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Le Service Civique attire t-il toujours autant les jeunes ?

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Le Service Civique attire t-il toujours autant les jeunes ?

En 2018, le Service Civique fête ses 8 ans. Quel bilan pour ce dispositif qui a attiré plus de 120 000 jeunes en 2017 ?

Le Service Civique a 8 ans ! Cet engagement volontaire ouvert à tous les jeunes de 16 à 25 ans (30 ans pour les personnes en situation de handicap) et sans condition de diplôme a attiré plus de 120 000 jeunes en 2017. En 8 ans, ce dispositif a connu une croissance exponentielle.

Au fil des années, « le Service Civique s’est imposé et a pris de l’ampleur dans la société de manière générale que ce soit chez les jeunes, leur famille, les associations ou encore dans le domaine public » explique Ludovic Abiven, directeur général de l’Agence du Service Civique. Dans son rapport public de février 2018, la cour des comptes rappelle qu’au lancement du Service Civique, il a fallu faire face à une pénurie de missions face à la forte augmentation du nombre de volontaires. Mais aujourd’hui encore, il y a plus de demandes que d’offres et chaque année, le nombre de volontaires augmente. « L’année 2018 se profile très bien » précise Ludovic Abiven. « Sur le mois de janvier 2018, 30% de jeunes supplémentaires étaient en Service Civique par rapport à 2017. Cette année nous pensons accueillir 150 000 jeunes ».

S’engager dans une mission d’intérêt général

Les jeunes sont toujours attirés par le Service Civique parce qu’il répond à un véritable souhait d’engagement. Selon Ludovic Abiven, « aujourd’hui les jeunes ont une volonté de s’engager et sont plus sensibles aux causes d’intérêt général, notamment depuis les attentats de novembre 2015 ».

Conséquence ? Pour le moment, le Service Civique est en croissance permanente. « Il fait consensus et même s’il n’est pas exempt de critiques, il n’a pas d’adversaires directs » assure le directeur général de l’Agence du Service Civique. Pourtant, dans son rapport public, la cour des comptes précise qu’avec la création prochaine du service national universel (SNU), une réflexion devra être menée sur le Service Civique. Pour Ludovic Abiven, ce dispositif est en réalité une forme de SNU de par la loi, « mais il n’a jamais été question de les mettre en concurrence. L’idée est de faire en sorte qu’il y ait une croissance de l’engagement des jeunes ».

Le Service Civique c’est donc être utile aux autres, mais pas seulement. Il est aussi un moyen de se raccrocher à la société. « Le Service Civique intervient souvent à un moment dans la vie des jeunes où ils se posent beaucoup de questions sur leur avenir et leur insertion » explique Ludovic Abiven.

Le Service Civique, comme première expérience

D’après les derniers chiffres clés du Service Civique, 72% des volontaires disent que le dispositif a été utile pour définir leur projet d’avenir qu’il soit citoyen ou professionnel. Selon Ludovic Abiven, « les jeunes se sont emparés du Service Civique si bien que si à l’origine il ne s’agissait que d’un dispositif d’engagement, ils en ont fait aussi un dispositif de première expérience et d’insertion professionnelle ». Pour Fahadi Ahamada, volontaire au sein de la radio du n9euf à Paris, le Service Civique doit être davantage présenté au lycée comme une voie d’orientation. « Je n’aime pas trop ce système de dire puisque tu es en filière générale, tu dois forcément aller en école supérieure et faire de longues études. Parce qu’il n’y a pas que ça. Il existe aussi des formations plus courtes et il y a aussi le volontariat en Service Civique qui est un énorme gain en expérience ».

Le Service Civique semble faire l’unanimité. Selon les chiffres clés du dispositif, 9 volontaires sur 10 se disent satisfaits ou très satisfaits de leur Service Civique et 94% le conseilleraient à leurs amis. Selon Fahadi, « le Service Civique attire beaucoup plus de jeunes aujourd’hui car il est davantage mis en avant. On en parle de plus en plus dans les médias mais aussi à travers les retours d’expérience des volontaires ». Pour la cour des comptes, à l’inverse, même si des travaux ont été menés pour mesurer l’impact du Service Civique sur les volontaires, « il existe peu de données sur ceux qui mettent fin à leur mission en cours de route ».

Des axes d’amélioration encore à trouver

La cour des comptes déplore le fait que l’Etat se soit trop focalisé sur l’aspect quantitatif du dispositif (en voulant le déployer le plus possible) et pas assez sur l’aspect qualitatif. La cour fait remarquer le manque de suivi et de contrôle des organismes d’accueil. « Il est difficile, à l’heure actuelle, de garantir que les missions en cours respectent parfaitement les principes du Service Civique » indique le rapport.

Ainsi, s’agissant du principe de mixité sociale, il y a peu de vue sur son respect. La cour des comptes constate que les personnes issues de milieux défavorisés sont peu représentées dans le nombre de volontaires accueillis ces deux dernières années. Et pourtant, à en croire Ludovic Abiven « rendre le Service Civique accessible à tous les jeunes y compris aux jeunes en difficultés est un véritable axe stratégique pour l’Agence. Souvent les jeunes en difficulté disent que le Service Civique n’est pas fait pour eux parce qu’ils ne sont pas assez bons. Il n’y a pas de raison que les jeunes s’auto-censurent ».

Même combat pour l’accessibilité du Service Civique aux personnes en situation de handicap. « Nous voyons que ça a du mal à décoller » reconnaît le directeur général de l’Agence du Service Civique. « Nous suivons le territoire "Pays de la Loire", très actif sur l’insertion de jeunes en situation de handicap, pour modéliser les bonnes pratiques et fixer ensemble les raisons de ces bons résultats. L’objectif est de mettre en place ces solutions partout en France ».

Dernier point sensible du Service Civique : la rémunération de l’engagement. La cour des comptes préconise dans son rapport d’adapter le niveau de l’indemnité aux conditions matérielles de la mission. Une préconisation rejetée par le ministère de l’éducation nationale qui craint que les organismes proposent des missions avec un gros volume horaire alors que la mission ne nécessiterait pas autant de temps. Pour Lucy, volontaire en service civique au centre Paris anim’ Mathis, « le Service Civique est une belle occasion de se mettre sur un projet et de rencontrer beaucoup de personnes qui veulent s’engager, mais 580 € par mois pour vivre ce n’est pas suffisant pour les jeunes ».

Marine Ilario © CIDJ - 15/06/2018

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