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Les violences sexistes touchent aussi les hommes

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Les violences sexistes touchent aussi les hommes

Dirigé par Eric Debarbieux, un rapport recense les violences subies par les garçons et les filles de l’école à l’âge adulte. Un constat en ressort : les garçons sont aussi victimes de violences à l’école, alors que les femmes sont davantage touchées à l’âge adulte

« Les violences physiques et sexuelles exercées en France, comme partout ailleurs touchent très majoritairement des femmes et ce sont massivement des hommes qui les perpétuent ». Dès les premières lignes, le rapport d’Eric Debarbieux, ex-délégué ministériel à la prévention du harcèlement scolaire, pose le cadre de la situation en France. Publié fin mai, le rapport liste les violences sexistes subies à l’école et les compare à celles subies à l’âge adulte.

Il en ressort un constat assez étonnant : en milieu scolaire, les garçons sont surexposés à la violence physique, verbale, sexuelle et au harcèlement. Alors qu’à l’âge adulte, cette tendance s’inverse et ce sont les femmes qui sont les premières victimes de violences. Pour arriver à ce constat le rapport s’est basé sur plusieurs études pour lesquelles plus de 45 000 jeunes (âgés de 8 à 19 ans) ont été interrogés.

Selon le rapport, la violence, notamment à l’école est principalement liée à des incidents dits "mineurs". C’est-à-dire des violences que l’on pense "banales" voire "normales" et sans gravité (une bagarre entre garçons, un surnom ou des moqueries par exemple). « Les adultes ont tendance à minimiser la portée de ces atteintes » prévient le rapport. « Pour autant ces "micro violences" doivent être prises au sérieux quand elles se répètent ».

Les garçons davantage touchés que les filles à l’école

Entre les coups, les insultes, les moqueries et le rejet, les violences ont de multiples facettes. Les différentes enquêtes menées en milieu scolaire ont démontré que chez les mineurs, les garçons étaient surexposés à toutes ces formes de violences y compris aux violences "sexuelles". En primaire, les garçons sont davantage victimes de coups (67 % contre 45 % pour les filles), d’insultes (65 % contre 55 %) et de menaces (10,4% contre 7,9%). Mais ils sont aussi victimes de violences à caractère sexuel, comme le déshabillage forcé (14,2 % contre 10,3 % pour les filles).

Au collège, l’écart se resserre et les filles comme les garçons sont victimes de violences. 8,7 % des collégiennes et 8,5 % des collégiens ont été victime de baisers forcés. 11,7% des filles et 10,7% des garçons disent avoir subi des regards gênants dans les toilettes.

Au lycée les violences sont moins répandues et ne concernent plus qu’une minorité d’élèves. Toujours est-il que les filles semblent plus exposées que les garçons s’agissant notamment des insultes (24% des filles pour 21% des garçons), sur un réseau social (11% contre 8%) ou par SMS (10,5% des filles, 8% des garçons). 16% des filles (contre 12% des garçons) déclarent avoir subi des humiliations, massivement du fait d’autres élèves.

Des clichés à déconstruire le plus tôt possible

Une des raisons qui explique la surexposition des garçons à l’école, est l’existence d’une norme à laquelle ils doivent répondre. Et finalement les garçons victimes de ces violences sont ceux « jugés "non conformes" au modèle viril par leurs pairs » explique Eric Debarbieux, interviewé par 20 minutes. « Des agresseurs qui refusent le féminin ou des qualités supposées féminines. Ces derniers vont par exemple, s’en prendre aux "bons élèves" au collège et au lycée qui sont moqués car ils sont très calmes en classe ou à ceux qui sont plus petits ou fragiles physiquement. Ces derniers vont subir la domination de leurs camarades qui vont construire leur virilité en tapant sur l’autre ».

Pour venir à bout de ces clichés, une éducation doit être menée le plus tôt possible. Loin d’incriminer l’école, le rapport rappelle qu’elle est aussi « un lieu où de nombreuses et nombreux professionnels tentent de contribuer à déconstruire [les clichés] et à donner d’autres modèles que le modèle viriliste dominant ». De plus, tout ne se joue pas à l’école et les valeurs transmises notamment dans l’environnement familial sont essentielles.

Les mouvements tels que #BalanceTonPorc, #MeToo ou plus récemment la campagne de la fondation des femmes « Tu seras un homme mon fils » interpellent et contribuent à faire réfléchir et à améliorer les choses.

Marine Ilario © CIDJ - 14/06/2018

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Crédit photo : Pixabay