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Une réforme de la terminale bac pro qui ne fait pas l’unanimité

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Une réforme de la terminale bac pro qui ne fait pas l’unanimité

La ministre déléguée à l’enseignement et à la formation professionnelle avait annoncé en mai 2023 une future réforme des lycées professionnels. Carole Grandjean dévoile cet automne une nouvelle organisation de la terminale bac pro qui crée déjà la polémique. Au programme : un parcours modulable en fonction des projets des élèves et l’accent mis sur l’acquisition des fondamentaux. 

Un même volume d’enseignement découpé différemment

Ce n’est pas une révolution, mais une évolution substantielle de l’année de terminale bac pro. Ainsi, pour la rentrée 2024, les 34 semaines d’enseignements changent de tempo. Il faudra désormais compter sur un tronc commun de 30 semaines découpées en 22 semaines de cours (au lieu de 26 aujourd’hui) et sur 6 semaines de PFMP - période de formation en milieu professionnel (au lieu de 8 aujourd’hui). Les 6 dernières semaines de l’année resteront à la carte. « Nous voulons proposer aux élèves des parcours différenciés selon leur projet : un stage de 6 semaines s’ils souhaitent s’insérer dans l’emploi, ou une préparation à la poursuite d’études centrée sur les matières fondamentales, la méthodologie et l’autonomie », a précisé Carole Grandjean dans un entretien au Monde. Le dispositif sera flexible et les élèves pourront changer d’avis durant ces 6 semaines. À noter que plupart des épreuves du bac pro seront avancées en mai et que la présentation du chef d'oeuvre deviendra un oral de projet. Et pour lutter contre l’absentéisme, les élèves n’auront pas connaissance de leurs notes et deux épreuves seront maintenues en juin (épreuve de Prévention Santé Environnement, oral du chef-d’œuvre/projet). 

Plus de matières générales au programme des bacs pro

La présentation du chef-d’œuvre est maintenue, mais son contour comme son nom évolue. Renommé oral de projet, il pourra toujours être consacré à la présentation d’un chef-d’œuvre ou centré sur les projets de l’élève. Pour la ministre, il est important de maintenir cette épreuve pour développer la confiance en soi et des compétences transverses. À moyens constants, les enseignements généraux seront renforcés pour tous les élèves. Ces heures seront « gagnées » sur les enseignements non disciplinaires (le chef-d’œuvre par exemple), la co-intervention (enseignements associant un enseignement général ou professionnel) ou l’aide personnalisée. 
Avec cette réorganisation horaire, « les élèves de terminale bénéficieront d’au moins 10% de matières générales en plus, quel que soit leur choix d’orientation après le bac » assure Carole Grandjean. Une précision qui ne calme pas la grogne sur le front syndical. En effet, l’intersyndicale voie pro pointe « une dégradation brutale et scandaleuse de l’année de terminale » et un calendrier trop contraint avec une mise en œuvre dès l’année prochaine.

Embouteillages pour les demandes de stages 

Premier point d’achoppement et non des moindres : cette réorganisation entraînera pour tous les élèves la suppression de 4 semaines de cours que ce soit des enseignements généraux ou professionnels. «Inacceptable quand nos élèves ont besoin de plus et mieux d’école » vitupère l’intersyndicale. Autre grief pointé par les syndicats : en fin d’année, les élèves de bac pro seront en stage en même temps que les secondes GT soit près d’un million d’élèves en recherche d’une entreprise d’accueil pour la même période. Cette concurrence permettra-t-elle de trouver des stages de qualité ? Rappelons que pour les lycéens de la voie pro, ces périodes en entreprise sont fondamentales (acquisition de savoir-faire, acquisition de savoir-être, constitution d’un réseau, recommandation pour la suite de leur parcours professionnel). Elles doivent donc être pertinentes au regard de la formation suivie, dûment encadrées, surtout qu’elles sont relativement courtes et débouchent sur la vie active. 

Un front syndical des enseignants vent debout 

Les enseignants mettent en avant également le risque d’absentéisme (les 6 dernières semaines de cours et de stages ne sont pas comptabilisées dans la note finale), l’iniquité des parcours (temps de révision supplémentaire pour ceux qui choisiront la poursuite d’études), les sirènes de l’argent (depuis la rentrée 2023, les PFMP sont rémunérées) qui pourraient biaiser les choix de parcours. Sur toutes ces questions et sur d’autres (refonte de l’offre de formation notamment), les échanges se poursuivent… sans succès. Mercredi 29 novembre, les syndicats enseignants et la FCPE ont claqué la porte de la commission spécialisée des lycées. Alors que les textes devraient être adoptés par le Conseil supérieur de l’Éducation le 14 décembre, l’intersyndicale voie pro appelle à la grève le 12 décembre.

Josée Lesparre © CIDJ
Actu mise à jour le 05-12-2023 / créée le 05-12-2023

Crédit photo : Raman1100 - Pixabay