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Faire face au sexisme en entreprise

 Faire face au sexisme en entreprise
© Gina Sanders - Fotolia

Une ingénieure vient pour dispenser une formation, on lui propose de servir le café, un directeur fait une remarque sur la tenue de sa collaboratrice, une jeune maman se voit refuser une promotion, une manager est accusée de trop « materner » son équipe, … En entreprise, comme dans la société, les comportements sexistes ont la vie dure. Conseils sur l’attitude à adopter si vous en êtes victime.

« Nul ne doit subir d'agissement sexiste, défini comme tout agissement lié au sexe d'une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant. »  Depuis août 2015, cette disposition fait désormais partie intégrante du Code du travail (article L. 1142-2-1).
Elle y a été introduite pour répondre à une réalité trop souvent minimisée : 80% des femmes et 56% des hommes considèrent que les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes au travail. Ces chiffres sont le résultat de l’enquête du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes « Relations de travail entre les femmes et les hommes » réalisée en 2013 auprès de 15 000 salariés dans 9 grandes entreprises françaises.
Comme cette enquête le prouve, les comportements sexistes à l’égard des femmes au travail restent donc largement majoritaires. Alors, comment y faire face ?

Remarques et blagues sexistes

« Sexy ta jupe ! », « je peux m’assoir à côté de vous ? », « tu as tes règles ? », « elle est hystérique », « quelle est la différence entre une femme et… », « elle est trop "bonne" pour être ingénieur » « elle a dû coucher pour avoir ce poste », « ne fais pas ta blonde »… Quelle femme n’a pas entendu un jour dans sa vie ou au travail ce type de remarque désobligeante, de blague vaseuse voire de propos injurieux ? Selon l’enquête précitée, huit femmes sur dix ont été témoins de blagues sexistes et un sur deux en a été la cible.
Si, en entreprise, un homme ne se permet pas a priori d’insulter sa collègue, il peut néanmoins se laisser aller à lui faire une remarque sur son t-shirt moulant ou à l’appeler « ma grande » ou « ma poulette » sans forcément se rendre compte que son attitude est sexiste et que ses propos peuvent être blessants. 

Échanger, discuter

Il ne faut donc pas hésiter, dans ce cas, à engager une discussion avec lui en décrivant ce que vous ressentez (vous êtes « gênée », « vexée », « mal à l’aise »…) et en expliquant pourquoi. « Quand on me fait une remarque sexiste, je demande : " est-ce que tu parlerais comme ça à une personne de couleur ? " », témoigne Marie-Amélie Frère, co-présidente de Girlzinweb, une association qui promeut les femmes dans les métiers du web. « Quand on dit aux hommes : "est-ce que vous aimeriez qu’on parle comme ça à vos filles ? ", généralement ça change la donne… », soulignait Isabelle Daviaud, directrice de projets en ressources humaines chez Accor lors du Grenoble école de management (GEM) Digital day.*
Vous pouvez aussi mettre en avant l’étude américaine menée à l’Université Bloomington de l’Indiana selon laquelle les femmes qui travaillent dans un environnement majoritairement masculin sont en moins bonne santé que les autres car plus sujettes au stress… « Il existe également une étude qui prouve que lorsque l’on dit à une femme "ma jolie" ou "ma cocotte", cela l’infantilise et la rend moins efficace, rappelle Laurent Depond, le directeur de la diversité d’Orange. Sa performance serait de 20 % inférieure. Ce type d’argument porte auprès des managers. »

Faire de l’humour

Vous pouvez aussi choisir de répondre à une remarque sexiste par la plaisanterie. Vous pourrez ainsi clouer le bec à son auteur avec le sourire, sans perdre la face ou vous mettre en colère. « Un jour, dans l’open space, il y avait 20 mecs, j’étais la seule femme. Ils m’ont appelé "poupée", je les ai appelé "chatons" : ça les a calmés… », confiait, lors du GEM Digital day, Marine Aubin, fondatrice de WondHer, une plateforme qui aide les femmes à « être elles-mêmes ».
L’humour a l’avantage de faire passer un message en douceur, en évitant les conflits. Mais face à une remarque sexiste, nous n’avons pas toutes forcément envie de faire de l’humour : cela dépend de la personnalité de chacune… « Si un petit malin fait une blague sur la façon dont je suis habillée, je ne relève pas. Je ne souris pas ; je dis "passons à autre chose". Généralement ça ne lui donne pas envie de recommencer », explique Lamiaa Stefani, ingénieure dans le management des systèmes d’information et de décision dans le secteur bancaire.

En parler avec vos supérieurs ou des instances professionnelles

Si les blagues sexistes ne méritent pas nécessairement d’aller plus loin qu’une explication avec leur auteur (tout dépend cependant de comment vous les percevez), certaines attitudes sont plus graves : propos méprisants envers les femmes, remarques irrespectueuses, blagues misogynes, discriminations professionnelles allant de l’exclusion d’une mission au refus d’une promotion ou d’une augmentation… Si vous subissez ce type d’attitude, n’hésitez pas à en parler.
Vous pouvez en informer votre supérieur. Les employeurs sont de plus en plus vigilants vis-à-vis des pratiques sexistes. La plupart des grands groupes ont une charte diversité et veillent à lutter contre toute forme de discrimination. Et au cas où votre responsable ferait la sourde oreille ou minimiserait la chose, n’hésitez pas à lui rappeler l’article L. 1142-2 du code du travail ou à contacter le responsable des ressources humaines ou les instances représentatives du personnel : délégués du personnel, comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), comité d'entreprise (CE) ou un club féminin si il y en a un dans votre entreprise. Si vous estimez que les propos que vous avez entendus ne sont pas tolérables, il est important que votre opinion soit prise en considération et qu’il y ait convocation ou sanction du responsable.

Se faire aider par des structures externes

Si ce n’est pas le cas, vous pouvez contacter des associations féminines qui pourront vous conseiller. Femmes et sciences, Grandes écoles au féminin, Femmes ingénieurs, Financi'Elles, il existe sûrement des réseaux féminins dans votre domaine ou secteur d’activité ou en lien avec votre ancienne école. « Lorsque je travaillais comme chef de projets dans une start-up, j’étais la seule femme de l’équipe. Je devais me justifier trois fois plus que mes collègues : je n’avais pas le droit de pleurer, d’être malade, quand eux ne se gênaient pas pour être absents ! Sans parler des questions douteuses du type " tu as tes règles ? " et les ricanements. C’était horrible ! J’ai frôlé le burn-out... Puis j’ai découvert le projet Girlzinweb : ça m’a sauvée. Quand vous discutez avec des personnes bienveillantes, vous comprenez que la situation n’est pas normale. J’ai quitté la start-up et j’ai créé ma propre entreprise », se rappelle Marie-Amélie Frère.

En cas de discrimination

En cas de discrimination professionnelle, vous pouvez également saisir les Prud’hommes si vous êtes salariée d’une entreprise privée ou le tribunal administratif, si vous travaillez dans le secteur public, ou porter plainte auprès du procureur de la République, du commissariat de police, ou de la gendarmerie. Mais avant d'en arriver à ce type de démarche, il est toujours préférable d'essayer de trouver des solutions en interne. Conscients de l’intérêt d’avoir des équipes mixtes réputées plus performantes, de plus en plus d’employeurs font des efforts pour favoriser l’égalité professionnelle et veillent à garantir aux femmes les mêmes salaires, fonctions et perspectives d'évolution que les hommes. Si dans votre entreprise, vous ne parvenez pas à trouver un interlocuteur capable de prendre en considération un propos ou une attitude sexiste, c’est que vous êtes bel et bien dans un environnement macho et auquel cas, vous pouvez vous poser la question si cela vaut vraiment la peine d’y rester ! 

 

* Conférence « Les femmes dans le numérique et dans l’entreprenariat numérique » lors du Grenoble école de management Digital day le 1er décembre 2015.

Isabelle Fagotat

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