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Auto-écoles en ligne : le permis de conduire à moins de 800 € ?

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Auto-écoles en ligne : le permis de conduire à moins de 800 € ?

C’est l’été, vous songez à passer le permis de conduire ? Vous n’êtes pas sans savoir que des auto-écoles digitalisées se développent depuis quelques années en France. Que proposent-elles ? On a défriché le terrain pour vous !

Depuis quelques années, la réglementation en matière de permis de conduire a évolué. Les délais d’attente pour passer les examens du code et de la conduite ont été considérablement réduits et le statut de candidat libre revalorisé, mettant à mal le monopole des auto-écoles classiques. Ainsi, des auto-écoles d’un nouveau genre ont investi le marché. Exit les séances de code en salle à des horaires contraignants, les cours de conduite en stand by durant les vacances ou les stages à l’autre bout de la France... Misant sur la dématérialisation, ces auto-écoles en ligne ont en commun de proposer un « parcours code » entièrement digitalisé, en revanche, elles se différencient sur le statut de l’élève et celui de l’enseignant de la conduite. Les plateformes numériques comme En voiture Simone, Ornikar ou Le Permis libre mettent en relation des élèves au statut de candidat libre avec des enseignants indépendants partenaires. Revendiquant un modèle intermédiaire, Auto-école.net a choisi d’avoir des enseignants salariés qui présentent les candidats à l’examen lorsqu’ils les estiment prêts. Toujours est-il que ces auto-écoles commencent à grappiller une part des 1,5 million candidats au permis chaque année. Juliana, 19 ans, tout juste diplômée en DUT dans le domaine du commerce, a choisi cette alternative « par manque de temps et de moyens ». Car c’est aussi sur les tarifs pratiqués que se distinguent ces auto-écoles en ligne.

Le permis à moins de 800 €

Selon une enquête de l’UFC-Que choisir*, le coût moyen national du permis de conduire s’élève à 1 804 €. L’association de défense des consommateurs souligne toutefois des disparités sur le territoire national, parfois très prononcées. « Tous les jeunes ne peuvent pas débourser une telle somme », déclare Edouard Rudolf, cofondateur de la start up En voiture Simone. Ces auto-écoles revendiquent de diviser les coûts par deux. Elles pratiquent des tarifs défiant toute concurrence : le pack de base (code + 20 h de conduite) est affiché entre 749 et 790 €, et l’heure à l’unité, entre 34,50 et 39,90 €. Ce qui laisse une marge aux apprentis conducteurs pour prendre des heures de conduite supplémentaires, car ils ont en moyenne besoin de 15 heures de plus avant de se présenter à l’examen d’après une estimation de l’UFC-Que Choisir. Mais il n’y a pas que le coût qui constitue un frein au permis de conduire. Les auto-écoles traditionnelles peinent à se mettre à la page en ce qui concerne les usages actuels. Beaucoup de candidats qui s’inscrivent sont digital native, une génération connectée et mobile avec des modes de consommation qui ne sont plus les mêmes qu’il y a 20 ans.

Flexibilité pour apprendre le code

L’un des arguments mis en avant par ces auto-écoles en ligne c’est la flexibilité. Vous pouvez accéder aux contenus de préparation au code quand vous voulez, sur ordinateur, tablette ou smartphone. Ornikar, Le Permis libre et Auto-école.net ont élaboré leurs propres outils pédagogiques (tests, examens blancs…) avec des experts, à partir des thèmes officiels définis par la Sécurité routière. En voiture Simone a noué un partenariat avec Codes Rousseau. Ayant « entendu parler de Ornikar dans son entourage », Juliana a vu « les avis positifs » et s’est inscrite. « Je me suis entraînée pendant un mois et demi/deux mois avant de passer l’examen du code. Au début je faisais 2 à 3 séries par jour pendant un mois puis environ 5 chaque jour pendant 2 semaines, et la dernière semaine, presque 10 séries par jour ». Ne pas devoir se déplacer à l’auto-école, en conciliant emploi du temps personnel et heures d’ouverture, fait que les élèves peuvent réviser plus souvent les cours de codes analyse Edouard Rudolf. Ce qui explique d’après lui les bons résultats de sa plateforme à l’examen théorique. Les élèves ne seraient donc pas pénalisés dans la préparation au code par rapport à une auto-école classique. Les plateformes promettent d’ailleurs de répondre aux questions des clients sur le contenu pédagogique par mail, par chat, sur les réseaux sociaux. « Je n'avais pas spécialement besoin d'être accompagnée, mais on peut avoir un chat sur Facebook si on en a besoin, sinon on est vraiment autonome. Durant l’entraînement au code, on peut poser des questions et les réponses sont rapides et complètes en 24 heures environ par mail », confirme Juliana.

Des cours de conduite même loin de chez soi

Son code obtenu au premier passage, Juliana a décidé de changer d’auto-école en ligne car elle bénéficie d’un coupon de réduction pour une autre. Il faut dire que les plateformes en ligne proposent leurs prestations à la carte, on peut tout à fait s’inscrire uniquement au code et/ou à la conduite et/ou prendre des heures de conduite complémentaires si on est inscrit dans une auto-école classique. Pour préparer la conduite, Juliana s’est inscrite sur Auto-école.net. Cette auto-école a la particularité de disposer de 25 agences dans toute la France. Son directeur général, Benoît Storelli, tient à se démarquer des plateformes en ligne : « Nous souhaitons garder la main sur la pédagogie avec des enseignants salariés que l’on forme et qui bénéficient de la formation continue. C’est aussi pour cela que nous ne présentons pas de candidat libre pour l’instant ». Pour veiller à la pédagogie des moniteurs indépendants et à la qualité de l’apprentissage de leurs élèves, les plateformes en ligne demandent aux apprentis conducteurs d’évaluer l’enseignant avec une note sur 5 étoiles. « Les enseignants qui travaillent avec nous sont passionnés par leur métier et apprécient le fonctionnement et la flexibilité que leur apporte notre plateforme. Notre service client assure aussi un rôle de suivi des candidats en parallèle de leur formation pratique », précise Romain Durand qui a cofondé et dirige Le Permis libre. Toutefois, « le moniteur indépendant a plus de pression qu’un moniteur en auto-école classique : il achète son propre véhicule et s’acquitte de l’assurance, ce qui pourrait le pousser à faire plus d’heures pour rembourser ces frais », souligne Morgan Bourven, journaliste au magazine Que choisir. L’élève peut changer de moniteur si besoin, ces 4 auto-écoles permettant de réserver en ligne les heures de conduite et de choisir un moniteur, ce dans plusieurs villes de France. « Ainsi, en vacances ou en stage dans une autre région, l’élève a la possibilité de prendre un cours de conduite », indique Benoît Storelli.

Candidat libre au permis

« Les auto-écoles devraient être des organismes de formation et non de présentation à l’examen. Nos élèves sont candidats libres, ce qui signifie qu’ils s’inscrivent à l’examen du code et à l’examen de la conduite lorsqu’ils se sentent prêts », défend Benjamin Gaignault, cofondateur de la plateforme en ligne Ornikar. La réforme du permis de conduire a réduit le délai pour un premier passage à l’épreuve pratique en tant que candidat libre à 2 mois. Attention, dans les faits, ce délai peut augmenter en fonction de l’affluence selon les départements. Pour le code, il est possible d’obtenir une date en 48 heures dans l’un des centres agréés comme La Poste (30 € le passage). Pour disposer de l’autonomie du candidat libre, l’élève doit faire une demande de numéro d’enregistrement préfectoral harmonisé (NEPH) sur le site de l'Agence nationale des titres sécurisés. Il peut se passer d’auto-école pour préparer les deux examens : c’est un peu compliqué car il faut trouver un accompagnateur et un véhicule adapté pour effectuer les 20 heures minimales de conduite exigées. Ou il peut opter pour une plateforme en ligne qui va l’accompagner pas à pas dans ses démarches administratives, tout en préservant son autonomie de décision.

Vers la fin des auto-écoles classiques ?

Les auto-écoles en ligne présentent un intérêt pour les candidats au permis. Mais il faut être vigilant sur certains points. « Quel que soit le type d’auto-école, il faut vérifier si elle a souscrit une assurance, c’est la seule manière de s’assurer de récupérer son argent en cas de faillite », prévient Morgan Bourven. Par ailleurs, il faut être attentif aux conditions générales de vente qui peuvent introduire une limite de validité dans le contrat, c’est-à-dire couper l’accès aux prestations même si celles-ci n’ont pas été utilisées par l’élève.
Le tout-en-ligne implique un accès à Internet, ce qui n’est pas forcément évident pour tous les candidats en fonction de leurs ressources ou de leur lieu d’habitation. « Je ne pense pas que ce soit la fin des auto-écoles physiques, il y a des personnes qui en ont besoin, mais les méthodes doivent évoluer », affirme Romain Durand. Comme les usages évoluent très vite à mesure que la technologie avance, ces auto-écoles tablent sur l’innovation. Le Permis libre souhaite mettre en place un parcours personnalisé avec des tests de code qui se calent sur le niveau de l’élève en fonction de ses points forts et ses points faibles. En voiture Simone va proposer son application dès septembre et Auto-école.net travaille sur un projet de coach virtuel.


*Enquête UFC-Que choisir, 2016

Odile Gnanapregassame © CIDJ - 08/08/2018

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