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Les filles continuent de bouder les études d’ingénieurs

 Les filles continuent de bouder les études d’ingénieurs
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Les études d’ingénieurs ont encore du mal à attirer les filles. Elles représentent à peine 30 % des effectifs des écoles. En cause : des préjugés qui ont la vie dure. Mais les actions mises en place par les établissements et les associations commencent à porter leur fruit : les mentalités évoluent peu à peu.

Si dans les années 1970, les écoles d’ingénieurs comptaient moins de 10 % de filles, elles sont aujourd’hui quelque 30 % à choisir ce type d’études.

Néanmoins, "ce taux ne progresse que très lentement. Entre 2000 et 2015, il n’a augmenté que de 10 %. Ce fait est lié à des stéréotypes persistants et à des phénomènes de reproduction sociale. Les filles ne se rendent pas compte à quel point les métiers d’ingénieur ont évolué. Grâce à toutes les actions mises en place par les écoles, les associations et les entreprises, les mentalités sont en train de changer mais cela prend du temps", analyse Pascale Ribon, responsable diversité à la Conférence des grandes écoles et directrice de l’École supérieure des techniques aéronautiques et de construction automobile (Estaca).

Stéréotypes et autocensure

Au lycée, les filles ont tendance à croire qu’elles n’ont pas les compétences pour intégrer une école d’ingénieurs. En réalité, elles pratiquent souvent l’autocensure.

Plusieurs études le prouvent, en particulier celle réalisée par les chercheurs Isabelle Régner et Pascal Huguet. Entre 2007 et 2009, ils ont demandé à près de 500 élèves de 6e et de 5e de reproduire la figure complexe de Rey-Osterrieth. Quand le test était présenté comme un exercice de géométrie, les garçons réussissaient mieux que les filles. Lorsqu'il était présenté comme un exercice de dessin, les filles s’en sortaient mieux. 

Des filles moins orientées vers les filières scientifiques

Certains stéréotypes sont socialement bien ancrés, que ce soit au niveau des familles ou du corps professoral. Après le bac, les filles sont notamment plus volontiers orientées vers des filières littéraires ou économiques que scientifiques. Elles sont par exemple moins nombreuses à opter pour une prépa scientifique qui est pourtant la voie royale pour intégrer une école d’ingénieurs.

"Même si le taux progresse, il n’y a actuellement que 30 % de filles dans les classes préparatoires scientifiques. C’est dommage, car les entreprises les plébiscitent. Pour deux profils identiques, elles recruteront prioritairement une fille", insiste Hervé Riou, président de l’Union des professeurs de sciences et techniques industrielles. 

Des spécialités plus mixtes que d’autres

Certains domaines de spécialisation attirent cependant beaucoup plus les filles, c’est le cas de la biologie, de l’agronomie ou de la chimie. En 2014-2015, l’École de biologie industrielle (EBI) comptait 79 % d’étudiantes. Elles étaient 75 % à AgroSup Dijon et 70 % à Montpellier SupAgro, tandis qu’à l’Estaca, école spécialisée dans l’aéronautique et l’automobile, elles ne représentent pas plus de 15 % des effectifs.

Les écoles d'ingénieurs spécialisées dans l’électronique, la mécanique, les technologies de l’information ou le BTP peinent à attirer les filles.

Peu de filles dans les écoles les plus prestigieuses

Autre problème : plus les écoles sont renommées, moins elles sont féminisées, comme le souligne le rapport du Contrôle général économique et financier (CGEFI) remis en juillet au ministère de l’Éducation nationale. En 2014-2015, à l’École des mines, les filles ne représentaient que 20 % des effectifs, 18 % à l’École polytechnique.

Rappelons que ces deux établissements font partie des dernières écoles d’ingénieurs à avoir admis les filles : en 1970 pour la première, en 1972 pour la seconde.

Quand les écoles courtisent les filles

Plébiscitées par les entreprises, les ingénieures deviennent un enjeu pour les écoles qui multiplient les actions pour les attirer. En collaboration avec des associations comme Pasc@line ou Elles Bougent, les écoles font notamment intervenir d’anciennes étudiantes qui viennent présenter leur métier à des collégiennes et des lycéennes. En ayant une idée précise et concrète des missions d'une ingénieure et de la diversité des métiers qu'elle peut exercer, des vocations se font jour.

Des associations en faveur de la mixité 

Femmes & Sciences, Femmes Ingénieurs, Girlz In Web, Girls in Tech, Wax Science… Il existe de nombreuses associations qui cherchent à rétablir un équilibre hommes-femmes dans les filières scientifiques et techniques.

"Nous intervenons auprès des élèves de 3e ou de 2nde pour présenter la science sous un angle ludique et pour déconstruire certains stéréotypes. Nous leur faisons prendre conscience des clichés qui sont véhiculés dans la publicité et les médias. Nous vivons dans un monde extrêmement masculin où l’on met plus en confiance les garçons que les filles. Il est important que les lycéennes et collégiennes en aient conscience car c’est à cet âge-là que l’on choisit son orientation", souligne Mélanie Souchet, ingénieure et membre de Wax Science.

Isabelle Fagotat

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