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Violence, viol, harcèlement : ne pas rester seul

Violence, viol, harcèlement : ne pas rester seul
© Artem Furman / Fotolia

Les violences ont un impact considérable sur la santé de ceux qui les subissent. Si l'on est victime de violence, il est donc important d’en parler avec un professionnel. Explications de la psychiatre Muriel Salmona.

Coups, insultes, paroles humiliantes, actes sexuels imposés, harcèlement… La violence regroupe diverses formes : elle peut être physique, verbale, sexuelle mais aussi matérielle (privation de nourriture, destruction de biens…).

Muriel Salmona est présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie. Psychiatre et psychotraumatologue, elle reçoit les victimes de violences pour les aider à retrouver une vie normale. Son mot d’ordre : si l’on subit des violences, il faut en parler, se faire aider et soigner. 

Qu’est-ce que la violence ?

Les violences sont des menaces ou des utilisations intentionnelles de la force physique ou du pouvoir contre une personne, pour lui faire du mal, la soumettre ou se servir d'elle.
La violence recouvre des formes diverses : coups, insultes, viols, humiliation, harcèlement ou encore slut-shaming sur Internet (injures sexistes).

Ces agissements ne sont pas normaux. Ils sont interdits : ce sont des infractions que la loi punit et qu’une société encore trop injuste et inégalitaire rend possible. 

Les personnes qui commettent des violences veulent s’imposer par la force. Elles prennent généralement pour cibles des personnes plus vulnérables (adultes contre des enfants, personnes valides contre des personnes handicapées, hommes contre des femmes…). Elles profitent de leur force pour faire du mal.
Ceux qui commettent des violences sont seuls responsables de leurs actes. En aucun cas, les victimes ne doivent se sentir coupables.

Les violences sont-elles fréquentes chez les jeunes ?

Les mineurs sont les principales victimes de violences quelles qu'elles soient  : violence physique, verbale, psychologique, harcèlement et cyberharcèlement… Malheureusement, ils ne sont que trop rarement comptabilisés dans les statistiques :  en France, il existe un tabou et un déni autour des violences et un manque de politiques publiques actives pour lutter contre celles-ci. 

Pourtant, selon l’Organisation mondiale de la santé, un adulte sur quatre déclare avoir subi des violences physiques dans son enfance. Une femme sur cinq et un homme sur treize en ce qui concerne les violences sexuelles.
D’après l’étude que nous avons réalisée avec l'Unicef en 2015, Impact des violences sexuelles de l'enfance à l'âge adulte, près de 125 000 filles et 33 000 garçons de moins de 18 ans seraient victimes de viol ou de tentative de viol chaque année en France. 81 % des victimes sont mineures au moment des premières violences sexuelles. 

Les jeunes sont donc nombreux à être confrontés à des violences et celles-ci sont le plus souvent commises par des proches : famille, entourage, autres enfants ou adultes dans le cadre scolaire… Un exemple : 94 % des violences sexuelles sur mineurs sont commises par des personnes que l’enfant connaît.

Quelles sont les conséquences des violences ?

Les violences dont on a été victime ou témoin ont de graves conséquences sur la santé psychologique et physique.
Le fait d’avoir vécu des violences et de ne pas avoir été pris en charge et soigné augmente considérablement les risques de conduites à risques, dépendance, dépression, troubles gynécologiques, immunitaires, cardio-vasculaires, pulmonaires, neurologiques, suicides…

Les violences sexuelles et les négligences très graves (avoir été privé de nourriture, de soins…) sont celles qui ont les conséquences les plus lourdes sur la santé et la vie sociale avec des risques importants de marginalisation, de suicide…
Ce type de violence peut engendrer des psychotraumatismes qui ont un impact désastreux sur la santé.

Qu’est-ce que le psychotraumatisme ? 

Si l’on est confronté à des violences extrêmes, le cerveau se bloque sous l’effet de la douleur, de la peur ou de l’incompréhension. On appelle cela la sidération et cet état empêche souvent de réagir.
On est alors envahi par un état de stress extrême que le cerveau ne peut plus contrôler. Ce stress est dangereux pour le cœur et les neurones. Pour les protéger, le cerveau sécrète des drogues naturelles qui lui permettent de « disjoncter ». 

Cette déconnexion neutralise le stress mais entraîne une anesthésie psychique et physique et des troubles de la mémoire. La victime développe une mémoire traumatique émotionnelle non contrôlable et hypersensible. Elle provoque des flashbacks, des cauchemars et des crises de panique qui apparaissent à chaque fois qu’un geste, une odeur ou un bruit rappelle la situation de violence.

La personne cherche alors à s’anesthésier et à faire disjoncter le cerveau à nouveau en consommant de l’alcool, des drogues, ou en ayant des comportements dangereux, agressifs ou auto-agressifs (comme les scarifications)… 

Le témoignage de Marinette sur le phénomène de sidération et l'interview de Muriel Salmona :

Que faire si l’on est victime de violence ?

La première des choses, c’est de ne pas rester seul. Il faut en parler à une personne de confiance, bienveillante : un ami, une tante, un médecin, un professeur, un CPE, une assistante sociale, une infirmière, un médecin scolaire, un policier, un gendarme…
On peut aussi appeler un numéro d’urgence : le Fil santé jeunes (0800 235 236), le numéro national pour les victimes (08 842 846 37) ou celui pour les femmes victimes de violences (3919).

En fonction de la gravité de la violence, la victime pourra être incitée à consulter un médecin, à porter plainte, à rencontrer un psychologue.
Quand on est ou que l’on a été victime de violence, il est souvent nécessaire de se faire aider psychologiquement.
Pour cela, on peut s’adresser à un centre de planning familial ou à l’Espace santé étudiants d’une université, par exemple. Ces structures proposent des consultations avec des psychologues.

Quand on subit des violences, on peut se sentir coupable : se dire « c’est de ma faute », « je n’aurais pas dû faire ci ou ça… ». Il faut, au contraire, bien avoir en tête que l’on n’y est pour rien. Les violences sont fréquentes ; elles n’arrivent pas qu’à soi et surtout pas à cause de soi. Le coupable, c’est celui qui a été violent. Il peut et doit être arrêté et répondre de ses actes devant la loi.

Les psychotraumatismes peuvent-ils se soigner ?

Oui, mais il faut être pris en charge psychologiquement. Une personne qui subit des violences graves (coups, violences sexuelles…) doit être protégée : la victime ne doit pas être exposée à nouveau à son agresseur ou à la situation de violence.

Elle doit être accompagnée et suivie psychologiquement.
Du fait de la mémoire traumatique, la personne peut ne pas se souvenir des violences qu’elle a subies.
Cependant, des signes peuvent l’alerter : le fait de se sentir seule, déprimée, d’avoir des flashbacks, des insomnies, d'être comme déconnectée, vide, d’avoir honte de soi, l'impression de n'avoir aucune valeur, de redouter de devenir folle, d'être en proie à des crises de panique, d’avoir peur tout le temps, d’avoir des difficultés à se concentrer, des pensées extrêmes, de faire des choses sans pouvoir s’en empêcher : troubles alimentaires (boulimie, anorexie), mise en danger, comportements agressifs ou auto-agressifs, addictions.

Ces problèmes sont les conséquences normales de situations anormales. Aujourd’hui, on sait que ce sont les preuves d’une « blessure intérieure » causée par les violences.

Les psychotraumatismes se soignent. Si quelqu’un nous frappe et nous fracture un membre, ce membre doit être soigné pour guérir. Le cerveau aussi a besoin d’être soigné. Comme le tissu osseux, le tissu neurologique se répare.
Si l’on est victime de violences, il est donc essentiel d’en parler et de se faire aider.
Les cyberviolences
Selon l'étude du Centre Hubertine-Auclert, Cybersexisme chez les adolescent-e-s (12-15 ans), réalisée en Ile-de-France et parue en septembre 2016, 17 % des filles et 11 % des garçons sont confrontés à des cyberviolences à caractère sexuel par vidéos, photos ou textos (selfies intimes pris sous la contrainte, photos diffusées sans l'accord de la personne, insultes sur les réseaux sociaux...). Si vous êtes victime de ce type de violence, parlez-en.
Vous pouvez contacter le Fil santé jeunes au 0800 235 236 ou le numéro national d'aide aux victimes : 08 842 846 37.

App-Elles, une application pour les femmes victimes de violences
Téléchargeable gratuitement, l'application App-Elles permet, en cas de danger, d'envoyer en un seul clic sur votre portable un message d'urgence avec votre géolocalisation à trois de vos contacts.
Plus d'infos sur www.app-elles.fr et www.resonantes.fr

Isabelle Fagotat - Virginie Gruenenberger

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