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Démineur : un métier à risques… calculés !

Démineur : un métier à risques… calculés !
© Eric Lombard

En s’approchant chaque jour d’engins explosifs, les démineurs sont continuellement confrontés au danger. Éric Lombard, démineur depuis 35 ans, revient sur son expérience du terrain et relativise les risques encourus par ces professionnels.

En France, il existe trois catégories de démineurs : les démineurs des corps des armées (armée de l’air, armée de terre et Marine), les démineurs de la sécurité civile, qui ont le statut de policiers, et les démineurs de la préfecture de police de Paris.

Éric Lombard est commandant de police, adjoint en chef du service de déminage de la sécurité civile. Entre désamorçage de bombes datant de la Seconde Guerre mondiale et interventions sur des colis suspects, ce démineur, passionné par son métier depuis 35 ans, nous présente cette profession à hauts risques.

Rigueur et prudence

Si vous êtes stressé de nature, passez votre chemin, le métier de démineur n’est pas fait pour vous ! « Au contact d’engins explosifs, le démineur doit faire preuve de  rigueur, de discipline et de prudence », explique Éric Lombard.

Le démineur doit être capable de se poser et d’agir de manière réfléchie même pour faire face à des situations qui présentent une urgence. Sang-froid, calme et maîtrise de soi sont donc essentiels pour exercer ce métier.

Éric Lombard ne le sait que trop bien. « Un jour, j’étais en opération extérieure et nous devions enlever un champ de mines. En avançant, je me suis rendu compte que j’avais le genou posé sur une mine antipersonnel. Heureusement pour moi, le déclencheur de la mine était défectueux et n’a pas fonctionné. J’ai vraiment eu de la chance ce jour-là. »

Cette histoire, loin de traumatiser ce professionnel, l’a encouragé à être davantage sur ses gardes. « Ces expériences, qui peuvent paraître traumatisantes, nous permettent en fait de gagner en professionnalisme », explique-t-il. « Un jour j’ai été soufflé par une bombe que nous devions détruire, se souvient-il. J’ai attendu 15 minutes avant de m’approcher mais c’est au moment où je me suis avancé sur la munition que l’explosion a eu lieu. » Cette aventure l’a rendu encore plus précautionneux. « Aujourd’hui, j’attends un peu plus longtemps avant de m’approcher d’une munition. »

Des prises de risques mesurées

Le métier de démineur apparaît extrême dans ses conditions d’exercice : approche d’engins explosifs, danger omniprésent à chaque opération.

Pourtant, pour Éric Lombard, le terme extrême semble quelque peu excessif. « Ce qui est certain, c’est que l’on fait effectivement un métier à risques. » Chaque jour, les démineurs sont conscients de prendre des risques, « quand on vient pour désamorcer une bombe, par exemple », précise Éric Lombard.

Même si le risque zéro n’existe pas dans ce métier, « les risques que nous prenons sont calculés. Nous sommes parfaitement entraînés pour limiter le plus possible les accidents ». Équipements de qualité, entraînements, arrivée de la robotique. Autant d’éléments qui permettent de limiter le danger.

Robotique : vers une disparition du métier de démineur ?

Les robots arriveront-ils à remplacer les démineurs ? Éric Lombard ne le croit pas. « Les robots sont une aide précieuse pour les démineurs mais je pense qu’une intervention de l’Homme sera toujours nécessaire. Les lieux où sont posés les explosifs sont parfois difficiles d’accès et seule son agilité peut être efficace. »

Démineur : un métier qui évolue au gré de l’actualité

« Aujourd’hui, l’anti-terrorisme a pris une place importante dans notre métier », indique Éric Lombard. Alors qu'auparavant, être démineur consistait principalement à collecter les munitions des deux guerres mondiales, aujourd’hui les démineurs appréhendent beaucoup de colis suspects, principalement dans les moyens de transports de masse (métros, aéroports, gares…).

Le métier évolue au fil de l’actualité. Les attentats de 2015 ont incité le ministère de l’Intérieur à mettre en place des moyens supplémentaires pour lutter contre la menace terroriste. « Nos effectifs ont été revus à la hausse et nous avons reçu du nouveau matériel », explique Éric Lombard.

Aujourd’hui, 312 démineurs sont répartis sur 29 sites de déminage en France métropolitaine et en outre-mer. « Nos effectifs vont passer à 320 démineurs en 2017 ce qui est l’effectif idéal pour fonctionner », précise le démineur.

Lors du déroulement de l’Euro de football en France, les équipes de déminage étaient réquisitionnées dans les stades où se jouaient les matchs, sur les fan zones, ainsi que dans les camps de base (où logent les équipes durant la compétition).

« Pour nous aider et renforcer nos équipes, nous avons par ailleurs fait appel à des équipes de déminage en Europe, explique Éric Lombard. Nous collaborons avec des équipes suisse, italienne, monégasque et espagnole. »

Ne pas se lancer à l’aveuglette

Il est important, avant de décider de se lancer, de se renseigner sur la réalité concrète du métier. Pour cela, Éric Lombard conseille d’aller « à la rencontre des démineurs et de discuter avec eux pour avoir en tête les risques qui sont encourus en mission ».

Pour autant, pour lui, ce ne sont pas tant les conditions d’exercice du métier qui jouent le plus, mais la difficulté de la formation qui attend les jeunes désireux de devenir démineur. « C’est une formation très complexe qui demande de retenir beaucoup d’informations en peu de temps, par exemple connaître l’ensemble des munitions pour être capable de les reconnaître. »

Le métier de démineur peut être physiquement difficile « surtout quand l'on doit évoluer dans la boue et porter de lourdes munitions. explique Éric Lombard. Mais être démineur est extrêmement enrichissant, on ne sait jamais vraiment sur quoi on va tomber et ce que l’on va faire de la journée. »

Comment devenir démineur ?

Les démineurs de la sécurité civile sont souvent des personnels volontaires issus de la police nationale qui demandent à être détachés au service du déminage. Pour cela, ils passent un entretien et une évaluation.

Il est aussi possible de devenir démineur dans l'armée. Pour cela, les engagés volontaires peuvent suivre une spécialisation en déminage. Pour être recruté, aucun diplôme n'est demandé, mais il faut être âgé de moins de 26 ans.

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