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Etudes de kiné : pour éviter la Paces, les étudiants trouvent des alternatives

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Etudes de kiné : pour éviter la Paces, les étudiants trouvent des alternatives

Depuis 2017, les IFMK (instituts de formation en masso-kinésithérapie) recrutent uniquement après une année de Paces, une première année de licence en Staps ou en sciences. Face à la Paces et à la difficulté d'être recruté en école de kiné, certains étudiants passent par d'autres voies.

Se retrouver sans formation en milieu d’année et devoir recommencer à zéro : c’est ce qui est arrivé à certains étudiants du Clesi-Esem. En novembre 2017, le TGI de Toulon a ordonné la fermeture de la formation en kinésithérapie dispensée sur les campus de Béziers et de Toulon, de ce centre de formation.

Au Clesi, les étudiants suivaient des enseignements les deux premières années, puis devaient, à partir de la 3e année, suivre un cursus dans une université partenaire au Portugal pour y décrocher un diplôme et, en faisant jouer les accords européens de Bologne, pouvaient exercer leur métier en France. « De par le processus de Bologne, il est en effet possible en France de faire valoir un diplôme obtenu à l'étranger » précise Yann Plantade de la Fnek (fédération nationale des étudiants en kinésithérapie). Mais attention, les modalités sont variables selon le pays de provenance. Il faut parfois passer certaines équivalences comme des stages supplémentaires.

Bien qu’il ne délivrait officiellement aucun diplôme, les enseignements prodigués par le Clesi ont été déclarés illégaux faute d’agréments ministériels et depuis janvier 2018, la formation en kinésithérapie a fermé ses portes. « On estime que ces étudiants ont été trompés, d’autant plus qu’ils n’ont pas été prévenus de la procédure judiciaire à l’encontre du Clesi » déplore Louis Dreux, président de la Fnek. « Pour aider les étudiants nous faisons du cas par cas. Pour la plupart il va falloir envisager de recommencer un cursus, soit en passant par la paces, soit en validant une première année de licence de staps ou de sciences ».

Avec la volonté affichée de contourner la paces, certains étudiants ont fait le choix de s'inscrire au Clesi, moyennant 10 000 euros par an. Mais attention, toutes les alternatives ne sont pas bonnes à prendre. Il est important de s'informer sur les établissements et sur la qualité et la légalité des enseignements qui y sont prodigués. Si vous avez le moindre doute sur une formation qui propose une alternative à la paces, n'hésitez pas à contacter la Fnek ou le CNOMK.

Etudes de kiné : une formation très sélective en France

Rappelons qu’en France, l’accès aux IFMK (instituts de formation en masso-kinésithérapie) est strictement encadré et depuis septembre 2017, seule la validation de la paces (première année commune aux études de santé) ou de la première année d’une licence en staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives) ou en sciences, permet d’intégrer l’un des 47 établissements qui forment les kinés chaque année.

Fini les prépas au concours PCB (physique, chimie et biologie), dorénavant les étudiants qui se destinent au métier de kinésithérapeute doivent se conformer à ces nouvelles modalités de recrutement, sachant que la part belle est donnée à la paces, si bien qu’intégrer un institut en venant de staps ou de sciences est devenu très difficile. Selon le Monde, « chaque institut est tenu de recruter au moins 50 % de ses effectifs en première année d’études de santé. Le Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes (CNOMK) estime qu’environ 80 % des étudiants kinés sont issus de paces, 15 % de staps et 5 % de sciences ». A cela s’ajoute la sélection rude de la paces soumise à un numérus clausus c’est-à-dire à un nombre de places limitées. En 2017, 2 756 places étaient à pourvoir dans les IFMK.

Sans être contre une sélection des étudiants, Stéphanie*, kinésithérapeute, ne comprend pas la nécessité de passer par une paces. « Sélectionner oui, mais pourquoi passer par médecine ? Nous appartenons à une profession du domaine paramédical, nous ne sommes pas médecins » explique-t-elle. « Surtout qu’en paces de nombreux étudiants qui veulent devenir médecins s’inscrivent aussi en kiné pour ne pas perdre une année, ce qui fait qu’en kiné se retrouvent des jeunes qui, au départ, ne voulaient pas faire ça. C’est dommage. Alors sélectionner oui, mais plutôt sur dossier et motivation ».

Se former en Europe : le choix de nombreux étudiants

Pour Jean François Dumas, secrétaire général du CNOMK. la problématique de l’accès aux études de kiné ne se situe pas en France mais plutôt en Europe. Selon lui, la paces n’est pas un problème. Elle offre un excellent niveau aux professionnels formés en France. En revanche accepter les jeunes qui ont suivi un autre cursus et qui sont diplômés d’un autre pays européen peut être discutable.

Un rapport du CNOMK sur la démographie des kinésithérapeutes en France, rappelle que chaque année environ 1 000 étudiants font le choix de se former dans un autre pays européen. En tête des pays qui attirent le plus : la Belgique, l’Espagne et l’Allemagne. Les étudiants recalés en France se tournent vers les offres européennes où la langue n’est plus un frein puisque les universités proposent soit des cours en français, soit une mise à niveau des étudiants avant la rentrée. Au total, 20 000 professionnels titulaires d’un diplôme étranger exercent en France.

« Nous sommes dans une situation critique en France où il y a plus de 85 000 kinés et chaque année nous comptabilisons 5 000 nouveaux kinés analyse Jean François Dumas, dans quelques années nous serons plus de 100 000 professionnels. Nous pourrions risquer d’atteindre une saturation en terme d’emplois ».

Pour éviter de saturer la profession en France, le secrétaire général du CNOMK parie davantage sur une refonte de la législation européenne pour arriver à une meilleure répartition des kinés en Europe. « Ce n’est quand même pas normal que certains pays comme l’Espagne ou la Roumanie forment autant de kinés alors que dans ces pays le nombre de kinés par habitant est dérisoire comparé à d’autres pays européens comme la France ».

Vers une réforme de la paces

Dès la rentrée 2018, quelques universités vont expérimenter un nouveau mode de sélection en paces. Dans ces établissements, les étudiants en première année devront passer une première épreuve écrite ouvrant 75% des places du numérus clausus. Les 25% de places restantes seront attribuées à l’issue d’une épreuve orale ouverte aux étudiants qui ont obtenu 10/20 ou plus mais qui n’ont pas été reçus à l’écrit. Les étudiants qui auront échoué à ces deux épreuves n’auront plus la possibilité de redoubler la paces mais pourront intégrer une deuxième année de licence (de la psycho aux sciences dures). Ils pourront à l’issue d’une Licence 3 repostuler en médecine et intégrer directement la 2e année. *Le nom a été changé.

Marine Ilario © CIDJ - 17/05/2018

Crédit photo : Pixabay