Du pari à la publication d’un livre Adieu TGV Max : ce que 10 ans de voyages en train ont changé dans leur vie
En bref
- Pendant près de 10 ans, Arthur Guillaumot et Clément Morlé ont parcouru la France en train grâce à leur abonnement TGV Max.
- À l'approche de la fin de leur forfait, les deux amis se sont lancé le pari de raconter, dans un livre, ce que ces voyages en train ont changé à leur vie.
- De passage à la gare de Lyon, à Paris, ils retracent l'histoire d'un simple défi devenu un livre.
Sillonner la France en train
Tout part d’un pari. Un « cap ou pas cap », qui aurait pu rester une blague. Tout s’est pourtant conclu par la publication d’un livre illustré… et par un tatouage commun. À l’aube de leurs 28 ans, Arthur Guillaumot et Clément Morlé ont vu défiler les dix dernières années devant leurs yeux.
Partenaires au travail - ils sont journaliste et illustrateur du média Première Pluie -, comme dans la vie - ils sont colocataires -, leur futur anniversaire, à quelques semaines d'écart, marquait la fin de leur abonnement TGV Max. L’abonnement, appelé aujourd’hui « Max Jeune », permet aux 16-27 ans (révolus) d’accéder, pour 79 euros par mois, à des voyages « gratuits ».
Depuis 2017, année de création du forfait par la SNCF, Arthur, a parcouru, usé, épuisé les rails de chemin de fer, partout en France. Jeune bachelier, il a rejoint la capitale pour y suivre ses études. Ses parents lui financent alors l’abonnement de train, pour qu’il puisse rentrer les week-ends.
Clément, convaincu quelques années plus tard par Arthur de sauter le pas, s’autofinance en « cassant sa tirelire ». « Ce forfait m'a permis de voir ma famille, mes potes, mes amours, résume le jeune homme, dans un sourire. On a pu plus facilement rendre visite à des proches qu’on n’a pas vus depuis longtemps, assister à un concert dans une autre ville, aller voir une expo, garder contact ».
La fin de leur forfait approchant, Arthur et Clément décident de rendre hommage à ces années où ils ont sillonné la France avec une « tournée d’adieu » : « On voulait se poser dans des cafés de France et prendre le temps de parler de ces années, de ces villes, de ces rencontres ».
Nancy, Marseille, Lyon, Lille, Toulouse… Dix villes, parcourues pendant un mois, racontées en 155 pages. Et un tatouage amateur de leur numéro d’abonné sur la cuisse, fait maison.
Arrêter l'école pour travailler dans le train
Rencontrés le 2 juillet, à la volée entre un rendez-vous professionnel et une soirée de lancement dans une librairie parisienne, les co-auteurs ne pouvaient être interviewés ailleurs que dans une gare. Le dévolu est jeté sur la gare de Lyon. Si elle n’est pas leur gare de cœur – ils vivent à Nancy, la gare de l’Est est devenue « une personne de la famille » -, elle garde une place particulière : « C’est un lieu qu’on aime bien car cela veut dire qu’on va à Marseille, dans le sud ! »
L’un, Clément, aime arriver tôt en station. L’autre, Arthur, mise sur les quelques minutes d’avance de sa montre pour ne pas rater ses correspondances. Pour les deux, Paris est davantage devenue une escale qu’un point de chute.
Les auteurs l’affirment : vivre à Nancy, dont ils ne sont pas originaires, n’aurait pas été possible sans TGV Max. L’arrivée du forfait dans la vie d’Arthur coïncide avec le lancement de son média, Première Pluie, avec quatre autres amis. D’abord site internet, puis aussi magazine papier, Première Pluie se définit comme « une plateforme destinée à abriter les travaux de jeunes journalistes et artistes ». Arthur en est aujourd’hui le directeur de la rédaction, Clément l’illustrateur.
Leur livre, publié aux « Première Pluie édition », n’est que le fruit d’un nouveau projet, aux côtés de la production d’un podcast, d'un court-métrage, de fabrication de vêtements… En dix années, les idées ont fusé au rythme des trains empruntés : « Le train est devenu mon bureau, j’y travaille mieux que chez moi », explique Clément.
Dix années durant lesquelles Arthur ne s’est pas « arrêté de travailler ». Quitte à prendre quatre TGV dans la même journée, pour « faire du journalisme un peu partout en France ».
Les deux amis en sont persuadés : TGV Max a « changé leur vie », et celles d’une partie de leur génération. L’un, comme l’autre, n’ont pas terminé leurs études. Avec des yeux rieurs, Arthur estime qu’il a « arrêté l’école grâce à TGV Max ».
Et maintenant ? Pas de reprise d’études en vue, mais beaucoup de trajets en TER, glisse Clément. Une « impression d’être à la retraire » pour Arthur, bien que son rythme de vie ne se bride pas pour autant. Le seul changement ? Il arrive en avance à la gare.