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Faire le choix d’une interruption volontaire de grossesse

Faire le choix d’une interruption volontaire de grossesse

De la France aux États-Unis, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) fait beaucoup parler d’elle. Objet de polémique, elle provoque de vifs débats au sein des opinions publiques. Pour prévenir la désinformation sur le sujet, les députés ont voté le 1er décembre, la pénalisation de certains site Internet anti IVG qui ne s’affichent pas comme tels.
En quoi consiste une IVG ? Quelle méthode choisir ? Comment bénéficier d’un accompagnement ?
Les réponses de Maryse Lopez, infirmière au centre de planification familiale de l’hôpital Tenon à Paris. 

« Faire reculer ces sites manipulateurs qui trompent les femmes, en particulier les jeunes filles » en matière d'interruption volontaire de grossesse (IVG), c'était l'objectif que s'était fixé Laurence Rossignol, la ministre des Droits des femmes il y a quelques mois.
C'est désormais chose faite : les sites de désinformation sur l'IVG qui ne s'affichent pas comme tels peuvent, depuis le 1er décembre, être pénalisés.

Infirmière au centre de planification familiale et d'IVG de l'hôpital Tenon (AP-HP), Maryse Lopez nous rappelle que l'IVG est un droit garanti par la loi qui procède d’un choix personnel et qui est pris en charge par la Sécurité sociale. Interview.

Comment se déroule une IVG ? 

Il existe deux méthodes pour réaliser une interruption volontaire de grossesse : la méthode médicamenteuse et la méthode par aspiration.
La méthode médicamenteuse peut être pratiquée jusqu’à 7 semaines d’aménorrhée (5 semaines de grossesse) ou jusqu’à 9 semaines d’aménorrhée (7 semaines de grossesse) mais avec un accompagnement à l’hôpital dans ce dernier cas. Elle consiste en la prise de deux médicaments. 

Le premier médicament peut être délivré par un médecin, à l’hôpital, dans un centre de planning familial... Il arrête le processus de grossesse. Le deuxième médicament provoque des contractions, des saignements et l’expulsion de l’œuf. Il peut être pris à domicile (mais la personne doit être accompagnée par un proche), ou à l’hôpital. L’IVG médicamenteuse induit des contractions mais nous administrons systématiquement des antalgiques pour limiter la douleur.

Il y a ensuite la méthode par aspiration : elle peut être réalisée jusqu’à la fin de la 12ème semaine de grossesse (14ème semaine d’aménorrhée). Il s’agit d’une technique chirurgicale qui consiste à aspirer l’œuf après dilatation de l'utérus. Elle se déroule dans un établissement de santé, sous anesthésie générale ou locale. 

Quelle méthode choisir ?

Cela dépend de la personne. Si une femme préfère ne rien voir ou ne rien sentir, il vaut mieux qu’elle opte pour la méthode par aspiration sous anesthésie générale.
En ce qui concerne la méthode médicamenteuse, certaines femmes préfèrent prendre le médicament chez elles, dans leur environnement ; elles se sentent plus rassurées. Nous leur laissons le choix mais leur demandons juste d’être accompagnées par un proche. Nous conseillons par contre à certaines personnes, en particulier les jeunes femmes qui font une IVG sans le dire à leur famille ou les femmes qui ne maîtrisent pas bien la langue française, de prendre le médicament à l’hôpital.

Si une femme souhaite réaliser une IVG après la 14ème semaine d’aménorrhée, nous l'orientons vers le Mouvement français du planning familial qui l'aidera dans ses démarches et l'adressera à l’étranger : aux Pays-Bas ou en Espagne.

Combien coûte une IVG ?

L’IVG est prise en charge à 100 % par la Sécurité sociale. Parfois, une avance de frais est nécessaire pour les examens complémentaires (prise de sang, échographie) mais ils sont ensuite remboursés.
Les femmes qui ne peuvent pas payer ces examens peuvent les réaliser dans un centre de planning familial où là, tout est pris en charge.
Les IVG réalisées à l’étranger ne sont pas remboursées.

En quoi consiste l’accompagnement ?

Nous proposons à toute les femmes une rencontre avec un(e) conseiller(e) conjugal(e) et familial(e) ou avec un psychologue. Cette rencontre est obligatoire pour les mineures. 

La plupart des femmes ne souhaitent pas être accompagnées. Leur décision est claire. Elles veulent avoir recours à une IVG car elles ont eu un accident de parcours de contraception ou parce qu'elles n’ont pas de désir d’enfant à ce moment-là ou qu'elles considèrent qu'elle ne sont pas avec le bon papa…

Il y a des femmes pour qui la décision est plus compliquée à prendre. Dans ce cas, elles peuvent participer à autant d’entretiens qu’elles le souhaitent. Très souvent, elles hésitent pour des raisons économiques : elles n’ont pas d’emploi, pas de logement… Nous les orientons alors vers une assistante sociale pour qu’elles puissent connaître leurs droits en matière d’allocations familiales, d’hébergement dans un foyer, etc.

Comment accompagnez-vous la personne dans son choix ?

Nous n’influençons pas la décision de la personne, ni dans un sens, ni dans l’autre : nous essayons juste de la guider dans son choix.
Si elle hésite, nous lui demandons ce qu’a été sa première réaction, si elle a ressenti de la joie ou pas. Cela peut être un indicateur mais il ne suffit pas car se posent souvent des questions financières, matérielles…
Beaucoup de femmes hésitent car elles sont précaires. Notre rôle est de discuter avec elles et de leur faire prendre conscience de la réalité.

Certaines jeunes filles déscolarisées ont parfois l’impression qu’être mère va leur donner un statut social. Mais, souvent, elles sont encore à la charge de leurs parents et vivent chez eux. Certaines pensent que leur mère ou leur sœur gèrera. Nous leur expliquons que ce sont elles qui devront assumer et qu’elles devront être aussi prêtes à suivre une formation puis à trouver un emploi. Pour cela, nous les incitons à rencontrer un conseiller d’une mission locale. 

Quelles sont les risques d’une IVG ?

La grande question que les femmes se posent c’est  : « Est-ce que je vais pouvoir avoir un enfant plus tard ? » Nous leur rappelons que l’IVG ne rend pas stérile et que la probabilité de faire une fausse couche n’est pas plus importante chez une femme qui y a eu recours.

L’IVG médicamenteuse fonctionne bien dans 97 % des cas. Dans les 3 % restants, il peut y avoir un phénomène de rétention. Il est alors parfois nécessaire de prendre d’autres médicaments, voire, dans 0,5 % des cas, de procéder à une IVG par aspiration.
Concernant la méthode par aspiration, elle fonctionne dans 99,7 % des cas. En matière de complication, il peut y avoir un risque d’hémorragie mais c’est très rare.
Le risque zéro n’existe évidemment pas, mais il y a beaucoup plus de risques à traverser une route qu’à faire une IVG !

Comment réagissent les femmes suite à une IVG ?

Pour la majorité des femmes, une fois que l’IVG a été réalisée, elles se sentent libérées et soulagées.
Certaines peuvent émettre des regrets mais, en discutant, elles se rendent compte que lorsqu’elles ont pris la décision, elles avaient bien pesé le pour et le contre.
Décider d’avoir recours à une IVG, c’est faire un choix de vie à un moment donné qui peut par la suite conduire à un désir d’enfant : la femme va alors tout mettre en place pour trouver des solutions de façon à accueillir son enfant dans de bonnes conditions. 

Le plus important quand on fait le choix d’une IVG, c’est de ne pas être jugée. Il y a trop de détracteurs de l’avortement. Certains professionnels, des médecins, des échographistes ou autres, culpabilisent les femmes qui souhaitent y avoir recours. Si c’est le cas, il ne faut pas hésiter à se tourner vers un interlocuteur plus bienveillant. 

S'informer sur l'IVG
Il existe un seul site officiel d’information sur l’IVG :  www.ivg.social-sante.gouv.fr. Il dépend du ministère des Affaires sociales et de la Santé. Il présente les droits, les démarches, les structures où l’IVG est pratiquée, les sites qui ne font pas de désinformation…
Le 0800 08 11 11 est quant à lui le seul numéro d’information fiable sur l'IVG. Les appels y sont anonymes et gratuits.
Autre site à connaître : celui du Mouvement du planning familial. Vous y trouverez notamment les coordonnées des centres les plus proches de chez vous : www.planning-familial.org.

Isabelle Fagotat

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