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Congé menstruel : après l’Espagne, la France ?

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Congé menstruel : après l’Espagne, la France ?

Alors non, la question n’est pas encore à l’étude en France. Mais peut-être que l’exemple de l’Espagne - qui s’apprête à adopter un congé menstruel pris en charge par l’État - va y contribuer ?

Justice sociale pour les uns, mesure discriminatoire pour d’autres… Une certitude, le congé menstruel ne laisse personne indifférent. Ce qui ravive le débat actuellement ? L’instauration prochaine d’un congé menstruel jusqu’à 5 jours en Espagne. Dans l’Hexagone, 3 entreprises ont déjà sauté le pas.

Congé menstruel : uniquement en cas de règles douloureuses

Seules les femmes actives souffrant des règles douloureuses sont concernées. En France, c’est le cas de près de 50 % des femmes d’après un sondage Ifop pour iNTIMIMA*, réalisé en 2021. Un taux qui grimpe à 60 % chez les 15-19 ans, dont 20% déclarent avoir des règles très douloureuses. Visiblement pas suffisant pour envisager un congé menstruel à l’échelle nationale. D’abord, cela suppose de définir ce que sont des règles douloureuses. À partir de quel degré de souffrance une femme entrerait-elle dans le cadre de ce congé menstruel ?

Pour couper court à ces difficultés d'appréciation, les entreprises qui ont adopté le congé menstruel en France – La Collective depuis 2021, Louis design et Marédoc depuis 2022 – ne demandent pas de justificatif médical. Il faut dire qu’il s’agit d’un jour par mois. Ces employeurs se targuent de faire confiance à leurs salariées pour ne pas abuser de ce système si elles ne vivent pas des menstruations douloureuses…

Résultat ? Chez Louis design, une seule employée a eu recours au congé. Chez La Collective, qui teste ce dispositif depuis plus d’un an, on semble déchanter. Interrogé par le journal Le Monde, Bruno Salas-Perez, le responsable administratif de la coopérative, déclare « Ça a un coût, c’est une perte de productivité pour nous. Le fait que les douleurs que la salariée déclare ressentir pendant ses règles ne puissent pas être mesurées ou attestées par un médecin “crée de la suspicion”. » Bon. Cela reste le point de vue d’un dirigeant qui pense productivité.

Le tabou persistant des règles

L’idée de départ était de réintroduire de la justice sociale. Les femmes dont la souffrance durant leurs règles est un frein au travail sont contraintes de piocher dans leurs jours de congés pour s’absenter sans devoir se justifier. Aussi, une salariée au top de sa forme est plus productive que lorsqu’elle est en proie à des souffrances liées aux règles. En cas de recours au congé menstruel, elle doit tout de même prévenir en amont son employeur qui rappelons-le, prend entièrement à sa charge le financement de cette journée.

Chez Louis design, il faut remplir un tableau qui renseigne sur la date de ses prochaines règles en somme… Or, toutes les femmes n’ont pas envie d’en parler au boulot. Dans cette entreprise, on se félicite d’avoir mis en place un « environnement safe » où elles peuvent se sentir à l’aise sur la question. Mais quid de la séparation vie privée et vie professionnelle ? L’entreprise de mobilier éco-responsable toulousaine se donne un an avant d’en tirer des enseignements.

En attendant, le moindre article consacré à ce sujet provoque son lot de commentaires. De la part d’hommes comme de femmes. Parmi elles, certaines estiment que le congé menstruel constitue une avancée majeure pour le droit des femmes. D’autres, au contraire, mettent en avant un possible risque de discrimination à l’embauche si la mesure était étendue au niveau national. Les femmes ne sont pas épargnées par les commentaires sexistes « pourquoi pas un congé pour aller chez le coiffeur ou faire du shopping ? », peut-on lire en ligne. « Les femmes ont des douleurs durant les règles depuis la nuit des temps »… Bref. Enveloppées dans des représentations sociales liées au genre féminin pleines de préjugés, les règles – et leurs implications – restent taboues.

Pourtant, peu de femmes vivent leurs menstruations de manière complètement sereine. Les douleurs qu’elles provoquent ne doivent pas être normalisées. Elles peuvent indiquer une maladie gynécologique comme l’endométriose. Alors, quel que soit votre âge, une consultation chez un spécialiste s’impose.

* Étude Ifop pour iNTIMINA réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 17 au 28 avril 2021 auprès d’un échantillon de 1 010 femmes, représentatif de la population féminine française âgée de 15 à 49 ans résidant en France métropolitaine.

Lire aussi : Des initiatives pour lutter contre la précarité menstruelle chez les jeunes

La rédaction © CIDJ
Actu mise à jour le 25-05-2022 / créée le 25-05-2022

Crédit photo : Pixabay