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S’engager dans l’humanitaire : attention aux risques d’enrôlement. Explications de Dounia Bouzar

S’engager dans l’humanitaire : attention aux risques d’enrôlement. Explications de Dounia Bouzar
© Dounia Bouzar

Des jeunes s'engagent dans ce qu'ils pensent être une mission humanitaire et peuvent être pris au piège par la mécanique bien rodée des partisans de Daech. Dounia Bouzar, directrice générale du CPDSI (centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’Islam) détaille la manière dont s’y prennent les terroristes pour recruter de nouveaux jeunes combattants. Interview.

L’enrôlement des jeunes auprès de groupes terroristes tels que Daech est une réalité. Sous couvert d’une prétendue mission humanitaire, les djihadistes ciblent des jeunes qui souhaitent s’engager dans l'humanitaire. Dounia Bouzar, directrice générale du CPDSI connaît bien les différentes étapes de ce genre d’embrigadement.

Comment les djihadistes entrent en contact avec les jeunes ?

Ils entrent en contact avec les jeunes grâce aux réseaux sociaux. Souvent ce sont des jeunes qui ont mis sur leur profil leur désir de faire de l’humanitaire, ou leur projet de devenir médecin. Pour cela les terroristes font des recherches par mots clés et ne parlent qu’avec des jeunes qui ont annoncé leur intention de faire de l’humanitaire.

Il faut bien avoir en tête que les djihadistes ne prennent pas pour cible uniquement des musulmans. Le plus souvent ce sont des jeunes issus de familles athées. Il arrive que les jeunes se fassent enrôler à partir de 12 ans pour les filles. En moyenne, ils ont entre 16 et 22 ans. Il est arrivé de voir des jeunes en 3e année de médecine se faire enrôler.

Sous quelle identité ils se rapprochent des jeunes ?

Ils utilisent une stratégie qui ne dit pas son nom. Ils cachent le plus longtemps possible leur identité. Ils se font passer pour des personnes qui souhaitent faire ou font de l’humanitaire. Parfois ils se font même passer pour des professeurs. Au départ ils ne parlent pas d’Islam et ils adaptent leur discours selon le profil psychologique des jeunes.

Quel est leur discours ?

Si le jeune a mis en avant son désir de faire de l’humanitaire, ils adaptent leur communication en l’incitant à partir dans les pays où on aura besoin de lui. Ils lui envoient des vidéos montage avec des images d’injustices faites à des musulmans, que ce soit en Indonésie, en Centrafrique, en Palestine ou encore en Syrie. De cette manière, le jeune a l’impression que c’est le fait d’être musulman qui est la cause de ces injustices et qu’il y a un complot international contre les musulmans.

La seconde étape de leur discours est d’utiliser la théorie du complot selon laquelle il existe des sociétés secrètes qui cachent la misère et gouvernent le monde. Leur but est de mettre le jeune dans un univers anxiogène pour qu’il ait envie de devenir « le sauveur ». Ils passent progressivement à l’idée que seul l’Islam est capable de combattre ces sociétés secrètes et de gouverner le monde en déjouant le complot qui se joue contre lui.

Comment les jeunes peuvent se prémunir ?

La seule chose importante à faire est de vérifier l’identité de la personne qui leur parle. Ne pas hésiter à demander un nom, une adresse et même un téléphone pour joindre l’organisme soi-disant humanitaire.

Il faut aussi se dire qu’une organisation qui dit faire de l’humanitaire dans une ville assiégée par l’Etat islamique en Syrie a, en réalité, forcément fait allégeance à Daech.

En cas de doute...

Le site stop djihadisme permet de mieux comprendre la menace terroriste et donne les clés pour décrypter la propagande djihadiste. Un numéro vert a été créé pour prévenir une radicalisation : 0800 00 56 96

Marine Ilario

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