Qu’est-ce que c’est un stage hors cursus ?
Un stage hors cursus c’est le bac+5 en marketing qui ne trouve pas de boulot et qui se ré-inscrit en 1ere année de polonais uniquement pour avoir le droit de faire un stage mal payé au lieu d’être embauché normalement.
Pourquoi interdire les stages hors cursus ?
En 2006, la loi sur l’égalité des chances a rendu obligatoire la convention de stage, ce qui devait interdire, de fait, les stages hors cursus : pour faire un stage, il fallait être inscrit dans un parcours de formation. Mais rien n’empêchait de se ré-inscrire fictivement à l’université, une fois diplômé, pour avoir une convention de stage. Or, pour nous, l’idée, c’est de faire un stage PENDANT sa formation.
N’est-ce pas paradoxal ? Vous voulez limiter la capacité de faire des stages alors que tout recruteur demande un CV riche en stage ?
Effectivement, il faut faire des stages. Mais pas après des études, sinon, les entreprises ne proposent pas aux jeunes diplômés de les embaucher… mais de les prendre comme stagiaires. Résultat, ils ne s’insérent pas ! Surtout en temps de crise ! En 2008, le gouvernement a recensé plus de 1,2 million de conventions de stages ! La convention est presque devenue un permis de travail gratuit… et l’aubaine est claire pour les entreprises.
Ne faut il pas réformer les cursus universitaires ?
Si ! C’est quand même plus logique d’apprendre pendant sa formation et il faut rendre le stage aux étudiants. D’ailleurs Valérie Pécresse, la ministre, a prévu de rendre obligatoire au moins 3 mois de stage sur les 3 premières années de Licence. Un étudiant qui sortira de la fac à bac + 5 par exemple, aura à son actif 1 stage de 3 mois en Licence et 1 stage de 6 mois en Master Pro. Objectif : professionnaliser l’université. C’est une vraie révolution !
Ces avancées mettront-elles fin aux abus ?
Non, car il est toujours aussi facile de remplacer un salarié par un stagiaire ! Et le collectif a encore du travail afin que le stage retrouve sa fonction « pédagogique ». Nous proposons d’aller plus loin en proposant de n’accorder de convention qu’aux étudiants ayant validé leur 1er semestre universitaire (présence aux cours et aux partiels). Cela n’est pas le cas aujourd’hui et on voit une multitude d’offres de stages commençant à l’automne. Qui peut se permettre de sacrifier 1 année de cours ? Ces stages s’adressent en fait à des jeunes diplômés. C’est de l’exploitation ! Il faut arrêter cela.
Avez-vous d’autres revendications… notamment financières ?
Depuis juillet 2009, tout stage de plus de 2 mois doit être « gratifié », dans le public comme dans le privé, à hauteur de 30% du SMIC, soit environ 398 euros. Mais nous aimerions aller plus loin aussi sur la question des sous. Nous aimerions également stopper les stages de plus de 6 mois, qui s’apparentent plutôt à une situation d’apprentissage. Enfin, nous aimerions améliorer l’accompagnement des stagiaires en entreprise : quota de stagiaire par entreprise, qualité du tuteur…Et bien sûr inscrire le statut du stagiaire dans le Code du travail.
Il y a beaucoup à faire ?
Oui ! D’un côté, les universités ne se sont pas, pendant longtemps, préoccupées de l’insertion professionnelle des étudiants… Qui se sont sentis complètement perdus en débarquant dans une entreprise. En même temps, il existe des abus de toute sorte en entreprise. Depuis la fondation de notre collectif, il y a 4 ans, nous recueillons des tonnes de témoignages. Certaines entreprises ont bien compris leur intérêt !
Propos recueillis par Agnès MOREL