Vous êtes partie sur un coup de tête ?
Faire un stage en Grande Bretagne, j’y pensais depuis longtemps mais l’occasion s’est présentée en octobre dernier… Pour valider ma licence, il me manquait deux matières que je devais repasser dans le courant de l’année. Résultat : tout un semestre de libre devant moi. C’était le moment d’en profiter !
Pourquoi avoir choisi de faire un stage ?
Travailler comme serveuse dans un bar, cela ne me disait rien ! Ce que je voulais, c’était améliorer mon vocabulaire juridique, car je n’ai pratiquement aucun cours d’anglais dans mon cursus et, par la même occasion, découvrir le « common law » !
Vous êtes vous informée sur les dispositifs existants ?
Je me suis débrouillée toute seule, car il fallait faire vite… Je n’avais pas le temps d’organiser mon départ avec un programme comme Socrates ou le VIE. Je savais qu’il existait des organismes offrant des stages « clef en main », mais à des prix exorbitants… et qui ne proposaient pas de stage intéressant. Autant trouver toute seule !
Vous n’aviez pas peur de partir « hors cadre » ?
Non, cela ne me faisait pas peur… Question immersion linguistique, j’ai fait toute ma scolarité au lycée franco-allemand de Buc (78). L’anglais, c’est une langue plus facile, plus transparente… Entre les séries télé, la musique et le web, on baigne en permanence dedans. Et puis, Londres, ce n’est vraiment pas le bout du monde. En cas de souci, il n’y a qu’à reprendre l’Eurostar…
Aviez-vous des exemples autour de vous ?
Pas du tout et cela a surpris tout le monde. A la fac, on ne pense même pas que cela est faisable… et d’ailleurs mes amis n’y croyaient pas ! Ma famille était elle-aussi assez étonnée.
Vous avez été pistonnée ?
Pas du tout ! J’ai bien pensé à toutes les personnes susceptibles de connaître quelqu’un qui travaille au sein d’un cabinet anglo-saxon… mais cela n’a pas débouché. Au contraire, on m’a plutôt découragée, en me disant que je n’avais pas le profil et qu’il fallait avoir un niveau plus élevé (master 2 etc.).
Vous avez donc envoyé des candidatures spontanées ?
Oui je savais, par expérience, que les candidatures spontanées sont efficaces et c’est ce qui s’est passé. J’ai commencé par faire valider ma lettre de motivation et mon CV par un ami irlandais, venu étudier l’an passé à Nanterre via Erasmus. C’était un échange de bons procédés : je l’avais aidé à rédiger sa candidature en français afin qu’il trouve un stage en juillet dernier. Du coup, il m’a aidée à son tour.
Vous saviez quels cabinets prospecter ?
Heureusement qu’Internet existe ! J’ai recherché tous les organismes qui pouvaient recenser des cabinets d’avocats anglo-saxons : répertoires professionnels, chambre de commerce et d’industrie, consulat… et j’allais ensuite consulter les sites des cabinets. Je ciblais ceux qui pratiquaient le « business law » (droit des affaires), avec si possible des avocats qui parlent français. J’espérais qu’ils aient un petit faible pour une stagiaire « frenchy » !
Et les grands cabinets ? Les avez-vous démarchés ?
Faire un stage dans un grand cabinet, c’est évidemment le top, mais encore faut-il y trouver une place ! Non seulement ils sont très exigeants quant à leurs stagiaires (il faut presque avoir le CAPA !), mais ils sont aussi pris d’assaut. Ainsi, j’ai obtenu une réponse positive mais… pour l’été suivant !
Combien de candidatures avez-vous envoyées ?
J’envoyais un CV, une lettre de motivation et l’attestation de mes deux précédents stages. Au total, j’ai dû mailer une cinquantaine de cabinets. Je n’avais encore reçu aucune réponse positive à ma demande, quand, une semaine après, deux « oui » sont tombés coup sur coup. Après avoir hésité, j’ai choisi celui qui avait déjà accueilli des stagiaires étrangers. Et c’était le bon choix !
Ce cabinet, c’était le bon choix ?
Oui, j’ai été rapidement intégrée. Kate, apprentie avocate, m’a prise en main dès mon arrivée et très vite, je connaissais toute l’équipe. Dans ce petit cabinet (6 personnes seulement !), il y a une très bonne ambiance, tout le monde blague en permanence, sans parler des soirées au pub… Et puis, on ne m’a pas laissé seule avec mes soucis !
Quel était ce problème ?
J’avais trouvé, de France, une offre de colocation sur un site web. C’était un appartement à partager avec trois Anglaises, bien situé, à un prix correct. Mais quand je suis arrivée à l’adresse indiquée, il n’y avait que des bureaux ! C’était une arnaque ! J’étais à Londres, avec mes valises, la veille du stage, sans appartement ! Après la première nuit passée dans un « Bed & Breakfast », j’ai été hébergée quelques jours par un expatrié français… Mais je ne pouvais pas y rester trois mois…
Vos collègues vous ont donné un coup de pouce ?
Les premiers temps, je passais toute la journée à écumer les petites annonces sur le web. Mais c’était cher et le stage n’était pas rémunéré. Le directeur du cabinet s’en est rendu compte… et il m’a alors proposé de me loger. Il possède une maison à Holland Park, l’un des quartiers les plus chics de Londres ! Et pour pratiquement rien, sauf les charges. Le rêve !
Quelle est votre mission ?
En tant qu’assistante, ma tâche consiste surtout à faire des recherches juridiques et à en informer les clients. Par exemple, j’ai eu le cas, dernièrement, d’une femme qui possédait une entreprise avec son frère et qui voulait lui racheter ses parts. Que peut-elle faire pour devenir actionnaire majoritaire ? Dans mon cabinet, le rôle de l’avocat est surtout celui d’un conseiller.
C’est une expérience nouvelle ?
Ce qui est intéressant, c’est que pour chaque cas, on me donne accès au dossier en entier (correspondances…), voire aux entretiens avec les clients. Du coup, j’ai l’impression de bien maîtriser la situation, alors que dans mes stages précédents, j’intervenais uniquement sur un point précis du dossier.
Ce stage comptera-t-il pour votre cursus ?
Au fur et à mesure, j’améliore mon anglais de la vie courante mais également mon anglais professionnel. Je découvre le système légal anglais et je rencontre des avocats, des contacts qui pourront m’être utiles un jour… Enfin, ce stage pourra peut-être jouer en ma faveur si je vise la prochaine fois un cabinet prestigieux, autant à Londres qu’à Paris.
Retournerez-vous à Londres ?
Je ne sais pas encore… J’aimerais y retourner pour un séjour d’études ou un nouveau stage. Cela serait le meilleur moyen de perfectionner la langue et de booster mon CV. Avec peut-être un jour l’opportunité d’y travailler ?
Propos recueillis par Agnès Morel