours bloquée et que l’on n’avait pas accès aux locaux j’ai vite compris que les partiels seraient reportés" explique l’étudiante de 21 ans qui ne s'en est pas spécialement inquiétée "je savais que les partiels ne pouvaient pas être supprimés, mais simplement reportés, et que de toute façon les universités avaient un calendrier à tenir". 

Les sujets envoyés par mail aux étudiants

Depuis quelques semaines, une ambiance quelque peu particulière plane sur les établissements mobilisés : "ça a bousculé ma semaine de révision, on ne savait pas si le blocage allait durer ou pas. On recevait les informations au compte-goutte au jour le jour". Toutefois même en l’absence de cours l’étudiante qui ne participe pourtant pas au blocage se rend quotidiennement à l’université : "on retrouvait les professeurs, certains soutenaient le mouvement explique-t-elle on s'installait à l'extérieur et on discutait beaucoup, des cours mais aussi des événements, c’était très riche" . 

En parallèle des réunions s’organisent entre l’administration, les professeurs et les représentants des étudiants pour discuter des modalités d’évaluation à envisager.

"Certains étudiants demandaient la validation automatique du semestre, je ne pense pas que ce soit une bonne idée car ça risque de dévaloriser notre licence" tranche l’étudiante. Quant à la délocalisation de certaines épreuves, Marion était sceptique : "Délocaliser les partiels peut engendrer des dépenses supplémentaires pour les étudiants car les centres d’examen sont parfois éloignés"

Par ailleurs les faits ont montré qu’en délocalisant les partiels hors des campus, les blocages ont aussi suivi. Si à Nantes la salle d’examen de Rezé a été débloquée par les forces de l’ordre lundi dans la matinée et que les partiels sont maintenus, les épreuves que devaient passer une partie des étudiants de Nanterre à la maison des examens d’Arcueil vendredi dernier ont, elles, été annulées. 

Pour contourner les mobilisations, Lyon 2 et Nanterre ont alors récemment annoncé organiser l’ensemble des épreuves restantes, à distance. Avant même que l'annonce ne soit officielle, certains professeurs avaient déjà commencé à envoyer par mail les sujets des Devoirs Maison (DM) à leurs étudiants.

"Ce ne sont pas des examens en carton !"

C’est donc de chez elle que Marion planche sur les épreuves des matières où il lui manque des notes. Une solution qu’approuve l’étudiante : "je trouve que c’est la meilleure formule possible, ça permet à l’ensemble des étudiants qui le souhaitent, même ceux mobilisés, de passer leurs examens".  

Le passage d’examen à distance qui était surtout pensé par les universités comme un moyen de contourner les mobilisations étudiantes, semblent recueillir d’autres avantages pour l’étudiante. "Je suis de nature stressée, en devoir sur table je peux paniquer là ça permet de prendre le temps, de bien réfléchir à la tournure de ses phrases et de tenir des propos plus construits" remarque-t-elle.

"Je ne trouve pas que les examens à distance aient moins de valeur qu’un devoir sur table, au contraire" souligne l’étudiante. Rappelons que les devoirs sur les examens à distance n’ont rien de révolutionnaires, ils font partie avec les devoirs sur tables, les oraux et le contrôle continu des modalités d’évaluations prévues dans les textes. 

" D’habitude en partiel sur table on a souvent des questions de cours, là en DM on nous demande une vraie réflexion sur un sujet. Ça change et ça fait du bien, on nous demande de mener une vraie argumentation indique Marion. L’inconvénient c’est qu’au lieu de me prendre deux heures, ça peut me prendre la journée voire plus. Bien que lorsqu'un temps imparti est indiqué, j’essaye de m’y tenir" ajoute-t-elle.

Quant à la possibilité de « tricher », Marion est formelle, avoir les cours sous la main ne fait pas tout puisque "les devoirs sur table avec accès au cours existent". Pour ce qui est du plagiat ou de la possibilité de se faire aider par quelqu’un, Marion n’en voit pas non plus le risque pensant de toute façon que "les professeurs s’en rendraient vite compte".

"Ça me désole quand j’entends que ce sont des examens en carton ou que nous arriverons sur le marché du travail sans connaissances, nos études ne se base pas que sur un semestre.  Avant les blocages on a quand même travaillé pendant dix semaines" conclut-elle plutôt sereine.


 

Laura El Feky © CIDJ
Article créé le 15-05-2018 / mis à jour le 17/05/2018