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Licences aménagées : une chance pour réussir son entrée dans les études supérieures

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Licences aménagées : une chance pour réussir son entrée dans les études supérieures

Les étudiants acceptés à l’université en “oui si” via Parcoursup ont débuté, depuis la rentrée de septembre 2018, des cursus aménagés et spécifiques mis en place dans les établissements d’enseignement supérieur

Avec Parcoursup, certains étudiants ont été admis en études supérieures en “oui si”. Cela signifie que ces étudiants ne remplissent pas l’ensemble des attendus de licences pour lesquelles ils ont postulé. Ils sont alors admis mais sous conditions de mise à niveau. Que recoupent ces licences ? Qui sont les étudiants acceptés dans ces formations ? Et permettent-elles une meilleure réussite des étudiants ? Etudiants et responsables de formations dressent un premier bilan.

A chaque établissement, sa licence aménagée

Quand on parle de mise à niveau, difficile de savoir ce que renferme cette notion. Licence en 4 ans ? Moins de cours ou cours de soutien ? Mise en place de tutorats ? En réalité, c’est un peu tout ça à la fois. Chaque université choisit sa propre organisation.

A l’université de Nîmes « on a imaginé un dispositif de renforcement méthodologique principalement » explique Nicolas Leroy, vice-président formation vie étudiante et relations internationales. « Les étudiants suivent des cours de méthodologie universitaire, savoir rédiger, avoir une lecture critique d’un document, … avec des cours où ils sont peu nombreux et bénéficient d’un soutien individualisé ».

A la faculté des sciences économiques, sociales et juridique (FSESJ) de l'Université de Haute-Alsace à Mulhouse, c’est une licence en 4 ans qui est mise en place. « Il s’agit d’un parcours réussite dans lequel se mélangent un aménagement des cours et un suivi personnalisé » détaille Chrystelle Lecoeur, responsable de la licence Droit. « Les étudiants ont la possibilité de suivre un cursus universitaire allégé et de valider les 2 premières années de licence en 3 ans ».

Au sein de la filière Staps de l’université de Nantes, la licence s’effectue en 4 ans. « En 1ere année les étudiants suivent 60% des cours avec, en plus, un accompagnement méthodologique. En 2e année, ils font les 40% restants des cours de 1ere année et une partie des cours de 2e année » explique Benoit Huet, Directeur adjoint chargé des formations.

Toutes les universités n'offrent pas de parcours aménagés pour les “oui si” et certaines en proposent uniquement dans quelques filières, principalement celles en tension (Droit, Psycho et Staps). Pour savoir si un parcours aménagé est proposé dans un établissement, rendez-vous sur Parcoursup dans la rubrique "rechercher une formation". Mais d’après Benoit Huet, « sur Parcoursup, les informations sont souvent trop succinctes. Alors si vous sentez que vous êtes fait pour cette filière malgré vos difficultés, prenez contact avec les facs pour savoir comment s’organise la licence aménagée. Profitez des journées portes ouvertes aussi pour vous renseigner ».

Les licences aménagées amenées à évoluer

Certaines universités testent pour la première fois des systèmes de licences aménagées. Loin d’être figées, elles sont donc amenées à évoluer dans le temps et s’adapter pour répondre au mieux aux attentes et aux besoins des étudiants. A l’université de Nîmes « nous allons conserver le concept que nous avons mis en place parce qu’il semble bien fonctionner, mais nous aimerions le généraliser à l’ensemble de nos licences dès la rentrée de septembre 2019. Nous allons également mener une réflexion sur la mise en place d’une licence en 4 ans pour la rentrée 2020 » indique Nicolas Leroy.

A la FSESJ de Mulhouse, le dispositif existe depuis 10 ans. « Nous maîtrisons le mécanisme et le proposerons aux étudiants admis en “oui si” dès la rentrée prochaine. Mais le système d’une licence en 4 ans ne sera retenu que pour la filière Droit. Dans les autres filières et composantes de l’université, ce sont des licences en 3 ans avec un système de tutorat qui devraient être mises en place » précise Chrystelle Lecœur.

L’université de Nantes souhaite réajuster sa formation et réfléchit à de nouvelles possibilités. A l’étude notamment, un système dans lequel la première année de licence sera validée en 2 ans « avec un accompagnement constant en première et en deuxième année » explique Benoit Huet.

Un parcours difficile à accepter pour les étudiants

Dans ces filières aménagées, pas de profil types, mais une majorité de bacheliers professionnels et technologiques. « Au départ, je n’ai pas compris pourquoi j’étais admis en “oui si”, j’ai vraiment eu du mal à l’accepter » explique Lilian, titulaire d’un bac S au rattrapage et étudiant en première année de psychologie. Pour Bastien Trémolière, responsable de la filière psychologie à l’université de Nîmes, « cette licence aménagée souffre d’une mauvaise réputation auprès des étudiants. Mais nous souhaitons casser cette image. Etre en “oui si” permet de se poser des questions sur son parcours et sur l’adéquation entre ses choix et son profil ». Destiné aux bacheliers en difficulté sur certains attendus de formation, le parcours “oui si” doit être davantage vu comme une chance de poursuivre ses études.

« En début d’année les étudiants prenaient le fait d’être en “oui si” presque comme une punition et se sentaient stigmatisés » constate Nicolas Leroy. Thibault, étudiant en première année de Droit avait peur d’être pointé du doigt et de se sentir jugé par les autres étudiants. « Finalement ils n’étaient même pas au courant qu’il y avait une filière “oui si” à la fac et en plus de ça, cette filière est vraiment utile quand on est en difficulté ».

« Il faut communiquer avec les étudiants et les rencontrer pour leur expliquer les bienfaits des licences aménagées. Ils ne doivent pas le vivre comme un échec mais comme une possibilité de passer le cap de la 1ere année en travaillant à leur rythme » explique Chrystelle Lecoeur. A la faculté de Nîmes, « il y a même un engouement des étudiants en difficulté en licence classique pour intégrer cette licence aménagée » explique Nicolas Leroy. « Ces parcours adaptés permettent de combattre les inégalités entre les bacs. On laisse leur chance à tous ceux qui souhaitent poursuivre leurs études. Il y a une véritable diversification des étudiants à la fac et c’est vraiment une bonne chose. Et plutôt que d’envoyer des étudiants au casse-pipe, autant leur donner les moyens pour réussir ».

Même sentiment pour Benoit Huet pour qui « l’université tend vers des parcours de plus en plus individualisés, une adaptation des études. C’est-à-dire qu’on prend en compte des étudiants qui ont envie de faire des études supérieures mais qui n’ont pas toutes les connaissances pour y arriver. Et même si cela demande beaucoup de temps et de moyens, je pense que le jeu en vaut la chandelle ».

Marine Ilario © CIDJ
Article créé le 03-02-2019 / mis à jour le 04-02-2019