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Emploi des personnes handicapées : où en est-on ?

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Emploi des personnes handicapées : où en est-on ?

C’est la 23e Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées. L’occasion de faire un point sur les avancées en matière d’insertion professionnelle, car il y a du nouveau à partir de janvier 2020.

44 % des recruteurs pensent que les personnes handicapées ont des compétences égales aux autres employés. C’est ce que révèle un sondage réalisé début novembre par l’agence d’intérim Qapa, auprès de 135 000 recruteurs. Mais ce sondage dit aussi que pour 52 % des recruteurs interrogés, une personne handicapée a des compétences inférieures aux autres employés. C’est dire que le handicap dans le monde du travail est source de préjugés tenaces. « Il y a tout un travail à faire pour changer les regards sur le handicap dans l’entreprise notamment au niveau du handicap psychique. Les différences cognitives peuvent être difficiles à appréhender pour les entreprises et elles peuvent aussi faire peur », affirme Hubert de Vaublanc, chargé d’études partenariales à la Direction Régionale Pôle emploi Île-de-France, tout en soulignant que « de nombreuses actions sont menées pour permettre ce changement ».

Emploi des personnes handicapées : de nouvelles mesures

Un certain nombre de mesures récentes ont été mises en place pour favoriser la prise en compte et le recrutement des personnes handicapées avec la loi pour "la liberté de choisir son avenir professionnel », votée en 2018.

En effet, depuis le 1er janvier 2019, toutes les entreprises de plus de 250 salariés ainsi que chaque CFA doivent nommer un référent handicap. Objectif ? Mieux prendre en compte le handicap, mettre en place des mesures compensatoires si nécessaire, inciter les travailleurs ou apprentis à faire part de leur handicap afin de les accompagner. Par ailleurs, les travailleurs bénéficiaires de l'obligation emploi ont droit à une majoration de 300 € pour alimenter leur compte personnel de formation.

À partir du 1er janvier 2020 : les entreprises devront employer de manière directe 6 % de personnes handicapées, jusque-là elles pouvaient palier cette obligation en recourant à la sous-traitance auprès des Esat ou d’entreprises adaptées. Afin d'encourager les entreprises à plus d'ouverture envers les travailleurs en situation de handicap, seront pris en compte dans le calcul des 6 % tous types de postes : stagiaire, alternance, CDD, CDI, etc. Il faudra voir avec le temps si, à terme, la mesure favorise l'embauche en contrat de travail. Dorénavant, toute entreprise, y compris de moins de 20 salariés n'étant pas soumise à l'obligation d'emploi, devra déclarer le nombre de personnes handicapées parmi ses effectifs. Pour l'instant, ce taux de 6 % est conservé, mais il pourra être réévalué tous les cinq ans en fonction de l’évolution de la population française.

De plus, la méthode de calcul du nombre de salariés d'une entreprise a été modifiée. Sera pris en compte le nombre de salariés d'une entité, quel que soit le nombre d'établissement qu'elle possède. Par exemple, une entreprise ayant trois établissements de 12 salariés ne comptait pas comme une entreprise d'au moins 20 salariés. Ce ne sera désormais plus le cas. Elle sera considérée comme une entreprise de 36 salariés et devra donc employer 6 % de personnes handicapées, soit au moins deux personnes.

Enfin, l’expérimentation du CDD Tremplin, lancée en septembre 2018 se poursuit jusqu’en 2022. Ce contrat court de 24 mois permet à des entreprises adaptées de recruter des personnes handicapées en transition professionnelle sans emploi ou risquant de perdre leur emploi en raison de leur handicap.

La qualification des personnes handicapées : un facteur clé pour trouver un emploi

Malgré l’obligation d’emploi, ni le secteur public ni le secteur privé n’atteignent les 6 % de recrutement obligatoire. Le chômage touche deux fois plus les chercheurs d’emploi avec un handicap, ils sont un peu plus de 500 000 inscrits à Pôle emploi. Un chiffre en très légère baisse selon Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées, qui annonce, dans une vidéo publiée en octobre sur le site de la Semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées, que 6 000 personnes de moins sont inscrites en tant que demandeur d’emploi par rapport à la même période l’année dernière. L’un des leviers essentiels pour l’insertion professionnelle et le maintien dans l’emploi reste la qualification. Or, près de la moitié des demandeurs d’emploi bénéficiant d’une RQTH a un niveau d’études n’excédant pas le niveau BEP/CAP. Pour diverses raisons (mobilité géographique réduite, inaccessibilité des locaux...), beaucoup poursuivent difficilement des études longues.

Lire également : Études supérieures et handicap : des étudiants témoignent

L'alternance serait une formule qui permettrait d’allier formation et insertion professionnelle. L’État souhaite en développer l’accès car les jeunes en situation de handicap ne représentent qu’1,3 % des apprentis. Encourager l’alternance, c’est ce que fait déjà le projet Salto. En partenariat avec des Cap emploi, des missions locales, ainsi que des centres de formations, Salto aide depuis des années les candidats en situation de handicap à trouver leur stage ou leur alternance dans l’industrie, dans des entreprises comme Renault ou Thalès. « Salto fait le lien entre les entreprises et les candidats en situation de handicap. Notre CVthèque accueille les CV des candidats qui sont consultés par une vingtaine d’entreprises partenaires. La plupart ont une mission handicap qui prend le relais une fois le candidat recruté », détaille Misbah Manjra, chargée de projet. « Nous accompagnons les personnes qui ont un projet de formation défini et un centre de formation qui les accueille ». Il faut donc avoir pensé et construit son projet professionnel. Ce qui suppose pour les candidats de passer par un processus d’introspection pour savoir ce qu’ils souhaitent et ce dont ils ont besoin.

Accepter son handicap pour construire son projet professionnel

Lina*, actuellement en master 1 en alternance, fait partie des personnes aidées par Salto : « Durant mes études, j’étais dans un cocon, je n’avais pas réfléchi à mon handicap, je n’avais pas conscience des freins que cela pouvait entraîner ». Un évènement familial difficile conduit la jeune femme à consulter un psychologue qui, au fur et à mesure des séances, va aider Lina à comprendre qu’elle n’a pas accepté le handicap qui affecte sa voix. « J’ai commencé à travailler dessus, j’ai progressivement appris à m’exposer plus, à m’exprimer plus. Cela m’a aussi permis d’apprendre à réagir aux réactions des autres lorsque je prends la parole », raconte-t-elle. Par la suite, intégrer une licence professionnelle a permis à la future diplômée de sortir du cocon dans lequel elle était : « ça m’a fait du bien. L’alternance m’a permis de prendre confiance en moi. Depuis que je travaille en entreprise, j’assume de plus en plus ma voix. » Aujourd’hui, l’étudiante travaille encore sur l’acceptation de son handicap. « Il faut aussi apprendre à bien se connaître pour savoir ce qu’on veut ou pas, savoir vers où on va. C’est un long processus. Le but est de faire ce qu’il faut pour se sentir bien ». « Avoir accepté son handicap et se connaître suffisamment permet d’aborder plus sereinement son handicap lors d’un entretien d’embauche », déclare Hubert de Vaublanc. Mais ce n’est parfois pas suffisant. Il est arrivé à Lina qu’un recruteur rencontré sur un salon lui repose les mêmes questions au sujet de son handicap alors qu’elle y a déjà répondu. « Je voyais bien que certains n’étaient pas très rassurés », constate-t-elle.

Quand l’alternance peut constituer un bon moyen d’intégrer une entreprise et augmenter ses chances d’être recrutée pour Lina, se maintenir dans l’emploi s’est révélé très compliqué pour Marie. En poste pendant 8 ans dans une boulangerie auprès de patrons compréhensifs qui ont su intégrer son handicap dans l’entreprise, elle s’est retrouvée sans emploi à la suite d’un changement de propriétaires. La jeune femme a dû faire face au manque de compréhension de son handicap de la part de ses nouveaux patrons. Depuis, elle n'a pas retrouvé d'emploi mais multiplie les démarches. La formation pour devenir hôtesse de caisse qu’elle a pu suivre lui a redonné confiance en elle.

Lire également : Handicap psychique : le difficile parcours de Marie vers l'emploi

Le manque de confiance en soi est sans doute un frein de plus pour retrouver le chemin de l'emploi. Et dans le même temps, intégrer une entreprise permet d'assumer son handicap et de prendre confiance en soi…
 « Il y a beaucoup de ruptures de parcours chez les personnes handicapées, la sécurisation des parcours est la problématique majeure. À ce titre, l'emploi accompagné mis en place par la loi Travail est intéressant car il propose un référent unique pour accompagner les personnes tout au long de leur vie aussi bien sur le plan médico-social que sur le plan professionnel », précise Hubert de Vaublanc. Mise en place l’année dernière pour les personnes bénéficiant de la RQTH à partir de 16 ans, ils n’étaient que 1 019 à bénéficier de ce dispositif fin 2018, dont 60 % faiblement diplômés selon les chiffres du secrétariat d’État chargé des personnes handicapées. Ce dernier projette que ce dispositif profite à 50 000 personnes en 2020, avec une enveloppe dédiée d'un montant de 17 millions d'euros. De son côté, « Pôle emploi va mettre en place progressivement des conseillers qui suivront entre 60 à 70 % de personnes handicapées dans leur recherche d’emploi », annonce Hubert de Vaublanc.

*Le prénom a été modifié

Odile Gnanaprégassame © CIDJ
Actu mise à jour le 18-11-2019 / créée le 18-11-2019

Crédit photo : Pixabay

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