Vrai ou faux ? Fake news : comment déjouer les pièges de la désinformation

Perrine Basset Fériot
Publié le 07-07-2026

En bref

  • Les fausses informations circulent aussi vite que les vraies, en exploitant nos émotions et nos biais, notamment sur les réseaux sociaux.
  • Face à ce brouillage des repères, notamment chez les jeunes, des réflexes simples permettent de prendre du recul et de mieux décrypter l’information.
  • Dans le cadre d’une conférence organisée par le ministère de la Jeunesse, de l’Education populaire et de la Vie associative, en partenariat avec le CIDJ, Isabelle Wirth, journaliste à l’AFP, Dahvia Ouadia, rédactrice en chef du CIDJ, Edouard Dambrine du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et Anna Baldy, créatrice de contenus, ont débattu de cette question.
Conférence sur la désinformation du CIDJ
La table ronde « Info, Infox, Influence ? Désinformation et surinformation : comprendre les mécanismes pour mieux s'en protéger », a réuni plusieurs acteurs du monde des médias et de l'influence. Crédit : Perrine Basset Fériot - CIDJ
La conférence a été animée par Eloise Sicre, cofondatrice de l'application Pol, qui permet à chaque citoyen de s'informer quotidiennement sur les textes étudiés à l'Assemblée nationale. Crédit : Ministère de la Jeunesse, de l’Education populaire et de la Vie associative

Quand les fausses informations jouent avec nos émotions

Une fake news est définie comme « une information délibérément fausse ou trompeuse diffusée comme si elle était vraie », dans l'objectif de manipuler ou de nuire. En ligne, une information, vraie comme fausse, circule de la même manière. 

La viralité des fake news est même amplifiée par les plateformes, notamment les réseaux sociaux, qui favorisent les réactions rapides des utilisateurs (likes, repartages...). Face à cette mécanique, des médias développent des outils de fact-checking avec des journalistes spécialisés dont l’objectif est de vérifier l’information, hors ligne comme en ligne, et de débusquer les fausses informations. 

Mais pourquoi sommes-nous si sensibles aux fake news ? Pour Isabelle Wirth, journaliste à l'AFP, qu’elles nous émeuvent ou qu’elles nous effraient, les fake news se fondent sur un même ressort : les émotions. En ligne, la place de nos émotions est modifiée : notre attention se porte davantage sur des sujets d’actualité clivants, qui interrogent notre société. 

Les fausses informations jouent aussi sur la méconnaissance des utilisateurs. De même, elles reposent sur des faits difficilement vérifiables ou approximatifs. Sur les réseaux sociaux, les montages vidéo exploitent les émotions pour capter l’attention dès les premières secondes.

En témoigne un post viral datant de 2020, montrant un orang-outan tentant d’aider un homme coincé dans un fossé. « Beaucoup ont pensé que cette image était la preuve de la générosité de l’animal. Or, l’homme n’était pas en danger : il nettoyait seulement le parc et l’animal a tendu la main pour demander de la nourriture », rappelle la journaliste de l'AFP.  

 Même procédé avec une vidéo de fruits colorés artificiellement, partagée dans de nombreux pays, qui remet au centre du débat la qualité de notre alimentation. Or, cette vidéo a été générée avec l’intelligence artificielle

Cinq réflexes pour exercer notre esprit critique

Pour éviter de tomber dans le piège des fake news, des gestes simples peuvent être adoptés. « En exerçant son esprit critique, on peut prendre du recul par rapport aux informations qu’on reçoit », explique Dahvia Ouadia, rédactrice en chef du CIDJ. 

Lors de la réception d’une information, la journaliste conseille de prendre quelques secondes pour interroger la véracité des faits, avant même de les repartager. 

Le deuxième geste concerne la provenance de l’information : « Il faut toujours identifier qui parle : est-ce un expert, un média, une source anonyme ? Est-ce une information originale ou relayée ? » Une information fiable doit pouvoir être contextualisée : elle comporte une date, un lieu précis, des éléments vérifiables. 

Troisièmement, il est essentiel de distinguer les faits des opinions ou des interprétations : « En se posant ces questions, on évite de tomber dans le piège de la manipulation, qui joue sur la confusion entre ces trois éléments ». 

Il faut aussi interroger le contexte derrière une publication : une image, une vidéo ou une citation, même réelles, deviennent trompeuses lorsqu’elles sont sorties de leur contexte. Et aujourd'hui, avec la diffusion massive de contenus générés par intelligence artificielle, une image ou une vidéo ne peuvent plus être considérées comme des preuves irréfutables. La rédactrice en chef cite comme exemples les photos créées par des IA devenues virales du pape François en doudoune Balenciaga ou celles d’Emmanuel Macron en éboueur. 

Enfin, la cinquième astuce, « sûrement la plus difficile », consiste à lutter contre nos propres biais de confirmation. « Lorsqu’une information va dans notre sens, on a tendance à la croire plus facilement », estime la rédactrice en chef. Concrètement, il s’agit de questionner toutes les informations, même celles qui confirment nos opinions. À force de pratiquer ces réflexes, la vérification devient une habitude.

Le rôle des influenceurs dans la désinformation

Ce réflexe d'interroger ce qu'on voit ou lit devient essentiel avec l'essor des réseaux sociaux où coexistent des contenus d'information, de divertissement mais aussi des fake news. Un environnement qui crée la confusion, notamment auprès des jeunes. Si, d’après le sondage réalisé par l’association e-Enfance, 73 % des jeunes déclarent repérer régulièrement des fake news, huit jeunes sur dix disent ne plus savoir à qui faire confiance. À la question « Faites-vous confiance aux influenceurs », les avis sont mitigés. 

Or, en 2026, 69 % des 16-18 ans déclarent que les réseaux sociaux sont leur premier canal d’information. Dans ce contexte, la responsabilité des créateurs de contenus devient importante. Anna Baldy, connue sous le pseudo de « Grande bavardeuse », affirme qu’elle ne publie aucune information sans en avoir vérifié l’origine, « en croisant les sources académiques et journalistiques. » 

Elle reconnaît aussi que les créateurs de contenus souffrent d’une réputation de mal traiter l’information, parfois « à juste titre ». D’après elle, les fake news peuvent être relayées par ses pairs de manière « intentionnelle » ou en raison du manque de moyens de vérification des faits. 

En plus de la place des créateurs de contenus, Anna Baldy interroge la responsabilité des plateformes ainsi que le mode de rémunération actuel : « Il n’y a pas de secret : plus vous faites des vues, plus vous êtes payés. Les plateformes pourraient mettre en place un accompagnement des créateurs souhaitant être dans une bonne démarche de production d’une information vérifiée. » En attendant une prise de conscience des plateformes, exercer notre esprit critique est primordial !

Focus

Faut-il sanctionner la diffusion des fake news ?

Eloïse Sicre et Eloi Ardail, à l’origine de Pol, une application qui offre à chaque citoyen la possibilité de suivre au quotidien les textes examinés à l’Assemblée nationale, ont interrogé leurs utilisateurs sur leur rapport aux fake news. 

Environ 6 000 utilisateurs ont répondu à trois grandes questions :

  • 92% des 18-24 ans se disent favorables à la mise en place de sanctions envers les journalistes et youtubeurs qui diffuseraient des contenus « faux ou manipulés ».
  • Près de 80 % des 18-24 ans estiment que la création d'un « nutri-score de l’information » serait une bonne idée. 
  • Enfin, 55 % des répondants étaient favorables à la lever de l’anonymat en ligne. 

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